‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 67 sur 81 · S1VKTK · texte numérisé non relu

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sur les trous ouverts^ avant que de les planter, et de remplir ces mômes trous (qu'il faudra faire fort grands), de feuilles, bretiliago, menus bois, mottes brûlées, de terre pelée de la superficie, bien mêlée avec celle du fond, prenant encore garde à bien orienter les noaveaui planUs, afin de leur rendre le même aspect du soleil qa*ils avaient dans la pépinière.

De là jusqu'à 120 et 140 ans, il n'y a plus rien àôter que les arbres abattus par les vents ou le tonnerre, ou qui se couronnent.

Depuis 120 jusqu'à 20P ans les arbres achèvent de prendre leur accroissement» avec cette différence qu'après ce premier âge ils ne s'élèvent plus, mais ils grossissent jusqu'à deux cents ans, quand ils sont sains et situés en bon fonds;

' après quoi ils ne profitent plus et ne fout que dépérir, bien qu'on prétende que les chênes vivent jusqu'à trois cents ans. Je né doute pas qu'il s'en trouve qui puissent aller jusqu'à cet âge ; mais il en est comme des hommes qui vivent cent

" ans, cela est raro, el à ccL âge lis ac ^unt plus propres à]rien, pas môme à brûler.

la superficie nemanqaeraît pas de se couvrir d'herbes, d'épines, bois blanc, genêts, fougères et bruyères, qui coupés rea pied,

rez terre, après ce temps expiré, scchés au soleil et rangés par tas avec des mottes pelées de la superficie, cl le tout brûlé ea " temps sec, feront une cendre très-bonne à mcler avec la terre, le breiiUage, les mottes vives et les feuilles dont on remplirait les trous en plantant les jeunes cbéneaux^ il ne se pourrait qu'ik ne s'en trouvassent bien. Cette atlente ne retarderait point les ^oréts parceque les brins ayant 6 à 7 ans quand ou les planterait| • il n'y aurait point de temps de pei;du.

os vAUAAir. 67 La pépinière.

Cette pépiuière doit être établie daas ud des meillears fonds de la forêt. On aura soin de Tenvironner d'un bon fossé et d*une haïe vive bien épaisse, afin que les bétes sauvages et domestiques ne la brouteiil |)as; et de la semer de glands, châtaignes, et de faines bien choisis^ si tant est qu'on veuille de ces deux dernières espèces, après avoir bien préparé la terre ;et quand les jeunes plants auront atteint Tàge de cinq, six à sept ans, il sera pour lors temps de les lever pour en repeupler les endroits dégarnis. Deux ou trois arpents de terre employésà celasulïironl, et de celte façon, les forêts se renouvelleront et se perpétueront aisément; on doit observer de les planter avec toutes leurs racines, sans leur couper la tète, fort près les uns des autres, parce qu'ils se soutiennent mieux contre les vents et croissent hauts et

. droits^ au lieu que quand on les plante jeunes, à la distance qu'on veut leur donner quand ils deviennent grands, ils jettent beaucoup de branchages» croissent en pommiers, ne

' s^éièvent point; et les vents trouvant de la prise sur eux, les tourmentent, et en abattent beaucoup , roulent et tordent une grande partie des autres.

L'âge de la coupe.

Depuis l'âge de cent vingt ans jusqu'à deux cent quarante, les forêts sont en bonne coupe; mais comme on a continuellement besoin de bois poor bâtir, il est de la prudence de ceux à qui elles appartiennent, d'examiner i'étatoù elles

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seront ; car si le bois se couronne et sèche par le haut , il faudra le couper plus lot \ mais s'il ne se couronne poinf, il faudra attendre qu'il ait cent quaiante ans avant que d'eu coromenGer les coupes, et ne les pas débiter tout d*un coup comme les taillis ; il s'en faut bien garder, on les dépeuplerait. Il ne faut pas non plus les couper par éclaircissement , c'est la ruine des forôts -, j'entends par choix, tantôt en un endroit, tantôt en un autre. Cette conduite ne vaut rien , parce que les jeunes brios replantés dans de petits vides ont peine à venir manque d'aio ot que le charroi des arbres ainsi coupés, non plus que leur débit, n'accommode pas les forôts; à quoi il faut ajouter que la chute des grands arbres en blesse et estropie souvent plusieurs autres.

