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LE NEANT

( RÉFLEXIONS d'UN DISCIPLE DE BERKLEY)

Grand Berkley ! ta doctrine a ravagé la terre : La Matière a sombré dans l'abîme béant ; Comme un aigle affamé sur l'agneau solitaire, Sur l'Être corporel s'est rué le Néant !

O Néant ! ô Néant ! l'archange de la vie

Expire, étouffé dans tes bras !

Tu planes, ô Néant, sur le monde qui plie Sous ton souffle puissant qui ne pardonne pas.

ii6 Rimes d'ébène.

O plaines où l'insecte rôde ; Grands lacs aux reflets de saphir ; Forêts aux feuilles d'émeraude ; Prés que de fleurs le printemps brode, Et que caresse le zéphyr !

Glaciers, glaciers des Alpes blanches, Faits de cristal et teints d'azur ; Monts qui roulez des avalanches ; Et vous, tristes pins, dont les branches Se dessinent sur un ciel pur !

Oh! n'êtes-vous donc que chimère, Vous qu'on nomme Réalités ? • Splendeurs du ciel et de la terre, Qui me dit que vous existez ?

Qui me dit que chaque merveille N'est pas un fantôme trompeur :

Le chant qui ravit mon oreille, La beauté qui touche mon cœur?...

Grand Berkley ! ta doctrine a ravagé la terre : La Matière a sombré dans l'abîme béant; Comme un aigle afl"amé sur l'agneau solitaire, Sur l'Être corporel s'est rué le Néant!

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