CHAPITRE VIII
L’Angleterre république. — Cromwell dictateur. — Nouveaux bulletins. — Entrée triomphale à Londres.
Sans doute, Cromwell est alors bien près du trône ,
ou plutôt la réalité de la puissance est dans sa main ; mais l’Irlande toute catholique réclame la présence du maître. Cromwell repart, après avoir, d’accord avec Bradshaw, Ludlow et les principaux puritains, déclaré que l’Angleterre est une république. L’acte est laconique ; il a six lignes.
Notre fermier a changé d’équipage et d’allures depuis le temps où il faisait paître ses bœufs sur les bords de l’Ouse. « Sa voiture est attelée de six belles juments grises truitées ; plusieurs voitures le suivent, et beaucoup de grands officiers s’y trouvent. Quatrevingts hommes d’élite , la plupart colonels, lui servent d’escorte. Je ne crois pas que jamais roi ait eu de tels gardes du corps. » Ainsi parle le journaliste , et l’on voit que , longtemps avant d’être nommé Protecteur, Cromwell s’était fait roi.
La pauvre Irlande catholique ne tarde guère à être écrasée , et cela sans pitié , sans remords, par le représentant du calvinisme. Non-seulement l’Angleterre, mais le protestantisme tout entier voit avec enthousiasme cet homme qui satisfait ses plus chers désirs, porter des coups mortels à l’autorité de Rome. Le trône s’élève en perspective devant le fermier de Saint-Yves, et il s’en doute fort bien, car il s’inquiète des études politiques de son héritier Richard , qui a épousé une miss Mayor, et dont le tempérament rêveur ne plaît pas à Cromwell. Le petit fragment de la lettre suivante adressée au beau-père de Richard, chez lequel ce dernier demeurait, est aussi curieux qu’instructif : « Je vous ai confié Richard; je vous en prie, donnez-lui de bons conseils. Je ne porte pas envie à ses plaisirs, mais je crains qu’il ne se laisse absorber par eux. Je voudrais qu’il pensât aux affaires , et qu’il s’habituât à les comprendre ; qu’il lût un peu d’histçire , étudiât les mathématiques et la cosmographie. Ces choses sont bonnes, subordonnées aux choses divines. Elles valent mieux que l’oisiveté, ou les plaisirs apparents du monde. Ces choses rendent propres à servir le peuple , et c’est pour cela que l’homme est né. » On peut méditer cette dernière phrase , écrite pour la famille seulement , non pour produire de l’effet.
Le farouche personnage qui, dans ce moment même,