Xia meilleure façon de les débiter est, par coupes réglées et prot)ortionnées sur le temps de leur durée, en sorte qu'elles puissent toujours subsister sur le même pied.

Par exemple, supposant une forêt de douze cents arpents, si on la réduit en coupes réglées sur l'âge et la maturité du bois, ce sera dix arpents de coupe tous les ans ; car, comme . on ne les doit commencer qu'à l'âge de six vingt ans, il n'en faudra couper qtie dix arpents par an> et les replanter après que les ventes seront vidées , afin d'entretenir la perpétuité de la forél en coupes réglées, toujours en état et d'un bon âge (Ij) mais si au lieu d'une forôt de douze cents arpents^ il

(1) 11 y a ici. une chosa qni mérite réflexion,. qui est. telle : Si' la eenpe d'une fot^t commence & l'âge de 120 ans. et finît à 240, il paraît qu'elle serait prématurée h 120 et tardive à 240, pnrcé

que les arbres n'auront p;is toute leur grosseur si 120 ans^ cl seront trop vieux et la pliip.irt gales à 240. Il semble donc que râgc le plus raîsouuablc serait ^dc commencer les euupe;; à 140-

s'agissait d'une de six mille^ pour lors les coupes seraient de cinquante arpents, ce qui pourrait fournir jusqu'à neuf ou

dix mille pieds de gros arbres par an, lesquels on en trou- • verait quantitô pour des pressoirs, des auges ou des arbres de moulins, quanlilé de poutres de toutes cspècei?, beaucoup d'autres gros bois de sciage, comme Urans, jambes de ' force, manteaux de cheminées, fattes, sous-faîtes, sablières» . aisseliers, liens, poteaux, solives, chôneaux, mangeoires de clievaux, rais pour roues de moulins et de charretles, mem- ' brures, planches de toutes grandeurs et épaisseurs, merrains à vin, bardeaux ; lattes et échatas de toutes espèces; et du reste beaucoup de copeaux, et du bois de moule, co- Irets et fagots*, môme des cendres et du charbon, s'il était permis d*en faire ; ce qui pourrait occuper un grand nombre d'ouvriers perpétuellement, sans que la forêt cessât jamais . ■ d'être excellente, pourvu qu'on eût soin de la bien entretenir.

Que s'il y avait du hôtre ou le débiterait en sabots, gamelles, écuelles de bois de toutes grandeurs, pelles de boiSy

.ans et de les finir a 220 ans. 11 est certain que les arbres seront plus dans leur force; mais la perpétuité des coupes sera* inlerrompue par un intervalle de 40 années, pendant quoi on ne

couper«iit point. Je crois qu'il vaut mieux consenlii ù cet iiitervallc, pendant quoi d'nutres bois qui se couperont ailleurs salisferont au besoin ; outre qucla règle n'est pas si générale qu'elle ne soit susceptible de quelque exception ; car il y a- toujours quelques arbres abattus par les vents ou le tonnerre, et d'autresqui se couronnent et ne profitent plus, auxquels on se peut prendre pour les besoins pressants, et quand on st rait olilii^é d'en couper quelqu'un inJcpcndainnient de la règle, pourvu qu'où le remplai-e, Wny aura pas^rand m:il. .

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boimÉQx, Irémies, aacs, étaui;» lable» de boucheries et de cuisines, planches, poteaux, membrures j[M>ur faire des châlits

et des meubif 8 de paysans , des méie$ et pétrins, des Jougs de bœufs, des ar çons pour selles de c hevaux, des étèles pour des colliers à chevaux de trait , bâis de mul<'(s, de bouriques et autres. Les gens de la çampagoe en emploient même à la charpente de leurs maisons, granges et étables, au défaut de chêne. On pourra débiter le châtaignier comme le chône, et remployer au môme usage ; on retirera encore uo profit ncytable des glamlées pour ren[,^rais des porcs.

