‹ Oisivetes de M. de VaudanChapitre 69 sur 81 · DES RIVIÈRES · texte numérisé non relu

DES RIVIÈRES

Qttoiquii ait été (Mirlé da commerce dans les mémoires précédenU, il ne sera pas mal à propos d*en dire encore . Ici

quelque chose : je n*en sais cependant pas assez pour en faire leçon , mais j)ien pour proi>osor ce qui ie i»oiirrait rendre plus aisé.

Il est certain que toutes les provinces de ce royaume ont Ijesoin les unes des autres, parce que toutes abondent en certaines choses et manquent en d*aut;*es ; aucune d'elles n ayant absolument tout son nécessaire, elle va ordinaire- ' ment chez sa voisine ou dans les autres plus éloignées : par exemple, la Champagne abonde en vins, e( manque souvent de blé, et la Picardie manque de vins et abonde en blé 11 n*en ^ faut pas davantage pour exciter un commerce considérable

(1; D';i|)rès nu pass.i^i- de ce nuMiioire, an ^ AtS^CK, il a »'Uî cofnpusé e n 1699. 11 coinpièle et UTinliH'» duiis celle publication, le tome IV de» Oigivelés» A.

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entre ces deux provinces. La Provence manque aussi de blé, mais elle abonUe en vins, figues, huiles, olives, orange», citrons et en quantité d'autres denrées qui lui en attirent de toutes parts ; de plus elle a de bons ports de mer où il sefàtt

un grand commerce, qui répare ce défaut. Paris abonde en or, argent, et en toutes sortes de marchandises et de manufactures exquises qui manquentaux provinces des environs; elles y vont chercher leurs besoins, et y apportent blés, vins, fruits, foins, orges, avoines, bois et bestiaux et une infinité d'autres denrées en si grande abondance qu'elle en peut Irès-facilement nourrir les six à sept cent mille habitants, dont elle est remplie. Il est ainsi de toutes les autres vdles de province du royaume, ce qui leur produit un commerce intérieur très-considérable, qui facilite le mouvement de^ l'argent, fertilise les mauvais pays, les fait yaloir et Mt les uns et les autres peuvent s'entretenir et devenir meif*^ leurs à proportion de ce (jiie les consommations diminuent ou accroissent-, ce (jui n'est pas moins avantageux au roi qu'à ses peuples, parce (nie le fréquent mouvement de Far-., gent fait aussi bien ses affaires que les leurs. Il ne faut donc: que trouver moyen de rendre ce mouvement plus vif l'étendre le plus également qu'il sera possible dans ti^âl^ les parties du royaume pour en augmenter considérablement les revenus, d'autant que ce ne sont pas les monceaux d'or et d'argent qui font les richesses du pays, mais le bon em^ ' ploi qu'on en fait jouroeilement, l'abondance des denréeà et leur consommation, sans quoi rien ne profite.

Pour le faciliter, il y a deux moyens qui concourent à môme fin tous deuk : le premier etit celui d'accommoder et bien entretenir tous les grands chemins qui sont extraordi-^

nairement négligés, et If second de procurer la navigation aux rivières qui en sont capables, en prolongeant celle de

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toutes les ^mmles vers leurs sources, autant, que les eaux

y pourront fournir, et en rendant navigables toutes celles qui ne le sont pas et qui peuvent le devenir par le travail des hommes. Ainsi la navi?;ifion de Seine qui ne commence qu'à Bray, Nogentet Pont-sur-Seine, pourrait très-bieu remonter jusqu'à Chàtillon, non en suivant toujours le cours de la rivière qui manque^de fond en beaucoup d'endroits, mais en faisant un canal à côté de son lit où il en serait besoin avec des sas et écluses plus ou moins proportionnées suivant l'abondance des eaux, sur telle profondeur qu'on voudrait lui donner, car cela est arbitraire; moyennant quoi la navigation du canal serait infaillible, beaucoup meilleure que celle de la rivière et jnon sujette à naufrage ni à aucun cbangement, parce qu'on ne pr end et on ne met jamais que la quantité d'eau qu'on veut dans ces canaux, et si, on peut leur faire porter d'aussi grands bateaux que ceux de la Seine dans les endroits mémo où elle a le plus de profondeur. Il n'y a rien de plus praticable et le roi le peut môme faire â très-bon marché; comme nous ferons voir ci-après : moyennant quoi la navigation de celte grande et belle rivière se trou-' vcrait prolongée vers sa source de plus de vingt lieues (1). Or, ce qui sera bon pour la Seine à cet égard, le sera sans doute pour toutes celles du royaume.

