‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 66 sur 81 · TRAITE · texte numérisé non relu

TRAITE

DE LÀ CULTURE DES FO RETS (t).

(Tome IV dei OiiÎTeiés.)

Il y a longtennps qu'on m plaint qtio les Aitaiea se ruinent, qa*elles s'anéantissent partout, qae dans peu elles seront

réduites en taillis, et qu^incessamment nous manquerons de bois à b&tir : l'expérience de ceux qui font travailler chez

(1) Le château de Bazoches, dans le Nivernais, élection de Vezelay, qui était l*habitatiott de Yaaban, est adossé à des forêts qui en dépendent, et où Te maréelial a été & même de faire les

Intci*esâantes observations qu'il a cousi^^nées l1;ui» ce petit traité.

eux ne vérifie que Irop la justice de celle plainl^, par ta difllcullé où ils sont de trouver des bois, et pour peu qu'on veuille se donner la peine d'examiner de près l'état des forêts, tant du roi que des particuliers, on s'y percevra bientôt du désordre où elles sont. On verra que toutes les futaies qui se sont trouvées de quelque débit, ont été coupées ; que les particuliers se sont défaits de tout ce qu'ils avaient de meilleur à cet égard; ce qui est parvenu à un tel excès qu'on ne trouve plus de bois à bâtir qu'avec beaucoup de peine et en Tachetant bien cher dans les lieux mômes qui en étaient couverts il n'y a pas soixante aos. On verra que ce mal s'accrott tous les jours de plus en plus par la coupe conlînuellé du peu qu'il en resf e sur pied ; en sorte que si bientôt on n'y remédie, on sera obli^^é de clierelier k s bois à bàlir hors du royaume. Les rélîexionsque j'ai eu lieu defairesurcedéfaut, pendant tant d'allées et de venues que j'ai faites, dans la plu < parldes^^vinces dece royalun|^ 35 a 40ans^ jointes . aùxf^piirts^ côtés, ne me

Payant que trop fait connaître; 'isi'ont fait penser en môme tempsaux moyens d'y remédier, et c'est ce qui adonné lieu à cet écrit; pour lequel je ne me suis proposé d'autre but que • d'attirer les réflexions du roi sur ces manquements, et d'en proposer après les remèdes, persuadé que si ce que j*en dirai en vaut la peine,' Sa Majesté en fera un-bon usage, sinon , et en cas que je me sois trompé, les fautes que j'y ferai ne *

Le terne IV des Oisivetés ne coiitientMjuc les cinq mémoires^ qui sont insérés dans ce recueil. Mp*^ la baronne Haxo qui , comme nous 'l'avons dit, possède le tome lY des Oisivetés, a en la bonté de le mettre cnticreinrnt » iiotro disposition. * A.

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pourront préjudicier à personne, et je serai le seul qui en aurai la tête rompue.

Il est certain que la France ma nijuc prcsciue partout do , bois à bâtir, ou que du moins, il y est devenu tort rare cl le devient tous les jours de plus en plus. Je connais des pays où il y avait plusieurs milliers d*arpentsde futaie, où à peine . en trouverait-on dix présentement ; tout s*est vendu, coupé et débité, notamment ceux des particuliers qui se trouvent ]ires(itie tous réduits en taillis; en quoi ils trouvent beaucoup mieux leur compte que dans les^futaies, dont les coupes se font Urop attendre. Le principal proGt qu'on en tirait autrefois se réduisait aux glandées, au chauffage, au néccs« 8aire,àrentretiendesbâtimentsetàquelquequanti(é choisie . par ci par là que les seigneurs vendaientà ceux qui faisaient bâtir. Ou en employait aussi partie à faire dos bois de sciage, do merrain à cuves et à futailles, des lattes et des échalas pour les vignes, etc. Mais comme cela s'est fait avec beaucoup d'indiscrétion et de négligence, tous les meilleurs arbres ont été débités peu à peu, et il s'est fait de grands vides dans les forêts, qui n'étant point replantées ni gardées des bestiaux, ne se sont point repeuplées de nouveaux bois-, de sorte qu'à force d'y toujours prendre et n'y rien mettre, il n'y est demeuré que de mauvais arbres propres à faire du chauffage, qui ont été à la fin vendus, coupés et enlevés, * . comme li'S autres, et pour conclusion, on y a fait place nellc, en sorte qu'il n'est plus question de futaie présenlcniont dans les lieux qui en étaient autrefois couverts. 11 faut ajou- . ter à cela que la grande quantité de vaisseaux et de galères et antres ouvrages de marine qu'on a bâtis et qu'on continue à bâtir depuis 40 à 50 ans en çà ; les fortifications de tant de nouvelles places et tant de beaux bâtiments civils construits pendant ce règuc, en oui lait une prodigieuse dissipation,