Il est entin certain que l'un des meilleurs revenus et le plus certain serait celui des forêts plantées et bien entretenues, ce qui se peut sans beaucoup de peine et sans beaucoup de dépense; il n'y aurait que les premières années qu'elles seraient à charge et de très-peu de profit. Par exemple, les quinze premières années ne produiraient que du l'agolage, quelques perches 9> çcha!as pour vignes, et de la bouchure. . jj^lgaeconde/ ç0ope eu déchai^, au bout .des trente-cinq premières àniiées, produiraiM'équiyalent d'une demi -coupe en taillis, ou environ en bois de moule, cotrets à charbon et fagots.

La troisième décharge, du gros bois de moule, des échalas, quelques bois équarris et du merrain.

La quatrième décharge, quelques poutrelles et soliveaux, et du bois de sciage, du merrain, des échalas, du bardeau,

du bois de moule, cotrets et fagots.

A cent quarante ans on commencerait d'entrer dans les coupes réglées, outre ce que dessus, les arbres morts pour avoir été frapt)és de la foudre, ceux que le vent abattrait^ et les couronnés, serontdébités dans leur temps; desorte que les décharges de laforét paieraient grassement tes dépenses de ces entretiens jusqu'à ce qu'on commençâlàla mettre en coupe.

Qoe les pUntU des nouTflDei forêts sont des entreprisêi de rois.

Le temps qa*il feodrait attendre ces coupes serait trop

long pour que les particuliers s'en pussent aisément accommoder, leurs vues ne s'étendent pas à quatre à cinq générations au-delà de la leur» et leurs commodités ne leur fournissent pas les moyens de poayoir faire de telles avances pour de pareilles entreprises ; je conclus de là que les plantis de ces nouvelles forêts sont l'ouvrage de rois, de princes aisés, du pul)lic, et des grandes communautés monacales et bien reniées ; ils ne peuvent être entrepris que par eux , tant à raison de Timpuissance et du peu de vue des particuliers que par la tsonsidératlon de la marine, fortifications et bâtiments publics auxquels ils ont intérêt.

^ Vices des iorèU sauvages et bonnes qualités des nouvelles forêts.

Il est vrai aussi de dire que ces forêts plantées et cultivées de la sorte seront bien d'un autre mérite que les sauvages qui viennent au hasard, sans semer et sans ri&gle, et subsistent sans soins ; qui sont presque toujours sales et à

demi étoufFées de broussailles et de mauvais bois revenus sur souches, dont les arbres entachés du vice des racines, souvent rabougris et à demi pourris, participent toujours de lonrs mauvaises qualités , cl ne- pn>duiscnt rien.qui vaille ,

72 <M9iveT#».

ils n'ont pas d'ailleurs lo temps de vieillir, et se couronnent à moitié de leur âge; ce qui marque la pourriture en dedans ou du moins une très-mauvaise disposition, qui se continue dans les bois mis en œuvre, et trompe la plupart de ceux qui les y nieîlenl; qui, après les avoir employés bien sains, en ap[)arcnce, sont t/)ui élonnés de les voirgtHcs peu de temps après ; ce sont d ailleurs des bois à demi ruinés, clairs ou non repeuples, où les gros arbres étant comme abandonnés à leur conduite, se tourmentent et se gâtent par croître en pr)mmîers ou par les vents qui les tordent et roulent, et se l'ont de très-mauvaise qualité; au lieu qu(î des forêts telles . que nous nous les propusnns , clant semées de glands ou .plantées de bois de brin triés ei choisis, bien défrichées de< ' pierres, d*épines et de mauvais bois, n'en produiront qtie de bonne qualité et bien sains*, il n'y aura point de vide dan^les forêts qui l'O soient incessamment remplis ; tous les arbres on seront de belle venue, parce qu'on ne conservera que ç|i^--là» ei que les jeunes cbéneaux pressés les uns ^ntre les aûtir^à dans leai^adoleacenoe » se iléfendront bien contre, les vents et s'élèveront hauts et droits en belles tiges non * tortues ni roulées, le cœur bien sain et non pourri ; ce qui produira des bois d'une qualité dur.ible et excellente, et pour conclusion, un arpent de telles forêts fournira.plus de bons arbres que dix des forêts sauvages, telles que ce royaume les produit quand on n*y apporte pas d'autre soin que celui de lesgarder. ,

