‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 147 sur 257 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

en qualité de lord-lieutenant d’Irlande , sert le peuple en massacrant les catholiques irlandais , se déride un peu à sa façon en écrivant à sa fille Dorothée, dont la voiture avait apparemment versé dans les chemins mal tenus de cette époque , et qui avait fait une fausse couche. Cromwell , ennemi du luxe, n’approuvait pas ces grands airs , et disait à Dorothée : « On m’a dit que tu as récemment fait une fausse couche. Je te prie de faire attention à ces carrosses qui sont perfides. Monte plutôt le bidet de ton père ( thy father's nag), qui te le prêtera volontiers quand il te plaira de sortir. »

Immédiatement après avoir écrit cette petite plaisanterie , il tombe avec une inexprimable fureur sur les catholiques d’Irlande , et en fait une boucherie atroce.

Les terribles bulletins d’Irlande que nous allons transcrire sont annoncés et inaugurés par une curieuse lettre mystique adressée à lord Wharton. Ce puritain instruit et raisonneur trouve les façons de procéder de Cromwell trop violentes ; il écrit à Cromwell pour lui soumettre ses scrupules sur le renversement de la monarchie et sur le sang versé. Cromwell répond encore que Dieu commande ; qu’il ne faut pas argumenter, mais seulement obéir.

Au très-honorable lord Wharton, cette lettre.

« Cork, 1" janvier 1649.

« Milord et cher ami ,

« Je ne connais pas mon propre cœur, ou je vous aime véritablement : et par conséquent si, poussé par le zèle d’une amitié sincère , je me livre à quelque saillie qui vous blesse , et si je dis une parole ou deux au hasard , je sais que vous me pardonnerez.

« Ce serait une vaine entreprise de chercher, par lettre, à vaincre vos doutes ou de répondre à vos objections. Je les ai entendues toutes, et j’ai retrouvé ma tranquillité, qui avait été troublée par elles et par celles nées dans mon propre cœur; j’en remercie humblement le Seigneur. Je ne condamne pas vos raisonnements, je doute de leur justesse. Il est facile de méconnaître les œuvres glorieuses de Dieu, si l’on attache trop d’importance aux instruments dont il fait usage. J’ai entendu les jugements que l’on a faits des membres du parlement : « les bons en sont écartés, « dit-on, les plus mauvais y sont restés, etc. » — Il en est ainsi depuis neuf ans : cependant , voyez tout ce que Dieu a fait ! Ses plus grandes œuvres continuent; et il opère encore ! Gardez-vous donc de ce scandale.

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