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notamment de ceux qui sont à portée des ports de mer, de la frontière et des l ivicres, ce qui est allé si loin que dans de grands pays à demi couverts defalaies il y àSoà 60 apsi il n'y ena presque plus, et on n*a guère moins de peine à irouyçr des bois à bâtir présentement dans ces pays là qu à^aris. D'ailleurs il s'est fait beaucoup de défrichements, et il y a bien (les provinces (lans'le royaume qui en man(}iient, comme la Beauce, la Saintonge, laPicardie, la Champagne et beauc(^ d'autres où ils ont été anéantis ou diminués à l'excès il j 9 long-tefi^ps, parcequ'on n'a pas tenu la main à les éço^ miser sefon les besoins des pays; j'ose bien éire que ce défaut est un (les plus considérables do ce royaume, et pourrait deyenir $i grand qu'on ne pourrait plus Je réparer qu'après en avoir souffert de longnea et très-dures inçdmQii)^^: n est du moins certain que les bîktinifmUdvito, les f«lti^^ cations et la marine s'en trouveraient fort mal' si on n'y prend garde do plus près qu'on n'a fait : tout cela demande dejsérieuses et profondes réflexions; car les bois, de quelque manière ^|t^dbB»^i^^ Sdéht on ne se peut p^Éè»!'' ^ . •

Culture des nouvelles forèu ei entretien des vieilles.

Il me parait donc nécessaire de faire valoir les ordonnances clés eaux et forêts avec plus d'exactitude qu'on n'a Mif . mdmedelesampUfler etétendiedavanCage» y ajoutant tontes

les explications nécessaires et la conduite à tenir pour conserver et augmenter les forêts, ce qui ne se peut qu'en choisissant mieux les baliveaux qu'on ne fait, en laissant exac-

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lemeiit sur pied les anciens et les modernes, spéciiiés par l'ordonnance, sans les abattre comme la plupart des particuliers font dans les coupes qui s'entretiennent; si non en- - oore mieux corriger le... . article de l'ordonnance, et en

supprimant totalement les baliveaux, réserver la douze ou la quinzième partie de tous les bois en futaie choisis dans les meilleurs fonds par les maîtres des eaux et forêts, avec .défense d'y toucher que dans les cas spécifiés par l'ordonnance qui en sera faite et de ne plus défHcher sans permission expresse, et avoir soin d'ailleurs de Caire [)hniter de nouvelles forêts j pour cet effet mon avis serait de choisir des terres médiocres et mal employées^ môme de celles qu'on appelle vagues et vaines qui sont de peu de rapport ou abaih données, au plus près des rivierres et ports.de mer qu'elles se pourront trouver; plus les fonds en seront bons, meilleurs ils seront; remarquant que ceux qui sont propres pour les bois ne le sont pour l'ordinaire pas tant pour les blés et que dans les pays raisonnablement peuplés, il n'y a que les plus mauvaises terres qui en sont occupées.

Après avoir choisi des endroits propres à l'établissement * des nouvelles forêts, il faudra pour bien faire en rompre le fond de deux bons pieds de profondeur, môme de trois s'il ' était possible (1) \ si ce sont des terres rocailleuses^ pierreuses ou tttfeuses ou de roches mortes ou d^agaite ou de glaise ou ^ autre fond dur etdilflcile à percer par les racines, j'avoue que cette première dépense serait fort considérable, mais

(1) Où le terrain sera moyennement bon, il sufiiiail d'en pîocher lasupe^ficie et de l'épicrrer d'un boa pied d'épais, mais le mieux sera de rompre le fond le plus bas qu'on pourras

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élle fera un très-bon effet par les suites en cé qu'elle rendra les terrains les plus mauvais dociles et faciles à pénétrer par laraciue des arbres.

