‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 2 sur 81 · LE RAPPEL DES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

LE RAPPEL DES HUGUENOTS

ADRESSÉ A FEU M. DE LDUVOISj.

U n'y a pas lieu de douter que le projet des conversions n'eût eu loui le succès que le roi en avait espéré, et sa • majesté la satisfaction de conduire ce grand ouvrago k une

(1) Apris avoir éiétn divmes mains* !• tomei^ dèsOisivifii appartient aujourd'hui à madame la iMironoe de Valaxé, qoi a bien voala le laisser à notre disposition pour ea «oUationner ia copie

2 OlMVSTÉS

beijireuse perledlion ^ si la Irève paraissait établie

sur des fondements si solides , eût subsisté tout le temps convenu entre les puissances intéressées ; et on y serait infailliblement parremi en douze ou quinze années, attendu

que les plus anciens et plus opiniâtres huguenots seraient morts ou fort diminués dans cet espace de temps ; que la fltB ffraUde psnie dfe ceux de moyen ftge» pressés par la nécessité de leurs affaires, par le désir du repos ou par leur propre ambition, s*y senÉieitt aMoiiimodés, et que les jeunes se seraient à la fin laissés persuader. Jamais chose ireùt mieux convenu au royaume que cette uniformiié de scniiments, tant désirée, s'il avait plu à Dieu d'en bénir le pro* jet. On sait bien que cela ne pouvait s'exécuter d'autorité sans qu'il en coûtât air royaume; mais cette perte, quoique considérable, n*eût pas été comparable au bien qui en aurait réussi, si on eût pu parvenir à l'exécution totale de ce dessein, car ils ne se seraient pas obstinés à beaucoup près, commi^eai s'its ^'avaient été flattés de l'espoir des protections étrangères et d'une guerre prochaine qui, étant enfin arrivée plus tôt qu'on ne l'avait prévue, a fait que ce

fflia.aMraAceUi|ia||WiBisp ]9ms Ik •m tteàigMM id. nelra

reeouuiissance.

Parmi les letties de Iiouveis à Yaolmii. !• salnnta, d« Jpui* . iH»T IMi, paiait répondre au mémoire pour le rappel des hoguenots : «J'ai la votre mémoire où }*ai trouvé de fort bonnes choses, mais, entre nous, elles sont an peu outrées ; j'essayerai Ue le lire à sa majesté. » A.

(f) La (rêve de Ratisbonue devait d«irj&r vingt ans» elU avait été tfonclqe le 2Q juia i0b4, [ A.

DB TAUBAll.

qui éuit très-bon de soi dans les commencements» est devenu irès-BiauYais par les suites.

De sorte que ce projet si pieui, aî èa&t éi si juste» 4olkt Inexécution paraissait si t>ossible , loin ^le produire l^etfet ■

qu*on en devait attendre, a causé et peut encore causer une inûnité de maux très-dommageables à TEtat.

Ceux qu*il à causés sont : i° la désertion de tSO ou 100,000 pèrsonnes de toutes conditions » sorties du royaunle, qui . ont emporté avec elles plus de 30,000,000 de liTres de i^ar» gent le plus comptant; ' • ^

â^Nos arts et manufactures particulières» la plupart iti» connus aux étrangers, qui attiraient en France un argeAt très-considérable de toutes les contrées de l'Ëurope;

^ Là ruine de la pfiis considérable partie du commerce;

4^11 a grossi les flottes ennemies de 8 à 9,000 matelots des meilleurs du royaume;

El 5" leurs armées de 5 à 600 officiers et de iO i 42,000 soldats beaucoup plus aguerris que les leurs, comme ils ne font que trop fait voir dans les occasions qui se sont préseif» tées de s'employer contre nous.

