LIVRE III, CHAPITRE III
réel et sans rien déguiser. D’ailleurs , le but et le fond de ce discours, c’est la nécessité :
« Si vous gouvernez, l’Angleterre est perdue; car vous ne gouvernez pas. Quant à moi , qui la gouverne bien et que vous avez fait Protecteur, je ne peux pas reculer ; je resterai où je suis, et je vous chasse. » Il le dit sans périphrases , de la manière la plus rudement éloquente :
« Placé comme je suis dans ce poste , je ne puis le quitter. Avant que j’y consente, je veux qu’on me roule dans mon tombeau , et que l’on m’enterre avec infamie. »
Cet homme si résolu et si terrible est néanmoins toujours l’homme du peuple. Une pauvre femme, Margery Beacham, veuve d’un soldat puritain, n’a pas de peine à obtenir de lui la lettre caractéristique que voici :
A M. le secrétaire Thurloe.
« Whilehall , 28 juillet 1656.
« Vous recevez, aujourd’hui 28, de moi une pétition adressée par Margery Beacham , demandant l’admission de son fils dans l’école de Charterhouse ; le mari de cette femme a été employé un jour à un service secret, et il l’a effectué à notre grand avantage et à celui de la chose publique.
« J’ai écrit au bas un simple renvoi aux commissaires; mais je veux beaucoup plus : je veux que cela soit fait sans qu’ils discutent ou pèsent l’affaire. Ainsi
faites comprendre confidentiellement à , que je
n’ai pas de hochet en clinquant 1 pour attirer les regards de la foule ou la faire tomber à genoux, mais — pour le faire court; — je sais rejeter les pétitions; et toutes les fois que je juge à propos , pour la forme, de renvoyer à un administrateur ou à une administration quelconque, j’attends que ce respect de ma part pour la coutume soit considéré comme un signe que mon plaisir et ma volonté sont — que la chose soit faite.
« Ton sincère ami ,
« Olivier P. »
Ton sincère ami, comme dit Cromwell à Thurloe , n’a pas de « hochet , » mais il est roi , bien roi , every inch a king, selon ce mot de Shakspeare , « roi autant qu’on peutl’être; » aussi ne s’endort-il pas plus qu’un roi ne doit dormir.
Il pense à l’armée et à la victoire.
Au capitaine John Leverett, commandant les forts pris aux Français dernièrement.
« Le major Sedgwick nous a rendu compte de la capture qu’il a faite sur les Français de plusieurs forts,
4 Le sceptre.