Voici comment cela se peut faire. Supposons l'ouverture d*un canal de 9 toises de large seulement à la superGciede l'eau, revenant à 6 par en bas sur 6 pieds de profondeur ; ce canal digné et la superficie de son eau élevée au re/de l'horison, et môme de 2 à 3 pieds de plus, si cela convient, . ne

(1) Les travaux de navigation entrepris sur la Haute-Seine, ne vonl encore que jusqu'à Trojcs.

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contiendra pas plus de 6 toises cubes d'excavation par loisc courante, qui eslimée à 24 sous la tuise, feront 7 11 v . 4 sous; ajoutons-y 36 sous par toise cube pour la façon des talus, ar- Tangement des digues et des conrois, le gain et les frais des entrepreneurs, la toîse courante reviendra à 9 liv. ; posons 10 livres; ce sera 100 liv. pour 10 loises, 1000 liv. pour 100 toises, et I0,000 pour l, 000 toises; ce qui reviendra à 25,000 liv. pour chaque lieue de 2,^^00 toises de long : ajoutons-y jusqu'à 00,000 autres liv., à cause des roches et mauvais terrains qui peuvent se rencontrer, des sas et aqueducs de

traverse, dédommagement des particuliers, etc.; ce sera

75,000 liv. qu'il en pourra coûter pour chaque lieue. Mais supposant de rechef que cela peut aller jusqu'à cent mille livres (l ), je ne trouverais pas que la dépense en dût rebuter, vu qu'étant bien employée, ce serait an ouvrage fait pour toujours, dont les entretiens seraient de peu de dépense. Cependant il est vrai de dire que ces canaux seraient d'une utilité inconcevable aux pays par où ils passeraient, parce que leur navigation attirerait les denrées superflues de 5 ou 6 lieues de la droite et d'autant de la gauche, et en faciliterait un bon débit ; outre que cette même navigation serait incomparablement meilleure que celle des rivières,, en ce

(1) Cette estimation est faible, roinpuréc h la dépense qui a <'lé faite du temps de Vtinhan pour la construction du canal du midi. La dépense de ce canal montait en 1700 à 16,279,508 fr. pour 240,984 mèlrcs de longueur, depuis Toulouse jusqu'à l'étang de Thou; ce qui fait 339,^0 fr. par lieue de 2,500 toises. Remarquons toutefois ^ue la plupart des navigations qui font l'objet de cemcmoire, sont d'un ordre inférieur au canal du midi, et par con>é(|uenl couleraient moins i'i établir, proportion gardée .A .

qu'un la poun ail monter et descendre égaleiuenlel qu on n'y perdrait Jamais rien. Déplus tous les lieux du voisinage à cette distance y apporteraient leurs vins, blé» eau-de-vic, fruit, bois, cliarhon, foin, pailie, orge et avoine, «jiii >ont toutes (ienrces de débit, dont la consommai ion est universelle ; sans compter ce qui provient des grosses uiaiiul'acturesy dont l'usage et la consommation est encore universelle, et par cons6quent.de bon commerce en tout temps et en tout pays. Cependant la plupart demeurent sur les lieux de leur cru, parce qu'elles ne se peuvent transporter au loin sans grands frais; telles sont les pailles, foins, orges, avoines, et toutes sortes de légumes, même les blés, les bois grume,

• carrés, de sdiage et à brûler de toutes espèces, la pierre à bfltir, la cliaui, la brique, la tuile et le charbon, et autres matériaux pesants etde grand volume; dès que la distance passe 5à 6 lieues des endroits où on en a besoin, la voiture par cliarrois les rencbérissanLextrOinement-, ce qui lail (ju'il y a beaucoup de i)ays qui, quoique accommodés d'ailleurs, manquent de quantité de choses qui leur font besoin, étant la plupart très-mal bfttîs et peu accommodés du nécessaire à la vie et à l'habit } au lieu que tout cela se mène facilement par eau et à peu de frais, parce qu'un bateau de i'aifonnàble grandeur, en bonne eau, peut lui seul avec 6 homuiis et 4

• chevaux, mener la charge que iooclu»vau\ et 200 hommes

• auraient bien de la peine à mener par les charrois ordinaires.