A l'égard des restés dans le royaume, on ne saurait dire S^il y en a un seul de Yéritablement converti, puisque trèssouvent ceux qu'on a cru Fêtre le mieux, ont déserté et é'en dont aîlés. Cè qu'il jr a de bien certain est que de tous Cèttt <)ùi l'om été par lé^ d^Attaififes, Oti ëh voit foft ^ qui avouent de l'être, ni qui soient contents de leur conversion, bien au contraire, la plupart affectent de paraître plûd Hu'gtfenots qu'ils ne l'étâtent avant leur abjuration, et si on regarde la chose de près, on trouvera qu'au lieu d'aug* . flicHlii le AoaMbfo dêi Mèl^dMHi69 Hff^tMf Iv eeulrainte éeB eofi'versions n'a produit que des relaps, des impies, des sacrilèges et profanateurs de ce que nous avons de pi us

4 OISlVSIÉft

MtôMtf et même une irèMiiaavaise édification aux catholi-

ques; des ecclésiastiques qui ont obligé les nouveaux convertis à l'usage des sacrements pour lesquels ils n'avaient nulle créance, d'autant que cet usage mal appliqué a fait croire à pluaiaaTa que» puisqu'ils les exposaient si légèrement» ils n'y avaient pas eux-mêmes beaucoup de foi , pen* sées qui ne valent rien dans un pays où Ton n'est déjà que trop libre à raisonner sur la religion. Pour conclusion (1), toutes les rigueurs qu'on a exercées contre eux n'ont fait que les obstiner davantagOy et lea plaintes des exécutions qu'on leur a fait souffirir se sont fait entendre chez tous nos voisins de cette religion, même chez ceux que nous avons le plus intérêt de ménager, où Dieu sait si leurs ministres ont su grossir les objets » et si leurs sermons ont été bien remplis de tous les supplices que l'imagination a pu four* nir; Dieu sait, dis-je, le martyrologe qu'ils en ont historié^ et comme ils le font valoir pour toujours les échauffer de plus contre nous, ce qui pourrait même aller jusqu'à nous les faire perdre tout à fait dans le temps que nous en avons le .plus besoin. Il est du moins certain que cela sert plus que toute autre chose è maintenir l'union entre les puis» sances confédérées contre nous.

Ce n'est pas là tout le mal qu'ils ont fait, puisque la quantité de bonnes plumes qui ont déserté le royaume , à Toecasion des conversions» se sont ctneUement décbainé^

(1) Les rois sont Mennatlras des vias si dssbisnsdslaonsB» Jeto » mais Jamais de laiia epinioM , paves qis las ssnlimenls Ibp lénouffs sont hors de leur paissaaesf » et Dlss seul les peut dirigar eemme il loi plaît. ^asmah*

DE VALBAN. 5

contre la France el la personne du roi môme, contre laquelle elles ont eu l'impudence de faire une inflnité de libelles diffamatoires qui courent le monde et toutes. les cours des princes de l'Europe, huguenots ou catholiques, qui n'ont rien tant à cœur que de rendre sa personne odieuse dans tous les pays de leur conl'édéralion ; tout cela n'est que le mal qui a réussi jusqu'à présent des conversions forcées. ^ Mais celui qu'il y a lieu d'en craindre ci-après me paraît bien plus considérable, puisqu'il est évident : 1° que plus on les pressera sur la religion, plus ils s'obstineront à ne vouloir rien faire de tout ce qu'on désirera d'eux à cet égard, auquel cas voilà des gens qu'il faudra exterminer comme des rebelles et des relaps, ou garder comme des fous et des furieux ;

2° Que, continuant de leur tenir rigueur, il en sortira tous les jours du royaume qui seront autant de sujets perdus et d'ennemis ajoutés à ceux que le roi a déjà ;

3* Que d'envoyer aux galères ou faire supplicier les délinquants, de quelque façon que ce puisse être, ne servira qu'à grossir leur martyrologe, çe qui est d'autant plus à craindre que le sang des martyrs de toutes religions a toujours été très-fécond et un moyen infaillible pour augmenter celles qui ont été persécutées (1). On doit se souvenir sur cela du massacre de la Saint-Batbélemy en 1572, où , fort

(1) Le grand Constantin, persuadé des rérités de la religion chrétienne , souhailait que tous ses sujets fussent chrétiens, mais il avouait en même temps qu'il n'était pas en son pouvoir de les y contraindre et que la religion se devait persuader et non commander. Yavba».

