LIVRE H , CHAPITRE III
air los psaumes de David. Les deux troupes en vinrent aux mains, toujours chantant, et se battirent avec tant de fureur, qu’il n’y eut que des morts et pas de blessés »
L’instigateur de ces folies fut Cromwell. 11 continua l’œuvre de Pym en transportant sur le champ de bataille l’émotion politique et la fièvre religieuse. Lui-même partageait cet enthousiasme, et semblait contempler avec une gaieté sauvage l’exaltation universelle ; comme Pym, il se gardait bien de la décourager. Plusieurs traités de discipline militaire, destinés à faire marcher de front l’austérité religieuse et les vertus guerrières, furent publiés avec l’autorisation et par l’instigation de Cromwell, et paraissent fort étranges. L’un a pour titre le Catéchisme du soldat , par Robert Ram ; l’autre, le Havresac chrétien pour les soldats du parlement. Rien n’est plus singulier dans ce genre que le petit livre composé par un nommé Lazare Howard, capitaine, et dont le but est de faire servir chacun des mouvements du soldat à son amélioration spirituelle; il est intitulé : Exercices militaires et spirituels pour les fantassins , «avec les instructions à donner pour arriverait paradis en douze temps, l’arme au bras. » Ce livre, qu’on prendrait volontiers pour une plaisanterie, est sérieux. — 11 fau-
* Charles 1 er , su mur et son parlement , liv. 111 , rh. iv.
drait, dit-il, faire profiter à l’âme chaque mouvement du corps , et , par un double mouvement simultané, faire de nous à la fois des soldats terrestres et des soldats célestes. — Or , voici ce qu’il propose : chaque commandement prononcé, « demi-tour à gauche ! en avant marche ! etc., » se décomposera en acrostiches, et un verset, soit de la Bible, soit des psaumes, se trouve attaché à chacune des lettres qui forment ce commandement. Ainsi , après l’ordre ; demi-tour à gauche, tous les soldats répètent en exécutant le mouvement :
D — onnez-nous notre pain quotidien....
E— t pardonnez-nous nos offenses....
M — arie, pleine de grâces...
1 — rrité , le Seigneur frappa Soddme....
T— on frère Abel , qu’en as-tu fait ?...
0— 11 ! vous m’avez précipité dans l’abîme!...
U— n enfant d’Abraham dans le désert....
R— achel pleurait et ne voulait pas se consoler, etc.
Les fantassins continuaient à répéter ces phrases bibliques privées de sens , « mais qui , dit Lazare Howard , étaient un exercice spirituel fort utile , » jusqu’à ce que le chef, par un nouveau commandement, les mît sur une piste nouvelle.
Ces singulières absurdités, encouragées par les ministres calvinistes, qui avaient pris les armes en dépit de leur ministère de paix , étaient sérieusement ap-