LIVRE II, CHAPITRE II
— milord étant tellement occupé par de nombreuses affaires qui tombent sur lui , qu’il n’a pu écouter la défense de l’inculpé : chose qui, en pure justice, doit lui être accordée comme à tout autre homme , avant qu’il soit jugé.
« Pendant son séjour ici et son absence d’auprès de vous , il m’a fait connaître le chagrin qu’il éprouve d’être éloigné de son devoir, surtout maintenant que son régiment est appelé à un service actif ; et en conséquence , comme il m’a demandé mon opinion , je lui ai conseillé de se rendre promptement auprès de vous. Vous êtes certainement mal conseillé de renvoyer ainsi du service un homme aussi fidèle à la cause et capable de vous servir que l’est cet officier. Permettez-moi de vous dire que je ne saurais partager votre opinion ; je ne saurais comprendre qu’un homme déplorableinent connu pour l’irréligion, les jurons et l’habitude de boire, ait une part égale dans votre affection avec celui qui craint un juron et qui craint le péché ; — cela prouverait peu en faveur de votre discernement, si vous choisissiez de tels hommes pour servir comme dignes instruments dans notre œuvre.
« Oui, mais cet homme « est un anabaptiste. » Êtes-vous sûr de cela ? Admettons qu’il le soit , cela le rendra-t-il incapable de servir le public ? « Il est indiscret. » C’est possible en certaines choses : nous
avons tous des infirmités humaines. Je vous déclare que si vous n’aviez que de tels « hommes indiscrets » autour de vous , et qu’il vous convînt de les traiter avec égards, ils vous serviraient de rempart aussi solide que tout ce que vous avez eu jusqu’à présent.
« L’État, monsieur, en choisissant des serviteurs ne s’occupe pas de leurs opinions ; s’ils consentent à le servir avec fidélité , — cela suffit. Je vous ai conseillé précédemment d’user de tolérance envers ceux qui pensent autrement que vous : si vous l’aviez fait quand je vous en ai donné l’avis, je pense que vous n’auriez pas trouvé tant d’embarras sur votre chemin. Il est possible que vous en jugiez autrement; mais je vous dis ma façon de penser. — Je vous engage à recevoir celui-ci en votre faveur et en votre bonne opinion. Je crois que s’il suit mes conseils, il ne méritera de vous que des égards. Gardez-vous d’être dur, ou trop facilement aigri par les autres contre ceux à qui vous ne pouvez guère reprocher que de ne pas s’accorder avec toutes vos opinions en matière de religion. S’il y a quelque autre plainte à proférer contre lui , — cela doit être terminé dans les formes judiciaires. Certes vous ne croirez pas convenable que milord destitue un officier supérieur autrement que d’une manière régulière. Je doute que vous ou moi puissions citer un précédent en faveur de cela.