6 OISIVBTÉS

peu de temps après Texécution, il se trouva 11 0,000 huguenots (lo plus qu*il n'y en avait auparavant;

A"* Qu'il est à craindre que la continuatioiiides contraintes n'excite à la fin quelque grand trouble dans le royaume qui pourrait faire de la peine au roi par les suites en plusieurs manières, et causer de grands maux à la rrance, notamment si le prince d'Orange venait à réussir à quelque grande descente» et qu'il y pût prendre pied; car il est bien certain que la plus grande partie de ce qu'il y a de huguenots cachés iraient à lui, grossiraient son armée en peu de temps, et l'assisteraient de tout ce qui pourrait dépendre d'eux, qui est bien le plus grand péril , le plus prochain, le plus à craindre y où la guerre présente puisse exposer cet Etat; tous les autres me paraissent jeux d'enfants ou trèséloignés en comparaison de celui-ci.

La continuation des contraintes ne produira jamais un seul vrai catholique, et ne fera qu'aigrir de plus en plus l'esprit des cantons protestants alliés de cette couronne , qui, à ce que j'apprends» sont à tout moment prêts à nous abandonner à cause des rigueurs qu'ils apprennent qu'on exerce contre leurs frères. D'ailleurs, il est vrai de dire qu'elles n'ont édifié personne, pas môme ceux qui ont été commis à leur exécution, à qui souvent elles ont donné de l'horreur et de la compassion. On peut donc s'assurer de plus que leur continuation ne saurait apporter aucun bien à ce royaume , mais bien un obstacle très -considérable à la paix, attendu que si elle est générale, tous les protestants s'obatineront à vouloi» la réhabilitation de l'édit d^ Nantes (4>> et ne aumquefont pas da demander dea plaeea

(1) J'estime toutefois qae cette réhabîlilalion pourrait recevoir

PB VAOBiUI, 7

dé' flttMiië» do gfOB' dêddmnuigflfftoiiiëy èl d'ippÉtysv %mH4^ ment sur tt^ ardele, dont on ne se pourra samrer que paV

quelque gros équivalent. Que si , par le mauvais état des affaires, on était ol>ligé d'y acquiescer, les véritables ennemis de cetfe couvenne (c'est-è-dire la maison d'Auiiiche et le prince. d'Orange) seraient enfin parvenus à Jeter les fonde* ments d^me seconde dominatton on d'nne nouvelle division dans ce royaume, qui est ce à quoi la politique des premiers a tendu de tout temps, et ce qu'ils ont désiré avec tant de passion qu'il n'y a rien eu de bon et domuvais qu'ils n'aient etaplDjQâ pour f^fMrreHir soaÏB les règnes de Charles^int» Philippe fl et Philippe m.

Il est de plus très-certain qu'ils obligeraient , s'ils pouvaient, !e roi à désarmer et à n'entretenir qu'un certain noml^e de troupes si médiocre, qu'il ne pût plus leur donner d'inquiétude^ et il est à présumer que» si les choses étaient i^nites àee point, la maison d'Aatriefae n'en de^ mearerait pas là, et que ses prétepitions n'iraient pas moins

Il Mp wi^i^—^— I I I » ^ Il» I i mil II

qnalfe mediiaailep » aMis de pm^ et sstlaminten rfidaisani l'état de» hagoMMU é eelQi efa Ils étalent en 1670, et cela pMT leur Ciire voir qoe c'est par pnre seaunlsénatloQ ^e l# lei les i4> . lablUret non par crainte d'eoz. f On pourrait même leur proposer de payer 30 sdls par tète annoellement poar le libre exercice de leur religion; je suis persuadé qu'ils y acquie5:ceraient de tout leur cœur. Ce serait bien sûrement l'argent du royaume le mieux payé; cela même leur donnerait bonne opinion de la sincérité de leur rappel et fournirait on prétexte bien fondé poar en faire on dénombrement tous les ans d'aolantplQs aille qoe par là en verralCIeiitspiegrès et lenralulssinent. •

qu'à ic} tojl an traité de» Pyrénées ou à celui de

Mfioater^ couxme ila oat osé s!6ii vanterdepuis peu. On ne doit pas douter que ce ne soit là leur intention , et qu'ils ne Teiécutent autant quMl pourra dépendre d'eux, à quoi je ne vois rien qui y puisse tan; ço|>iribu^ qup^e (xu^ti^uer à ter les huguenots^ ; :