AépartUmis des vieilles fdréts.

Bien que lés particuliers ne pm'ssent pas se donner tant de soin, ni soutenir d'aussi grandes dépenses qu^ celles

Dt VAUBAN* 73

qui seraient néce^ires à la coHare de* ces forêts , il y en a

beaucoup qui ont de grandes pièces de bois dont ils pourraient élever du moins la douze ou quinzième partie en futaie,

• ea y observant les ordonnances à la rigueur et faisant net-

* loyer et décharger leurs bois avec plus de soin, sinon choisir tous les ballveaus des taillis de chêne entre lesplusbeaux brins (1)» en laisser une plus grande quantité qu'on ne fait, pour suppléer au défaut de ceux que les vents abattent, et ne les pas tous couper dans les ventes suivantes, ou du moins n'en couper que la quantité permise par Tordonnance dans les ventes prochaines, qui est ce que la plupart ne font pas. On coupe le plus souvent tout, et on ne laisse que de nouveaux baliveaux choisis au gré des ouvriers et du marcliand, et par conséquent, mal; de sorte que les taillis .demeurent toujours taillis et ne redeviennent jamais futaies, ce qui est un grand défaut et qui fait en partie la disette des bois où oh se trouve aujourd'hui; car bien que les futaies revenues sur souches ne soient pas comparables à celles qni seraient plantées de brin, elles ne laissent pad d'être utiles etj}e bon emploi.

Lesnisons qu! peuvent induire lei parUculfersà la culturè des forêts.

Quoiqu'il ait été dit ci-devant qu'il n'appartient qu'aux rois, aux grands seigneur^ et aux communautés religieuses * bieft rentéesy de planter des forêts, il se trouve assez de

(1) 11 vaut beaucoup mieux laisser la quinzième partie des bois de clyiqnp propriétaire en futaie.

; 74 ' OISIVBTtfS

gerfs qui ont de mauvaises terres de peu de rapport, qu'ils pourraient employer en l3ois, en les préparant, semant et eotreteuant bien, attendu que la première dépense faite, le ' sarplns ne consistant qu'à des entretiens, n'irait pas à grand . chose et demanderait plus de soin que de dépense; cependant il en reviendrait par les suites un bien inestimable, ^ ' qui, en conservant son fond, porterait un intérêt continu et sans perte, qui ne serait expa<^ qu'à la négligence etau mau- Tais ménage de ses maîtres : ce serait un bien présent et ' un fond de terre certain, très-noble, qui se trouverait à point nommé sous la main pour subvenir aux grandes nécessités des familles, mais dont il faudrait laisser la jouissance à qui elle appartient, et ne pas, sous prétexte que la marine en a besoin, empêcher les propriétaires d'en disposer dans leurs pressants besoins, pourvu que le public ne souffrit pas; car rien u*est plus dur aux hommes que de ne pouvoir jouir du leur sans permission, quand de-droit naturel ils ne sont pas obligés à la demander. Je dis cela comme une raison qui empêchera plusieurs de se donner toute l'application qu'ils pourraient pour cela et d'y faire de la dépense

n est cependant vrai de dire que cette raison* quelque juste et bien fondée qu*elie puisse être, le doit céder aux besoins de l'état ; mais l'aflaire est de les bien connaître et de n'apporter à la jouissance des particuliers d'emp(}chemont que bien à propos \ car quand une famille est tombée dans quelque cas qui pourrait la perdrç sans le secours de ces bois, il ne serait pas Juste d^empôcher qu'elle ne puisse y avoir recours.

