LIVRE II, CHAPITRE IV
telle qu’ils firent perdre aux assiégés leurs avantages, sans éprouver eux- mêmes une perte considérable. Ils baissèrent les ponts-levis pour livrer passage à la cavalerie commandée par le major Desbrow, qui seconda l’infanterie avec beaucoup de vaillance. Alors notre infanterie s’avança au pied des murs de la ville, prit la porte de Castle-Street , et y laissa cent hommes , qui y maintinrent leur position. Sir Hardness Waller, à la tête de son régiment et de celui du général , entra de l’autre côté de la porte Lawford, vers la rivière Avon , et établit sa jonction immédiate avec le reste de la brigade.
« En même temps , les colonels Rainsborough et Hammond attaquaient le fort de Prior’s Hill et la ligne qui descend vers Froom ; le régiment du majorgénéral ayant ordre d’escalader Froom du côté de la rivière , le colonel Hammond s’empara immédiatement de la ligne , et , en ayant chassé l’ennemi , il ouvrit un passage à la cavalerie. Le colonel Rainsborough avait la plus rude tâche, celle de prendre le fort de Prior’s Hill ; il l’attaqua et eut à soutenir un combat de trois heures pour en venir à bout. Et véritablement il y avait grand sujet de désespérer d’enlever la place, les murailles étant si élevées qu’une échelle de trente échelons en atteignait à peine le sommet ; mais il était décidé à l’emporter; malgré l’obstacle présenté par une hauteur inaccessible , il ne voulut
pas y renoncer. L’ennemi avait quatre pièces de canon qu’il faisait jouer incessamment sur nos hommes à boulet et à mitraille : le lieutenant et d’autres officiers appuyèrent leurs piques pendant deux heures sur la palissade sans pouvoir entrer. En ce moment le colonel Hammond s’était rendu maître de la ligne ( dans cette action le capitaine Ireton eut le bras cassé par deux balles de pistolet , en se jetant avec une avant-garde de cavaliers entre la cavalerie de l’ennemi et le régiment du colonel Hammond). Dès que le colonel Hammond eut emporté la ligne , l’assaut fut donné au revers du fort; les deux colonels l’escaladèrent simultanément, s’en emparèrent et passèrent presque toute la garnison au fil de l’épée.
« Et comme c’était là le point le plus difficile , c’est aussi là que nous avons éprouvé la plus grande perte; l’entreprise fait grand honneur à ceux qui l’ont exécutée. La cavalerie les a secondés avec une extrême bravoure, et les deux colonels reconnaissent qu’en défendant les fantassins contre les attaques de la cavalerie ennemie, elle a beaucoup contribué à la prise de la forteresse. En effet, sans l’occupation de ce point , la possession des ouvrages jusqu’à la rivière Froom nous aurait servi à peu de chose, et véritablement ni l’infanterie ni la cavalerie n’auraient pu se maintenir avec sûreté dans toute cette ligne , si l’on n’avait pas réussi à prendre le fort. La cavalerie