LIVRE III, CHAPITRE VIH
d’Angleterre avait conquis auprès des puissances européennes le même rang que Bonaparte avait assigné en 1802 à la république française.
C’en est donc fait, et pour toujours, des espérances de Charles II, à ce qu’il semble du moins. Le ministre espagnol lui-même, don Louis de Haro, secoue la tête quand on lui parle d’une restauration en faveur des Stuarts ; Mazarin assez satisfait du résultat , bien que Cromwell ait pris la part du lion et n’ait laissé à son confrère que celle du renard, rencontre Ormond sur le grand chemin , et lui dit en passant : « Plus d’espoir !» — Le neveu de l’Éminence arrive à Londres, qu’il traverse dans un équipage doré, pour complimenter « le plus invincible des souverains ; » les journaux anglais prétendent même ( ce que nous ne croyons pas) que le jeune Louis XIV l’eût accompagné sans une attaque de petite vérole qui l’en empêcha. L’Angleterre puritaine, sauvée et glorifiée par cet invincible fermier de Saint-Yves, le calvinisme debout, « le pied sur l’Espagne catholique, tenant d’une main la Bible, et de l’autre l’épée, » symbole expressif que Cromwell fait élever sur Temple-Bar, accueille l’ambassadeur Créqui ; enfin le beau Fauconberg , l’élégant de la cour de Cromwell, celui dont l’oncle a été décapité pour conspiration, vient à cheval au-devant de l’ambassadeur de Mazarin , et lui fait les honneurs de Londres devant la foule ébahie.
Au milieu de ces succès , il ne se relâche pas de son activité , et , comme l’atteste une lettre des plus remarquables, il jette déjà les yeux sur Gibraltar :
« Nous sommes informé que les Espagnols ont envoyé tous les hommes dont ils pouvaient disposer sur les six ou sept vaisseaux qu’ils ont expédiés aux Indes occidentales au mois de mars dernier. Nous savons aussi qu’il a toujours été reconnu que ce qui manque aux Espagnols , ce sont les hommes , — et aussi , dans ce moment , l’argent.
« Vous êtes à même de savoir mieux que qui que ce soit le nombre d’hommes qui se trouvent à Cadix et aux environs. Nous ne parlons que de probabilités. Ne serait-il pas digne de votre attention et de celle de votre conseil de guerre de juger s’il ne serait pas possible de brûler ou détruire par tout autre moyen la flotte qu’ils ont à présent à Cadix ; si Puntal et les forts sont assez formidables pour décourager d’une semblable entreprise; si Cadix lui-même est inattaquable, ou si l’on ne peut empêcher l’ile sur laquelle il est situé de ravitailler la ville par le pont, l’ile étant fort étroite en quelques endroits ; si quelque autre endroit n’est pas attaquable, particulièrement la ville et le château de Gibraltar? enfin, si nous pourrions nous en emparer et le conserver?
« 11 y aurait là un grand avantage pour notre commerce et un désavantage extrême pour les Espagnols.