S1V£TÉS
A la même résolatîon Vauban eût joint toutes les connaissances, toutes les ressources, toutes les ruses de l'art : cette
défense eût fait époque dans Thistoire niiliiaire et servirait aujourd'hui de modèle aux guerriers.
Il y eut un moment où on se flatta de recevoir de lui cette grande leçon. Les ennemis en 4689 menaçaient à la fois Dankerque, Bergues et Ypres. Vauban eut ordre de s'enfermer dans celle de ces trois places qui serait assiégée ; aucune ne le fut, et M. de Fonlenelle nous en dit la rarsoji isonnom les en préserva, JNous voyons en effet par des lettres de M. de Louvois, combien on employait de stratagèmes pour tromper les ennemis sur la marcbe de Vauban, pour leur faire craindre sa présence où il n'était pas et espérer son absence où il avait résolu de se rendre. Ses instructions étaient toujours en substance :
Que Icf Romains, prenésde Too à Taotre bMt, DooteBt oà voat miw et vou tronveDt partMt.
Tel était dans Vauban l'ingénieur et le guerrier. Arrêtons^ nous un moment à considérer le citoyen, et apprenons à l'aimer autant que nous l'avons admiré.
Otes à Vauban ses talents, ses travaux» ses fortifications, ses sièges» il lut restera ses vertus ; dépouillea* le de sa gloire, il firadra encore lui donner le prix de la bonté, du meilleur citoyen, du plus tendre ami de l'humanité. Jamais on n'a si constamment misen pratique la maxime plus citée que suivie: Je «tm hmm, riend'bumain ne m'est étranger. Voilà en un seul mot l'bistoire de toute sa vie et l'emploi de tous ses moments. Vous dont les jeunes talents et l'âme •encore neuve et dans touie la tleur de la sensibilité brûle de s'élancer dans la carrière de l'éloquence pour y célébrer
DK il. ItE VAUbAN. 'j3
les venus, connaissez loutes celles de Vauban : cliercliez, rassemblez, éludiez les écrits de cel Ijomme excellenl ; ceux que l'impression n'a pas rendus publics soni enire les mains d'héritiers dignes de Jui, puisqu'ils s' in té ressent à sa f^loiie. C'est là que vous verrez Vauban tel qu'il fut en elTet. Vous verrez si le faible l'iuléressa, si le pauvre lui fut ch«M-, si le malheureux lui fut sacré, s'il souffrit de? maux de svs frères, s'il jouitde leur soulagement, soit qu'il l'eùl procuré lui-même ou que ce fût l'ouvrage d'auirui. Les savants «les siècles d'ignorance croyaient embrasser le cercle entier du savoir possible; Vauban embrasse réellement toute la sphère de la bienfaisance publique et particulière; ses soins s'étendent a tous les objets et portent sur tous le mérite des grandes vues jointes à la science des détails. Que de choses utiles en tout genre achevées depuis, ou seulement tentées, ou qui restent entièrement à faire, ont leur source dans ses écrits ! Ce que la sagesse du gouvernement vient d'exécuter »• en faveur des non-catholiques, Vauban l'^ivait proposé; ce port qu'il fait construire dans la Manche, Vauban l'avait projeté. Ses écrits sont simples et sans art; jc ne suis point IrUrPy dit-il lui-même, mais est-ce une raison pour ne pas proposer ce qu'on croitgUtile / Ils sont simples, mais ils peignent une grande âme ; ils sont simples, mais en vous pénétrant de l'esprit bienfaiteur qui les anime, vous les arroserez souvent de larmes de tendresse et de reconnaissance ; vous direz : voilà celui qui aima véritablement ses semblables^ et qui simple particulier a fait ou voulu faire plus de bien que les plus grands potentats n'ont fait même de mal. N'attendez pas que je vous présente ici l'analyse de tant d'écrits composés sur tant de matières; ce serait un grand ouvrage dont le vôtre doit être le résultat. Je ne veux et ne dois ici que vous indiquer les matériaux que vous saurez meure en
GftQvre ; Je me permettrai seulement d'en tirer quelques traits du caractère de M. de Vauban.
Esl-il quelqu'un qui en proposant le bien ne veuille avoir le mérile de l'avoir proposé ? La gloin» n'esi-elle pas la réiïompense naturelle du bien qu'on fait ou qu'on projette ? Non » la gloire n'est pas un motif asses pur pour la vertu de Vauban; il croirait profaner Tamour du bien public par le moindre mélange de l'intérêt pariicu* lier, même le plus noble. Aucun de ses ouvrages, dont quelques-uns ont été publiés, n^avaii été destiné à Timpression. Pour assurer le bien, M. de Vauban «'adresse à-oelui qui peut le faire; o'est pour l'instruction du roi qu'il écrit» il confie à «a seule bonté l*intérét de TEtai, il croit qu'avoir montré le bien à ce monarque, c'est l'avoir lait; c'est lou- • jours en sujet resi>ectueux et zélé qu'il est citoyen ; il veut que le bien se fasse, et il veut surtout que son inaUr4i en ait F honneur ; il ne met pas même entre son peuple et lui cette opinion publique aujourd'hui si puissante et qui ne Test pas encore assez. J'admire Vauban, et je suis bit ii loin de condamner ceux qui, remplis des mêmes vues, resteraient audessous de tant de délicatesse et de modestie.