L'obstination an soutien des conversions ne peut être que très^vantageuse au prince d'Orange, en ce que cela loi Isit un grand nombre d'amis fidèles dans le royaume, au moyen desquels il est non-seulement informé de tout ce qui s*y fait, mais de plus très -désiré et très -assuré (s'il y peut . vn^^^ h^ d'y trouver des secours trôs^naidérableB. d'iHHJ^mf^^l ^'argent. Que sailKtn même, ce malheur ani- ▼ant, si une infinité de catholiques ruinés et appauvris» qui ne disent mot, et qui, n'approuvant ni la contrainte des conversions ni peut-être le gouvernement présent, par les misèrj^ qvCiU en souffrent » leurrés d'ailleni^s de ses pro» ii'^'^s^^^lliîWt pas.hien aises de lo.YOir réussir! Car il ne faut pas flatter, le dedans dn royaume est ruiné, tout soufflé, tout pâtit et tout gémit : il n'y a qu'à voir et examiner le fond des provinces, on trouvera encore pis que je ne diSt.Que si on observe le silence, et si personne ne cria^ tfofll.qiia le roi est craint et révéré» elqne tout esl parfeite* mcttit soumis» qui est au fond toat ce que cela veut dire. - Yoilà donc d'une part les maux qui sont arrivés jusqu'à présent par la contrainte des conversions ; et d'autre ceux qu^.p^wit arriTcr» si les ennemis de cette couronne conliiiiient de demeurer unis; en ce cas» la guerre, ne pouvant pas manquer d'être toujours offènsive de leur part, et devenir défensive de la nôtre, il est impossible que nous ne perdions terrain et qu'à la fin la frontière ne soit pénétrée par «Odroil ou par l'autre. Or» si cela arrivait» oivp^.dws .

DB VAUBAM. 9

que tout serait perdte ou fort «yenturé, puisque la^fe fnm*

ticre percée il n'y a rien en deçà de la Meuse ni de là Sommé qui pùt arrêier renncmi, vu que la Bourgogne, la Champagne y la Picardie et Ule-de-France , etc. , étant tous de gnudds pays ouverts; très*propres à la càvalerie» où il n'y a pastine seule ville en état de tenir trois jours , toutes étant ouvertes, sans défenses et sans fortifications, de sorte que si l'ennemi s'y trouvait maître de la campagne, il aurait beau à se promei^er et de s'étendre à son aise; alors Dieu.

saoeageitteatsyel'^esjiiuottens qui arriveraient dans ^ pan^

vro royaume, pour lesquels empêcher il n'y aurait d'autre moyen que do s'y opposer avec des armées moins nombreuses que les leurs» et. par conséquent obligées à une basse et lâche défensive, ou d'en venir à des alfoires géné^ raies, dont la décIsSon» pouvant tourner à notre désavasi» tage, serait capable de tout perdre et de causer unerévdntion dans l'Etat, ou enfin de le réduire à des extrémités qui ne vaudraient guère mieux. Or il est certain que tout cela peut arriver, et que les apparences mêmes (eu égard à l'état desciMWietVivéis^KMi) paraissent plfis pencher ponr l'affif^f mative que pottidlMiiégatlvei - ' • * * - -