La superficie étant donc bien rompue, il sera boa de lai^ ser passer un ou deux hivers dessus pour donner temps à la terre remuée de se pénétrer et pourri après quoi la bien fumer, labourer ctsemer de blé ou d'avoine et en même temps de glands bien choisis et en bien recouvrir les semences ^ . cela fait et môme auparavant, environner cette forôt d'un fossé de 6 à 7 pieds de large sur trois de profondeur^ le border d*une bonne haie vive, et en attendant qu'elle soit crue, de bouchure renouvellée tous les ans pour cinpcclicr les ' bestiaux d'y entrer. Si cette semaille se peut faire cri une seule année, à la bonne heure ^ si non il n'y a pas d'inconvénients de la faire en plusieurs, pourvu qu'elle se fasse bien. Le bois venant à sortir de la terre, il faudra conduire son accroissement par le sarcler, et en éplucher dans le commencement les épines et mauvaises herbes qui vS'y njelîcul, le piocher légèrement, au moins deux ou trois fois les . premières années, et le receper sur la lin de la trois ou . quatrième, près de terre, à la serpe ou au couteau courbe, . ' bien tranchant, de bas en haut, pour ne point fendre ni déchirer les tiges, encore faibles et. laeiles à blesser, ctconti- • nuer à en prendre soin et à le bien conserver jusqu'à ce qu'il soit hors de Tatleinte des bestiaux, ce qui arrivera vers la quatre ou cinquième année du recepement.

A la quinze ou seizième année de ce plantis,^i le bois est bien épais, il commencera à se charger, et les brins trèspressés de se nuire les uns aux au Tes, ce qui en marquera les besoins.Pour lors, il faudra lui donner de l'air et le décharger du superflu , commençant par tous les buis qui viennent mal> cette décharge emportera environ la moitié du Ijois/

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La trente-cinquième année du plantis, il le faudra dcpresscr et décharger pour ia deuxième fois, delà moitié des bois restant sur [ûed de la première décharge, coupant tous les mal venants et les mauvais brins à demi-moHs, branchages de travers, el rapailles qui le salissent et no fout qu'embarrasser et ctuuHer le bon bois.

 la soixante-dixième année^ le décharger pour la (roiglème fois d'une autre moitié ou environ du restant de la deuxième décharge, prenant soin d'en 6ter par préférence les bois couchés, rompus, tortu's, roulés, pouilleux et abattus par les vents et tonnerres, et toujoursceux de la plus mauvaise quahté.

A la centième année, le décharger pour la quatrième et dernière fois do la moitié du restant de la troisième décharge,

de tout ce qui aura été gâté ou qui sera mal venu, réduisant le tout à quelque deux cent cinquante pieds d'arbres , bien choisis, par arpent; observant qu'où la terre est bonne, on peut les réduire à un espace de 14 pieds les uns des autres, à mesurer du milieu d'un arbreà un autre, un peu plus un peu moins; mais où le terrain sera maigre et aride, il faudra les espacer jusqu'à dix- huit pieds, et remarquer qu'àcbaquc fois qu'on sera obligé d'y faire quelque abalis extraordinaire de gros arbres, il faudra incessamment les remplacer de six on sept Jeunes chênes de brin pour tin vieux qu'on aura ôté, parce qu'il en périt et qu'il faui toujours les tenir pressés dans le commencement de leur âge, pour les faire croître hauts et droils ; observant encore de bien préparer la terre (1), de laisser passer les gelées, des hivers entiers^

(I) J'vslbr.e r|u'gn feraU bien de laisser reposer la terre ciuif ou six aiKs a|iiè:î les vvntrs vidocs, sans la plaiili r, pcnd.uil (pioi

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