Vauban devenait, dit M. de Fontenelle, ledébiteurpartieu* lier de quiconque avait obligé le public. Tout homme utile à l'Etal irouvail en lui un appui sOret un ardentsollicileur; il épuisait pour les autres ledroil de demander qu'il n'exerçait jjimaispaur lui-même; et c'est à lui surtout que Louis \iY aurait pu dire ce qu'il disait à-Bontemps : La griot qu$ voté» 99UieUex, je Ut nfuêê à wlre proUgé, je la donne é votre fUe.
Il avait mille moyens ingénieux et délicalf deparfager sa fortune avec les militaires ruinés au service ou maltraités d'ailleurs par le sort. N'est-il pas juste ^ disait-il, que je leur mgUêtu ce quêje repm de k:op de la korUi du roi? ^ ^ »;u . .
DE M. DE VADBAN. 16
Vauban parvint lord aux honneurs suprêmes de la guerre; riiomme qui acquérait lous les jours des droits plus puissants sur le roi et sur TEtat, s'opposa longtemps à son élt> vation, et cet homme, c'était lui-même; il refusa plusieurs fois le sceptre des guerriers que Louis XIV lui offrait, il ne connaissait de grandeur et de dignité que de servir el d'être utile. « Sire, disait-il à ce prince, si j'ai mérité quelque chose, ne m'ÔU'z-pas ma récompense, laissez-moi vous servir. © II prévoyait que, par une de ces contradictions qui gouvernent le monde, un grade de plus, c'est-à-dire l'obligation de plus d'employer tous ses talents au service de la pairie, condamnerait ses talents à l'inaction, et qu'il y aurait des services et des succès qu'on trouverait au-dessous de sa dignité. Il n'eut pas la satisfaction de s'être trompé. Après qu'il eut entin consenti d'être fait maréchal de France, il demanda de servir comme ingénieur sous la Feuillade au siège de Turin ;jr laisserai, dit-il, le bdton de maréchal à la porte, et je le reprendrai quand nous serons dans la place. C'est ainsi que Scipion vainqueur avait voulu servir sous son frère sans gloire et sans expérience; c'est ainsi que Boufllers, plus généreux encore , combattit à Malplaquet sous Villars, son cadet dans le commandement. Cbamiliart, beaupère de la Feuillade, Ht rejeter l'oÛ're de Vauban, pour que Vauban eût seul l'honneur de la prise de Turin, qu'on croyailavoir assurée à force de dépenses, et pour laquelle on avait espéré pouvoir se passer de talent. L'événement répondit à de telles vues; des ordres de Versailles enchaînant la valeurdcs l' rançaisdant» leur camp devant Turin, le camp fut forcé, Turin délivré, les Français chassés de l'Italie. Tel était souvent alors le sort dis la Fianc|^f ivé(< du secours d^ Vauban.
Tous les courtisans se vantaient d'aimer Louis XIV.
ifi . OISIVLIÉS
Taaban ne se vaniait de rien» mais il raimaît vériiablement.
Son respect et son attachement pour le grand roi allaient jusqu'à no soupçonner aucune injustice; d.ins aucune de ses guerres; il lesallribuaii toujours à la jalousie, aux mauvaises
^ intentions des ennemis. Horace désirait que Jes illusions de Tamour s'étendissent jusqu'à l'amitié^ qu'une heureuse erreur nous fermât les yeux sur les défauts d'un ami comme sur ceux maiiresso. On pourrait éiendrc ce vœu jus-
(|u'à Titmour de la patrie et du prince. PIûl àDieu que dans les moDarchiés un bandeau patriotique pût nous dérober ainsi les tons et les fautes des souverains, et ne nous laisser voir que leurs vertus et leurs bienfaits]
La foule des counisans se pari.ige entre ColberietLouvoîs, et les amis do Tun sont les ennemis de l'autre. Yauban n'est ni leur ami ni leur ennemi, il respecte en eux deux grands ministres et tâche do les réunir pour le bien public; il no
, voit point les cabales; les intrigues, le choc des petits inté» rèls; il ne voit que le bien public el marche droil vers ce but ■ à travers tons les obstacles. Lne considération universelle est le prix de cette conduite; Golbert ne fait rien sans consulter Yauban. Louvois, qui traversait Turenne, qui proté* geait mais qui humiliait Gatinat, qui opprimait Luxem* bourg, honore Yauban et défère à ses avis.