Il y a encore un autre cas très-dommageable, qui est quand les bois se couronnent; car si on continue d'en empêcher les coupes, il est certain que sitôt après, les bois ne

J>E VJkUBAN. * 75

seroDt plus propre» qu*à brûler, ce <|iiî ne peut arri?er qa*à

la très-grande perte des propriétaires, qui ne retirent pas le

quart de ce qu'ils auraient tiré de leur futaie , si ou leur avait permis de les couper en bon âge.

Il y a encore une raison très-forte, qui est la longue attente et la nécessité où ne sont que trop souvent réduites les bonnes maisons du royaume, qui sont la plupart endettées et hors d*état de pouvoir faire les dépenses nécessaires au soutien de leur condition, loin d'en faire de celles qui paraîtraient superflues à plusieurs. Cependant si ([uelqu'une se trouveen état de profiter de cet avis, il n'a qu'à imiter ce qui est proposé pour les nouvelles lorèts. l'entreprise no fùt-clle que de cent arpents, elle ne laisserait [)as d'être très-honorabie, il est certain que ce serait Tun des meilleurs biens que l'on puisse acquérir, qui ne périrait jamais, et qui dès les quinze premières années commencerait à payer son * maître ; ce qui augmenterait toujours avec l'âge.

Comptraiioa dai rerenuf des UîUii avec ceoi des fui«iet.

L'opinion de la plupart de ceux qui ont des bols en Bour*

gogne^ dans le Morvan et le Nivernais, est que les taillis rendent beaucoup plus que la futaie, et ne se font point tant « attendre. Voici comme ils comptent i

Tous les vingt ans, on coupe les bois taillis, dont la coupe se débile en bois de moule, tels qu'on les voit sur les ports À Paris , et s0 vend pour l'ordinaire 45 à 50 livres l'arpent j

OI.«IVLTt:».

pris el débité sur les lieux aux frais du marchand (1) ; nous

poserons donc pour le prix de la première. coupe d'nn ar«.

Supposons celte somme bien employée et qu'elle porte inlérôt au denier 20, le fonds et les inlérôts . produiront 100 livres, vingt ans après la première coupe, qui , ajoutées au prix de la seconde coupe

Supposé, après cela, les 150 livres mises à inlérôt pour autres vingt années, le fonds elles inlérôls joints ensemble produiront 300 livres , auxquelles ajoutant le prix de la -troisième coupe , viendra 350 liv.

Supposons ce fonds employé comme les cl des* sus, el le prix des huis, au bout de vingt aiUKMs , suivantes, viendra pour le fonds, les intérêts el le prix de la quatrième coupe, 750 liv.

Si on continue à employer ce môme fonds utile»' ment, il produira, les 20 années d'après , l,5oo li* vres, auxquelles ajoutant 50 liv. pour le prix de la cinquième coupe, viendra 1,550 liv.

Supposons encore ce fonds aussi bien employé que les précédents, la production sera de 3,100 livres, à quoi ajoutant 50 liv., prkdela sixième coupe , viendra, en 2o années de temps, 3^150 liv.

Voilà ce que les six coupes de bois taillis produiront en 120 ans, supposant le provenu des ventes autant bien, emr ployé qu'il le puisse être.

(1) Le prix moyen auquel se vend -aujourd'hui dans le Nivcrvemaîs la coupe d^un arpent de boU taillis de vingt ans d*âge, varie de 350 h 400 francs. A »

peot.

50 liv,.

50 liv. , fera

150 liv. .