Je suis persuadé qu'on ne peut disconvenir de I.i possibilité de tous ces cas, qui, eu égard à leur conséquence et aux maux prochains dont ils semblent menacer le royaume' méritent que le nn y làsse une très-sérieuse attention, et que sa majesté y apporte les remèdes possibles pendàntqifir* dépend encore d'elle de la régler comme il lui plaît, afin de prévenir les sollicitations étrangères qu'on pourrait lui faire à cet égard, surtout celles qui pourraient en attribuer les grâces à d'autres qu'à elle, de peur que ses si^jets nè era^ sent leur enanr^ir obllgattoiL Qir oes scAHeHatioii^ si la cheee '

était longtemps diMrée, fioamieiit «Mir &m denuidM «t

des conditions fort dures, s'il fallait qu'elles fissent partie d'un traité de paix. C'est pour(|iioi ))r('sentenient que le roi est danfi la pleioe jouissaoce de ses droits, et que personne n'eet en état de lui rien proposer ea faveur de« religionnairaSy il sembla que c'est la vra& temps d'user de sa Jnsâoa envers eux, parce qu'on ne la pourra imputer à aucune considération étrangère, au lieu que s'il attend qu'il soit pressé, toutes les'grâces qu'il leur fera seront altérées ou at" tribuées a ees considérations, ou à celles des traités qui lui en>a9lèvaieiÉtti»tlanépîta^ etlaur donneront liauda regarder îseiMrpar qui ëllas leur seront prœiupées comme leurs vrais protecteurs, qui est ce qu'il faut éviter comme l'un des plus grands malheurs qui pût arrivera la France. J'avoue bien qu'il est dur à on grand prince de se rétracter dea cbasea qu'il a fiiites, ^>éeialement quand allas n'ont eu poui obfet que la piété et le bien de l'Etat$ mais enfin le roi sait mieux que personne que, dans toutes les affaires de ce monde qui ont de la suite , ce qui est bon dans un temps l'est rarement dans un aatra , et qu'il est de la prudence daa hommes sagies de s^aecommoder aux cbangamentsqui n'ont pas dépendu d'eux, et d'en tirer le meilleur parti qu'ils peu* vent. Quand sa majesté a entrepris les conversions , elle a cru pouvoir compter sûrement sur vingt années de trêve, c'était plus qu'il n'en fallait pour en venir à bout. Elle a été trompée; ce qui davait durer vingt ans, n'anaduré quaeinq; Ce n'est dono pas sa feuta si elle n'a pas réussi, puisqu'il an eût fallu au moins douze ou quinze pour les achever ; et présentement qu'on peut dire l'entreprise impossible et d'une continuation très-dangereuse, elle ne doit faire aucune difficulté de la rétracter, et J'ose même dire qu'il y aurait de la témérité da s'y opiniitior davantaga» at da ne pas céder

Dl VAUBAN» a

au temps dans une conjoncture aussi fâcheuse que celle-ci, pul5<|tte ce serait mépriser inal à propos les règles du bon sens et de la politique» qui Veulent que les grandâ hommes s*y accomAiodent et sachetit plier leur conduite selon les

difféienis changements qui arrivent dans les Etats. Bour conclusion, la gloire des actions ne se mesure point par le commencement de leur exécution» ni par le milieu, mais par la fin. Si le roi sort bien de cette guerre, tout ce qu'il aura fait pour parvenir à une bonne paix l&fifâiA1|j(iMiâà ;'flf il en sort mal, toutes ses actions, quelqiiéTWlHw qti*èlîeS puisseiit être, seront ternies et soulTriront déchet, car l'injustice des hommes fait qu'il n'y a guère de gloire où il n'y a guère de bonhour.

Sa majesté doit enfin considérer que c'est la France en péril qui lui demande' secours contre le mal qui la menace.

