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DOULEUR MUETTE

A Monsieur Tony Vidy.

C'est un enterrement. — L'œil fixé sur la bière, S'avance un grand vieillard silencieux, tout seul. Son vêtement est noir comme un drap mortuaire, Et son front est si blanc qu'on dirait un linceul.

Mais il ne pleure pas : sur sa lèvre froncée Un très-léger sourire amer s'épanouit.

En le voyant marcher serein, tête dressée, Le peuple ricaneur jase et se réjouit:

iio Rimes d'ébène.

« Oh ! voyez-le : comme il aimait peu son épouse ! « Il sourit, voyez donc ! nous pouvons rire aussi ! » Promenant son regard sur les passants en blouse, Le malheureux leur dit : — « Vous me raillez ? merci !

« Soyez donc sans respect pour ma douleur muette (c Et pour mon implacable impassibilité ! « Insultez aux malheurs s'abattant sur ma tête, « A mon chagrin trônant dans sa sérénité !

« Allez ! le Désespoir qui frappe sur l'enclume « De mon cœur, n'est pas tel que vous le supposez ! « Ma peine... en avez- vous savouré l'amertume? « Riez donc ! profanez son sanctuaire ! osez !

(( Je ne pleurerai pas : car, à quoi bon des larmes ? « Remplirai-je le puits de l'abîme géant ? (( A quoi bon les sanglots, ces stériles vacarmes ? (( Faire vibrer le Vide ? Émouvoir le Néant?

« Chimère ! — Vous que berce encore une Espérance, « Si vos gémissements peuvent être entendus, (( Criez, lamentez-vous! Baignez votre souffrance... « Mais, en face d'un mort, tous les pleurs sont perdus! »

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