Wl VlUBlTf. 77

YoyoDS maintenant ce que produira la futaie, et supposons que les deux décharges qui se doiveot faire les trentecinq premières années ne vaudront que l'une des coupes du taillis; ce sera dO liv.

qui mis à intérêt comme la précédente produira, en trente années de temps avec le principal, i25 livres, auxquelles ajoutant le produit de la troisième décharge, qacfnous estimons coupe etdemie ordinaire, savoir 75 livres, fera 200 liv.

qni mis de rechef à intérêt comme ci-dessus jusqu'à la quatrième décharge qui se fera à cent ans, viendra 500 liv. ; joignons-y le prix delà dernière décharge que nous estimons à doux coupes commnnes, viendra 100 livres, qui ajoutées aux 500 livres ci-dessus , fera 600 liv.

auxquelles ajoutant pour 200liv.de glandées, pendant tout ce long espace; le tout fera, en 120 années de temps, bOO liv.

Si on suppose cet arpent contenir âôO pieds d'arbres (2) , qui est le moins qu'un bois de cette étendue bien planté doit contenir, et que chaque pied d'arbre soit vendu 15 liv, l'un portant Taulre, sa coupe entière produira 5,750 liv. , qui , ajoutées aox 800 liv. ci-dessus, fera la somme de 4,550 liv.

Les deux productions, savoir :

La futaie 4,ô50 liv. en 120 ans.

Et le taillis 3,150 lîv. en lâo ans.

Différence 1,400 livres.

' (1) Ceci est fart diCFérent des faillis; mais aussi la futaie r&t

coupée au boni de 120 ans, sans espoir dVii rîcn tîrcrdc 20 au» né't'S, au \ivu «juc le laillis coianieuee d'eulier eu coupe à cel à|^c.

78 omv£i£g

Qui est ce qae la futaie doit plus rendre que le taillis en

120 années de temps- Mais quand on n'estimerait la futaie qu'à 200 pieds d'arbres et chaque pied d'arbre à 12 liv. elle surpasserait encore le taillis de ôO liv. à quoi il faut «jouter :

V Que si la fùtaie était réduite en coupe continue et réglée sur le pied de 120 années de temps, la valeur des coupes

augmenterait toujours de plus en plus, à mesure que le bois vieillirait, parce que les arbres grossiraient davantage et seraient parconséquent plus capables de fournir au débit énoncé à la page 7o.

Que les glandées fourniraient plus en 120 années de temps, qu'elles n'onl élé ici estimées, quand la forôt aurait pris toute sa croissance-

3*^ Que cén*est que dans le Morvan et partie du Nivernais,

que l'arpent de bois taillis vaut 50 livres. Dans la plupart des * payscjui n\)nt pas leur décharge à Paris, il vaut beaucoup moins, mais la futaie bien ménagée vaudra toujours son prix . par tout pays.

Revenu anauc^ d'un arpent.

Pour supputer le levenu annuel d un arpent de futaie, il n'y a, de rechef, qu'à Testimer, en le supposant de 200 pieds d'arbres de 150 ans de coupe, qui est le commun âge que^ nous leur attribuons, estimés à 12 liv. pi^, fera 2400 liv., auxquelles ajoutant 360 liv. pour les glandées, viendra 2,760 liv., que nous diviserons en 240 ans; car c'est ainsi qu'il faut compter tout le temps de la crue et de la coupe, * viendrai! livres 8 sols4 deniers^ otons-en le tiers pourconlenter ceux qui veulent tout prendre : au pis>aller» ce sera

DS VAQBAN. 79

encore 7 livres 10 sols et |»lus, qui à peuprèsestce que le meilleur arpent de lei ce à blé peut produire de revenu par commune année dans mon pays.

