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LE POETE

Quand le ciel, s' affaissant sous le poids de l'orage, Traîne au-dessus de nous ses grands lambeaux noircis Lorsque l'éclair, serpent né du sein d'un nuage, Déroule ses replis dans les airs obscurcis :

L'homme a les reins brisés; sur son âme muette Pèse lugubrement le spectre de l'horreur. Qui semble palpiter, et, comme une chouette. Battre de l'aile avec fureur.

ii8 Rimes d'ébène.

Courbez-vous sous le ciel qui tonne !

Prosternez- vous devant l'éclair !

Penchez votre corps qui frissonne, Comme le saule, au vent d'automne, Incline son panache vert !

Mais le poète, lui, se plaît dans la tempête ; Il voit, sans frissonner, l'horizon se ternir. Et, plein de joie, il sent s'amasser sur sa tête Les nuages du ciel et ceux de l'avenir :

Il aime le bruit de l'orage, La lueur blanche de l'éclair.

Les cris de douleur et de rage.

Les longs hurlements du carnage.

Les boulets qui sifflent dans l'air !

Il trouve à l'ouragan une morne harmonie ; La bataille est pour lui le concert délirant D'un peuple triomphant, d'un peuple à l'agonie ; Au feu des grands combats s'enflamme son génie.

La tempête et la guerre ont un bruit enivrant !

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