Si donc au moyen de la dhne royale ci-devant proposée (1) et une fois établie, les peuples se pouvaient refaire

(I) Yaubaii il piuposc rctablissemeut d'une dimc m^uk, III jg:^8. a.

et romelti e en étal, comme ilâ feraient sans cloute eo peu de . tempst la dépense de oescanauxse pourrait imposer sur tous les riverains, qui, pour en être plus à portée, seraient en état d'en pix)fiter; ce qui pourrait s'étendre jusqu'à cinq bonnes lieues de part et d'autre d'un canal. Pour cet effet, je voudrais me servir de la proportion de ladite dime pour en faire les levées de cette façon : diaque lieue de rivièi^ . ou de canal pourrait avoir des lieues carrées de pays pour contribuer i ses fàçons^ savoir, cinq d*un côté et autant de l'autre^ et supposant que chaque lieue de longueur dudit canal dut coûter cent mille livres, au lieu d'en laire la distribution égale, ce qui reviendrait à dix mille livres par lieue carrée, Je voudrais, attendu Tutilité plus grande pour ceux qui toucheraient à ses bords que pour ceux qui en seront plus éloignés, me servir de la proportion suivante ou fort approchant : j'ôterais premièrement la dixième partie du total de la somme, équivalent au dixième pour la part du roi, parce que, faisautia levée de ses revenus sur les peuples par dime et pouvant imposer, jusqu'au dixième» quand il en sera besoin, il est juste qu'il porte sa part des frais qui peuvent contribuer A procurer Paugmentation de ses revenus, à proportion de celui (|ui lui en reviendrait; il serait môme très-juste qu'il usât de libéralité en cela, et qu'au lieu de dix mille livres à quoi les deux vingtièmes se pourraient monter, il en payât jusqu'à vingt mille livres, en considération des levées extraordinaires, à quoi ses peuples sont souvent obligés; resterait en ce cas à faire état do 8(),()00 livres qui divisées en 20 parts de 'i,()OU livres chacune, on en pourrait imposer 6 sur les deux lieues carrées attachées au .canal, marquéeiï AA a la iîgure ci à côté.

Digitizea by

D£ VAUBAR.

5surle8deux l£| d j c i n \ a

a|Bicidie:

aUeuantes des premières ,

manj^uées BB à la même figure» 4 sur les marquées GG> 3 sur les marquées BD, 2 sur les marquées EE ; le tout faisant 20, qui estimées à 4,000 livres chacune, feraient la sommé

de 80,000 livres ci-devant. Sur ce pied, la première lieue carrée, bordant le canal d'un côté, porterait 3 paris équivalentesà 12,0OU livres, la 2' 2 parts 1/2, équivalentes à 10,000 livres, la 3° 2part8équivalentesàS,000 livres, la4' lpartl|2 équivalentes à 6,000 livres et la 5* i part équivalente à 4,000 liv. , le tout faisant 40>000 livres pour on côté et autant pour Tautre, ce qui reviendrait encore aux 8o,000 11 vres ci-dessus- Au surplus on pourrait donner plus d'étendue à cette imposition, car il est sûr que ces navigations tireraient de beaucoup plus loin; mais on propose celle-ci pour donner une idée des proportions qu'on y peut observer, pour lesquelles il faut toujours avoir de grands égards afin de ne point surcharger les uns plus que les autres. Il est encore certain qu'en y procédant de la sorte, les impositions en seraient bien plus supportables et qu'on pourrait les adoucir davantage*, supposé Touvrage distribué en six années de temps, ce serait 2,000 livres par an pour chacune des deux premières lieues carrées attachées au canal; 1,666 livres 13 sols 4 deniers pnur chacune des secondes; 1,333 livres 13 sols 4 deniers iM>ur chacune des troisièmes; 1,000 livres pour chacune des quatrièmes *, et 606 Uvres 13 sols 4 deniers pour chacune des cinquièmes. Sur quoi il est à remarquer quil faudrait se mettre la moitié de .ces levées devant tes

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