Jugerons-nous Vnuban par ses amis? Les plus intimes étaient Gatinat et Fénelon. Ges trois hommes admirables unissaient leurs talents et leurs lumières pour l'instruction des maîtres du inonde et le bonheur de la société. Ils for<^ maient comme un triumvirat de glofre et de bienfaisance * digne d'expier ces triumvirats de sang et de fureur qui souillent l'histoire romaine et l'histoire de France.
Un citoyen moins connu, mais occupé comme eux du bien pÉblic» Bois^oilbett» mérita aussi l'amitié de Vauban.
DE M. OB VAUBAR. 47
Cette liaison ei des oufiagea du même genre lui ont fsi| attritmer le'lim de la éixmê rayaU, erreur peu importante;
mais puisque c'est une erreur, et qu'elle est accréditée, il faut la détruire. Cet ouvrage est véritablement de M. do Vauban, sous le nom duquel il a été imprimé; j'en ai vu et d'autres en ont vu comme moi, dans les papiers de M. de Vauban, plusieurs copies corrigées de sa main. Qn a prétendu que le projet était impraticable; mais qui pourra se rendre le témoignage d*avoir plus médité que Vauban sur le bien qu'on peut faire?
Un des principaux traits du caractère de Vauban était la modestie; il ignorait le ffnmé art d'imposer mêm é la re* nommée, art si bien connu de plusieurs héros ses contemporains : mais il avait un courage qui leur manquait à tous» )celui de dire la vérité^ il oimuI pour éUif dit Fontenelle, une poMtoft presque «m/^nidenls et ûieojwNe de méitu^meta. AIi ! que ce noble dévoie de dire la vérité aux rois soit du moins rempli par ceux qui ont bien servi l'Etat, que ce soit leur droit et leur récompense. Tel a prodigué son sang dans les combats» qui jamais à la cour n'a risqué de déplaire : ^
' amsmà,mttsàm9tmmmm^mÉ1^ Qui m'appread noa éeifét cstUen iSnienie plaira.
C'est ainsi que parle Henri IV dans la Henriade, c'est ainsi qu'il parlait et qu'il agissait sur le trône. LesSully, les Jeannin n'avaient pas d'autre moyen de lui faire leur cour. Puisse le ciel graver un tel sentiment dans l'âme de tous les •rois et leur envoyer souvent des Sully, des Jeannin, des Vauban pour les satisCiIrel
OlHVKTi» DK M. OS VAUHAX. flU DU TOH. â Kl 3. ' %
PaO<l£T II'ORDa£
ET DES FRÉGàimOIfS
Que M* de Vauban juge qu'on peut prendre oontre l'effet des bombes au Havre, et qui peut servir pour les autres villes et ports esposës au bombardement*
fixéeater promptemefit et ponctuellemeiit le pn^t des batteries de canons et mortiers fiiit pour cette place, en dernier Heu, pour s^opposer «ni mouillages plus prochains des
galiotes ennemies, garantir toutes les batteries de canons et punitions nécessaires, qu'il faudra mettre sous de petits couvercles de sept à huit pieds carrés , bâtis de plancbes et couverts de vieille toile à voile goudronnée avec du braî» bien tendue et clouéeantourdes petits magasins, qu'il faudra placer à côté de ces batteries , et non derrière , et les bien épauler, observant d'en planchéier le fond, alin d'y pouvoir tenir les munitions sèchement et à couvert de toute huini* diié pendant longtemps. -
Quand on aura mis tontes les pièces en batterie et qu'il
sera temps d'y mettre des munitions el des armes, y iatre
camper les canonniers sous des tentes ou des huttes et avec de petites gardes de troupes réglées aux plus éloignées de la place, comme à celles de la butte de In pointe du Hoc, du Chef des eaax» du fort Saint-Aignan, du Hoc^ du grand et da petit Epi y en renforcer les gardes et tirer parti de la garnÎBon , en cas de bombardemeni , tiers de la place , et la porter dans les endroits plus à portée de ces batteries pour les soutenir y s'il n'y a point d'autres troupes réglées proposées pour cela,
Démeubler longtemps auparavant les maisons de ce qu'elles auront de meilleur et de plus précieux , et surtout en sortir toutes les matières combustibles, comme paille,
foin Jagots et menus bois, notamment des graisses, huiles, eaux-de-vie, goudrons, etc., et les porter au delà de la chute des bombes , n'importe où , pourvu qu'elles soient en sûreté, et en cas que les apparences deviennent évidentes, faire sortir les femmes, enfants, vieillards» invalides et tous ceux qui ne peuvent servir à rien , ne laissant qu'une ou deux personnes dans chaque maison pour s'y tenir et les garder pendant le bombardement.