Faisons encore une petite reflexion : la longue attente de ces futaies qui , jusqu'à la fin de la quatrième génération» donnent peu de revenu, fera que très peu de gens se mettront en goût de planter des forêts, quoique le meilleur bien de tous ; parce que si peu de gens sont en état de faire des dépenses telles qu'il les faudrait faire pour cela. Il s'en trouvera encore moins do capables de se mettre en peine de l'avenir, ni du bien public, non plus que de leur postérité, jusqu'à la troisième y quatrième et cinquième génération, pour se priver volontairement, Je ne dis pas du nécessaire , mais de leur superflu , pour remployer à de telles dépenses, qui ne leur produiraient que peu de chose de leur vivant, et qui ne leur donneraient jamais le plaisir de les voir dans leur maturité-, mais supposé qu'il s'en rencontre quelqu'un (cela n'est pas assez éloigné du bon sens, pour que personne ne puisse donner dans une telle pensée). Je suppose donc que ce quelqu'un qui aura pris résolution de planter un bois à dessein d'en faire une futaie l'ait exécutée, qu'il l'ait mis en bonne culture, et qu'il persiste dans le dessein d'en faire une futaie jusqu'à la fin de ses jours, se conduisant comme il est ci-devant proposé ; le (ils de cet homme, après sa mort, aura-t-il le même goût que son père pour en prendre autant de soin? et supposé qu'il le fasse, le petit411s de cet homme le fera-t-il ? et persistera-

80 OISIVEIÉS.

t-ii daos le même dessein ? Supposé encore que oui} Tardère*petit-flts aura->t-il assez de respect pour la mémoire * de son père et de ses Ateoi, pour suivre la même destina*

lion el ne louclier à ce bois que dans les conditions requises? Il faut avouer que cela est bien hasardeux, et que si on s'en rapporte à eux, la pauvre forêt ser4 en grand danger. Il arrive trop d'affaires dans les familles , en cent vingt années de temps, pour qu'elles puissent subsister toujours au même état ; et quand quelqu'une s*en sauverait, tant d'autres tomberaient dans ce défaut, que le public ne pourrait éviter, sans une espèce de miracle, d'être frustré de son attente. Je ne suis donc pas d'avis de s'en rapporter à la discrétion des propriétaires, mais bien que ceux qui les planteront les substituent aux aînés de leurs malsons, comme un préciput, à la charge d'observer tous les soins ^ de leur culture et Tordre des coupes telles qu'elles sont réglées par l'ordonnance, sans jamais laisser perdre la qualité de futaie à ce bois. Cette substitution perpétuelle est autorisée par le roi, aGn que cela soit sacré et qu'on n'y tou- . che que suivant l'ordre prescrit par la mémo ordonnance , A peine d'en perdre le fonds et la superficie. Ce moyen donnerait lieu à des pères, un peu bien dans leurs affaires, d*acquérir do grands biens à leurs aînés , à bon marché^ en rendant un bon service à l'état, puisqu'il •n'y aurait qu'à Oiire acquisition de quantité de mauvaises terres, la plupart, vides et mal employées pour y planter d^ boîs.

Pour revenir présentement à ce qui regarde le roi et le public, j'estime que si sa majesté tenait la main à ce que les ofiiciers des eaux et forêts lissent bien leur devoir sur l'observation des ordonnances., que les seigneurs de sa cour et autres gentilshommes, aisés de ce royaume , fissent de leur mieux pour remplir de buis les bcux vagues de leuis terres,

DL VitB.I5.

et qu*on obligeât les coinmimautés de religieux el religieuses, riches el bien reniées, d'en faire «fulant; qu'il se ferait quantilé de nouvelles forcHs, incomparcjblemonl plus belles et meilleurcjs que celles qui exislenl imisenlcineiit; et si !<• roi de sa part faisait planter au plus près dei» eûtes, (h>i is Ue Dier et grandes rivières de ce roydume, cent ou six vingt mille arpents de bois, divisés en différentes foiéts, y observant lous les entreliens et la culture énoncée ci-devani, cebi su (lirait pour l'augmentation des bois iiccobsaires; à quoi il faudrait ajouter les réparations des vieilles toréb, dont plusieurs, pour ne pas dire toutes, faute d'entretien et pour avoir été extrêmement négligées, sont ruinées et dans un pitoyable éUit.

Fait à Fontainebleau , le i i octobre 1701.

tUH\ I ILS Dl. \ Al RA.N.

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