Le mal est la gucrrre présente, ou plutôt cette conjuration générale de tous ses voisins unis et associés pour sa perte. C'est pourquoi, eu égard à l'importance de la chose, il parait que le roi ne saurait rien faire de mieux que de passer pâr dessus toutes autres considérations, qu'il faudrait re» garder comme frivoles et de nulle conséquence à comparaison de celle-ci, et de faire une déclaralion dans toute la meilleure forme que faire se pourra, par laquelle sa majesté expose que < s'étant aperçueavec douleur du mauTais succès qu'ont eu les conyersions et de l'opiniâtreté avec laquelle la plupart des nouveaux convertis se sont obstinés à persister dans la religion prétendue réformée, nonobstant les abjurations qu'ils en ont faites et l'espoir apparent qu'on lui avait donné du contraire, sa majesté ne voulant plus que personne soit eôntraint dans sa religion et d^ailleors pourvoir autant qu'à elle appartient, au repos de ses sujets , notam* ment ceux de la religion prétendue réformée, qui depuis

quelque temps ont étéeontraints de professer la eatfaolique ; , après avoir recommandé la chose à Dieu , auqael seul ap*

partient la conversion des cœurs, elle rétablit l'édit de Nantes, purement et simplement, au même état qu'il était ci-devant ; permettant à tous ses sujets , qui n'auront abjuré que par contrainte» de suivre celle des deux religions qa*'û leur plaira; deréttdilir les temples dans la quantité per^ mise par le même édit, donnant amnistie générale à tous ceux qui se sont absentés du royaume à l'occasion de ladite religion» même à ceux qui ont les armes contre elle pour le , service de ses ennemis, et révoquant tout ce qui a été fait contre elle , li^me q^à^injulée les ^onttânces , saisies , confiscations faites à Toccasion des désertions jusqu'à présent, remelianl un chacun dans la pleine jouissance de ses

^^p^.»^4/f^iPW^^^^;^^ jour de la publication des présentes,, pour ceux qpi sont demeurés dans le royaume» et du jouir ^ de i'arriv^.de çeiKK qi4y<^80ût absentés; » j comprendre enfin tout ce qui peut leur rendre le repos, et ordonner par là même à tous gouverneurs de provinces, intendants, cours souveraines et subalternes , de tenir ia main à l'exécution de cette déclaration» en tant qu'à eux appartiendra» et do leur faire rendre toute la justice possible» tout ainsi qu'au-^ très sujets de sa majesté, sans aucune distinction. Et pour conclusion» faire cette déclaration (1) assez favorable pour

(1) Le préambule de celte déciaralion poarrait être comme le suivant :

« Les grands obstacles que teus las prinaas de rfieiepe* mm en exeepter les calfaoUqms» ont apportés peur empèslMr l'exi» oaliott de Tédft que nous avens UAi pubfier peur réunir à fSglise

VAOBAlf* 13

qu'ils aient lieu dPen Hté oontêiiu, et qu'ils y puissent trouver le repos et leur sûreté, en sorte qu'ils ne soient pas nécessités de Caire d'auues demandes. U serait même tr^ à

Itomaine nos sujets de la religioa prétendue réformée , et les malheurs où les ennemis de la France les exposent tons les jours pour les faire périr après leur avoir donné retraite, sous prétexte de les vouloir protéger; ému de pitié et touché du déplorable état où ils se troavent réduits dans les pays étrangers , nous avons pensé sérieusement ans remèdes qoe nous peorriens apporter à leurs nàaz qoi sont extrêmes, après avoir poorvn à la sSreté de rÈlat et lidt ressentir, à eeox qai en voalalent troubler la prospérité, la peine et leeliâtlmentqa*ilsmériUdent,etayanteoneldéré que tant que Texeielse de la religion prétendue réformée sera défendu dans notre royaume, ceux qui les amusent auront un prétexte spécieux de les retenir en les entretenant par de vaines espérances, que la conversion des hérétiques est d'autant plus Teuvrage de Dieu qu'il laisse les hommes dans la main de leur conseil, en leor donnant le libre arbitre ; qu'il ne veut pas qu'on force, mais persuade; que l'obstination où nous les voyons noqs un eroire que le temps de leor persuader la vérité n'est pas eneore venu, et qu'après quenoos avons donné à Dieu et à l*Êglise des preuves de notre lèle pour la propagation de la fol, on peut tolérer, eans blesser notre eonseîenee, quelques bérésies podr éprouver les justes, puisque l'Evangile nous apprend qu'elles sont nécessaires à cet effet. -

« A ces causes nous permettons, par cette déclaration, l'exercice libre de la prétendue religion réformée de la manière qu'elle s'exerçait avant l'édit du 23 octobre 1685, qoi la leur défend, laissant à la Providenee le soin do salât de oenx qui n'on( pas vouls profiler de nos bonnes intentions, pear ne penser qu'à liBkédier à leurs ndsères présentes et au gonvemenent temporal de l'Etat dent sens semmas uniquement ehaiié.»

