LIVRK II, CHAPITRE IV
vice à sa manière. Cromwell se hâta de faire tomber les quatre surplis, et le prêtre étant à l’autel : « Allons, cria cette voix âpre, arrivez, monsieur, et plus d’enfantillage! » Le révérend Hitch donna les quatre surplis.
Cependant les batailles succèdent aux batailles; les «< poitrines d’airain » de Cromwell qui perd son fils dans la guerre achèvent de s’y bronzer , et Cromwell lui-même, cédant à ce mouvement d’ascension qui l’emporte, s’accoutume à se regarder, non plus comme un mortel , mais comme l’instrument divin des miséricordes et des vengeances. Les sombres vapeurs de Saint-Yves se dissipent pour faire place à une activité infatigable et triomphante. Sans doute il se montra farouche, violent, sanguinaire, et employa mille artifices ; on ne peut le soupçonner de mensonge. Les maux qu’il éprouve sont des « visitations. » Les heureux succès sont des « providences. » Il est si profondément persuadé de la présence de la main divine , qu’il touche à la fois à la superstition et au fanatisme; on peut être enthousiaste et grand , comme on peut être sensément petit. Cromwell portait la Bible dans le cœur, Calvin dans le cerveau. Cette foi et cette ardeur de conviction mènent à tout. Devant elle , les Essex et les Manchester, les gentilshommes bien élevés , un peu sceptiques , à demi calvinistes, ne tardent pas à s’effacer . Cromwell,
un jour de bataille , comme on lui disait que le roi en personne conduirait son armée, répliqua : « Je tirerai sur lui comme sur un autre ! » Cromwell s’écrie devant son état-major : « On ne sera bien en Angleterre que lorsqu’il n’y sera plus question de noblesse! >» Enfin, c’est lui qui fait décréter « l’abnégation calviniste » (self-denying) comme loi de l’État, et qui décide le parlement à « modeler » l’armée sur le type biblique ( new model ) : extravagantes inventions d’un protestantisme extrême ; folies décisives qui donnaient un corps et une discipline aux plus ardentes passions de l’époque, de la race et du pays. Dans le parlement, c’est Cromwell, comme le prouvent les deux passages suivants d’un de ses discours , qui représente l’armée biblique, le calvinisme armé.
« Il est temps d’en finir, s’écrie-t-il , il faut parler, ou garder pour toujours le silence. L’importante affaire est d’arracher à l’agonie une nation qui saigne. La longue durée de cette lutte a réduit l’Angleterre au pis; et, si nous ne poursuivons la guerre plus rapidement, avec plus de vigueur, — rejetant les moyens lents inventés par des soldats de fortune par delà les mers afin de prolonger les guerres, — le royaume se fatiguera de nous et prendra le nom du parlement en haine.
« En effet que dit l’ennemi? que disent même beaucoup de gens qui étaient nos amis au commen-