A VICTOR HUGO
De toux ceux qui chantaient, toi seul dans la tempête As survécu, pareil au chêne des forêts : D'autres arbres ont pu se prosterner ; — sa tête Demeure inébranlable au-dessus des guérets.
L'ouragan qui voudrait le courber jusqu'à terre Gémit dans ses cheveux faits d'émeraude et d'or — Tous ayant disparu, tel, géant solitaire, Tu résistes encor !
Que m'importe si c'est l'aile rose des anges
Ou l'aile noire du démon Qui t'entraîne à travers ces régions étranges
Où les objets changent de nom?
Au fond du précipice et sur les hautes cimes
Tu voles indifféremment ; Tu trempes ton pinceau dans le sang des victimes
Et dans l'azur du firmament.
Immortel est ce siècle où ta voix vigoureuse S'exhala soit en chants, soit en lugubres cris ! Car il brille par toi d'une clarté fameuse , Tu l'as semé de tes écrits !
La semence a germé : des poètes se lèvent, Et fixent leurs regards sur le soleil couchant : Ils viennent saluer celui dont ils relèvent ;
Ils lui chantent leur premier chant :
*( Nous te verrons toujours resplendir dans ta gloire « Avec ta voix d'airain qui dans l'exil parla ; « Sur les poètes saints planera ta mémoire ; « Et, s'il n'en reste qu'un, tu seras celui-là! »