OI8IVBTÉ8

propos de la faire précéder par faire sortir des galères et des prisons tous ceux qui y sont encore détenus pour cause de désobéissance ou rébellion, à Toccasion des conYOrsions» et dé tes Remettre en pleifte liberté (1).

Le premier bien qui anriyera de cette dédatation est que les peuples tourmentés par les contraintes , se voyant en repos et en état de rentrer dans la jouissance de leurs biens, îe feront aussitôt savoir à leurs parents etanûs borsduroy^ume, qui s'entre-avertiront les uns les autres» et pour lors toUs ceux qui ont quelque chose, qui souffrent des mauvais traitements qu'ils reçoivent chez les étrangers, feront leur possible pour revenir -, et il iaut compter bien sùremenl qu'il ne demeurera parmi eux que ceu3b qui n'ayant ni feu ni Hei^» ne santuenl o* dmier de la.Mte quitod île .r0vi6iidf»iei|t en Franee. De eetle laçoa le r«i lencilrren to«t m la p)«s

(t) Ce serait une enrear .(rès-grossiére do croire que tes contraintes paissent anéantir la religion prétendoé réformé en France ; il y a pins de cent vingt ans qud l'exercice de fa religion

catholique n'est plus permis en Angleierre , ( t cependant il y a encore assez de catholiques poar donner souvent de rioquiélude

aux protestants.

L'exemple des Morisques peut encore ici trouver lieu, car bien que la religion mahoraélane soît établie sur des principes trèsgrossiers et aisés à détroire, les rois d'Espagne n'en parent jamais venir à bont, après bien des goerres et des révoltes i cette eecaden,. qu'en les cbassant absolament de tefurs États; poïnt fatal i la décadence de cette monarcbié qui depuis n'a fcft que déeheir; tant fl est vrai qoe la grandeur des rois se mesure par le nombre des sujets et non par l'élendae des États.

Vaubai*.

DE VàUBAM. 15

grande partie de ses sujets dans pea de temps. La tranquillité se remettra dans le royaume » cbacun ne songera qu'à rétablir se» affaires, et comme ils n'auront obligation qu'au

roi de leur rétablissement, ils ne s'amuseront pas à recherciier des protections étrangères qui pourraient leur devenir funestes par les suites. Ainsi quand il s'agira d'un traité de paix» les protestants alliés ne seront plus en droit de de» mander la réhabilitation de Vé4i% de Nantes , puisque le foi l'aura feit, ni par conséquent des places de sûreté, et le calme étant remis en France , et la nouvelle de cette déclaration répendue cliez nos voisins , les cantons suisses, présentement fort ^anlé»^ se réuniront à nous^ et de durs et di£Sciles qu'ils sont sur toutes les demande» qu'on leur fait, ils deviendront faciles et traitables; les princes de Brandebourg, de Saxe, Lunebourg et Hesse,q.ui n'ont point de querelles particulières contre la France y^mais bien un véritable sujet de jalousie des grandeurs où les dernières con-^ quêtes de l'empereur ont élevé la maison d'Autriche , renr treraient bientôt dans leurs intérêts quand celui de la religion ne subsistera plus; les Hollandais même qui, tout soumis qa'ils sont a^ P^'^.^ d'Orange , voudraient bien en être défaits , ne mettront gn^e à chercher les moyens de se tirer de ses mains» quand le prétexte de la reUgiim^ Cjessant, ils verront apparence de division entre les confédérés, où d'en pouvoir tirer quelque avantage en faveur de leur commerce. Ce serait même encore un moyen de faire rentrer le roi de Suède dans aoa intérêts^ pourvu qu'on lui oflxit sa^ tjl^iGtiûii d'aillcftirs* p,u.fA.p Uestenoore vrai de dlre que cette déclaration mettrait le poignard dans le sein du prince d'Orange , parce qu'elle lui romprait la plus grande partie de ses mesures,, lui qui ne gompU réussir daaa sas entiwpfiaas sur toFiaw

