‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 97 sur 257 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

qu’il en fil. Amas de haillons et de lèchefrites, de broches et de pioches , de bourgeois et de petits garçons , elle s’organisa , et battit les meilleures troupes de l’Europe. Cromwell avait compris que la piété, qui est un amour formateur et transformateur, remplacerait l’expérience ; de ses hommes il fit des moines armés, moines calvinistes prêts à tout; il les enivra de l’orgueil de leur grandeur, et n’eut pas de peine , car lui-même avait cet orgueil et cette grandeur.

Voilà donc le personnage le plus calviniste du pays devenu le premier chef militaire ; les conséquences sont faciles à deviner. Premier calviniste, premier soldat, où n’ira-t-il pas dans un temps où le pouvoir est réservé au calvinisme et au triomphe militaire?

Le grand acte de Cromwell fut de régulariser l’armée parle fanatisme. Hume et Lingard ne parlent pas de ce fait; lui-même s’en souvient bien dans ses discours au parlement; il répète incessamment qu’il a décidé le triomphe de la cause en faisant de ses hommes de guerre des hommes bibliques. Tout fut décidé par cette transformation. Dans les engagements auxquels les troupes « régulières et dévotes » de Cromwell prirent part, elles eurent invariablement le dessus. Déjà , dans un ouvrage où nous avons voulu grouper les détails de mœurs les plus vivement caractéristiques du mouvement social à cette époque, nous avions signalé , sans posséder encore les documents

G8 CROMWELL, HOMME DE Gl’EKKK ET CHEF DE PARTI.

nouveaux dont la correspondance de Cromwell étaye notre opinion, cette action décisive de Cromwell.

«C’était un curieux spectacle, disions-nous, que l’armée puritaine en marche. La caricature y dominait , surtout au commencement de la campagne. — « Ils sont armés de toutes pièces , ainsi s’exprime un royaliste, habillés de toutes les couleurs et vêtus de tous les haillons. Il y a des piques , des hallebardes, des épées, des rapières et des tourne-broches. Tantôt ils font halte pour prêcher, tantôt ils chantent des psaumes en faisant l’exercice. On entend souvent les capitaines crier : En joue ! feu! au nom du Seigneur!... Certains sergents ne font jamais l’appel de leurs hommes qu’en récitant le premier chapitre de saint Luc ou le premier livre de la Genèse : Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre... Au, c’est le premier homme; commencement , c’est le second , et ainsi de suite. Chaque roulement de tambour portait aussi un nom biblique. — Faites battre, disait un capitaine, le rappel de saint Mathieu ou la générale de l’Apocalypse. » — Les drapeaux puritains correspondaient , par le choix extravagant de leurs exergues, à la singularité de ces détails : la plupart étaient chargés de peintures symboliques et de citations de la Bible. Un soir, auprès d’York, une troupe de cavaliers chantait, en suivant sa marche, des couplets satiriques. Un corps de puritains passait à peu de distance, chantant sur le même

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