16 OISIVSTÉS

ieooun qu'il espère de Urer d'elle-môme par le moyen des huguenots, qui pour lors se donneront bien de garde d'avoir

aucun comiHerce direci ou indirect avec lui. En un mot , mieux vaut un rappel sincère parles bonnes grâces du roi, que toutes les protections étrangères quelles qu'eilespuissent être.

Cette déclaration me' paraît Tun des plus grands et

plus nécessaires coups d'Etat de ce temps, parce qu'elle couperait la principale racine qui unit les confédérés; car» bien que ces gens-là publient que la guerre n'est pas une guerre de religion > elle ne laisse pas d'être sousentendue telle entre eux, et ce n*est qu'aux catholiques Alliés qu'on parle de la sorte, qui veulent bî^ foire semblant de le croire parce qu'ils ont des intérêts pressants et des passions qui s'y accommodent et qui sont plus fortes chez ' eux que les véritables sentiments de la religion. U est donc bien certain, ce prétexte étant une fols levé de notre part» que bonne partie des confédérés ouvriraient les yeux, et que lorsqu'ils viendraient à découvrir que leurs intérêts et ceux de la maison d'Autriche sont si différents, beaucoup d'eux y feraient de sérieuses réflexions, et que tel qui paraît âpre et ardent à nous fidre la guerre, serait le premier à parler de . paix, spécialement si le roi offre de se mettre en état de ne plus donner d'inquiétude aux Allemands de l'autre coté du Rhin. Or, pour peu que les choses vinssent à balancer et que sa maiesté se mit en état de pouvoir tirer les affaires en longuenr, l'empereur, qui a tant d'intérêt à s'assurer des conquêtes qu'il a foites en Hongrie, donnerait peutpêtre les mains à la paix avec plus de facilité qu'on ne pense. Il me paraît enfin que celte déclaration applanirait les plus grandes difficultés de la paix , préviendrait de très-fâcheuses suites, et donnerait lieu à dea accommodements particuliels avec les

«118 oa l6%atttreBy qui nous conduiraient insenaiblettient aux généraux, auxquels il n'y a guère ^apparence que Ton puisse pamnir que très-désayantageusement, tant que les choees •

continueront sur le pied Où elles sont présentement à l'égard des huguenots.

. Il n'est pas impossible que quelqu'un, prévenu de la vé»

nération due au saint-siége, pût craindre que la déclaration proposée en ce iMéiiiuiro ne fût mal reçue à Rome, et ne pût causer quelque nouvelle brouilierie entre le roi et sa sainteté. ' Il ne paratt * cependant pas que cette considération y doi?e faire obstacle. Le pape Innoeent Xt prii si peu de part aux conVersions des huguenots, qu'il y a beaucoup d'apparence que son successeur n'en prendra pas davanlat^e àleur rappel, et> quand il le voudrait laire , ceci étant une affaire tempo- Telle et purement politique où il va du salut d'un Etat, dont Rome serait sans doute bien aise de savoir l'abaisse* ment, il semble que le roi ne s'en doive pas faire une affaire. Supi^osé touLolois que le pape fût en droit d'intervenir dans cette affaire comme père et proiniei protecteur de la religion catholique» il semble que le roi y satisferait pleinement, si en lui parlant eonfideniment de son dessein, il lui faisait exposer par ses ambassadeurs la nécessité où il est de pourvoir à la sûreté de son royaume, qui n'est pas en état de soutenir longtemps, lui seul, la guerre causée par la conjuration directe ou indirecte dovtoutes les puissances de l'Europe, et ouxntiê* i« lê a ,

Page 1