SCÈNE PREMIÈRE COURTEPINCE, puis SOPHIE
COURTEPINCE.
Es-tu prête, Sophie, il est neuf iieures, on ne va pas tarder à venir.
SOPHIE, entrant.
Oui, mon ami, me voici ! Comment me trouves-tu? Suisje bien habillée ?
COURTEPINCE.
Tu dois être bien habillée, c'est moi qui ai choisi ta toilette. Permets que j'examine.... Très bien! mais très bien I
SOPHIE
Allons, tant mieux! Du moment que tu es satisfait, je suis heureuse. Ah ! puisque j'y pense, et que nous avons un moment, explique-moi ce que veut dire cette réception ouverte que nous donnons ce soir. Qu'est-ce que c'est qu'une réception ouverte?
COURTEPINCE.
Au fait ! tu m'y fais penser. Il est très important que tu sois au courant. Voici : — Tu sais d'où vient notre fortune? Toute de mon travail. J'ai acheté pour rien, pour un morceau de pain, car l'inventeur était très bas, le brevet des cure-dents à musique. Le besoin ne s'en faisait pas absolument sentir, mais j'ai su naviguer, j'ai lancé l'affaire, j'en ai tiré tout ce que j'ai pu, les résultats ont été assez satisfaisants, pour que je pusse la revendre très cher après fortune faite, et maintenant que je suis riche, je veux me reposer et faire danser mes écus.
La soirée Courtepince 49
SOPHIE
Sans les gaspiller.
COURTEPINCE.
Sans les gaspiller, je crois bien. Un ancien commerçant est toujours commerçant ; ses prodigalités sont de l'épargne ; et alors, comme commerçant, mon devoir est de faire aller le commerce. Delà, cette fête.
SOPHIE
Oui, je comprends ! Mais ce n'est pas tout que de donner une fête, il faut encore avoir des relations, et les cure-dents à musique ne nous ont guère mis en rapport qu'avec les limonadiers et les restaurateurs.
COURTEPINCE.
C'est déjà quelque chose.
SOPHIE
Oui, mais ce n'est pas suffisant pour garnir un salon.
COURTEPINCE.
Eh bien, j'ai fait comme dans les ministères; j'ai fait mettre dans le journal que je donnais une réception ouverte et tout à l'heure, la foule va affluer dans nos salons.
SOPHIE
Espérons-le. iMais quedirai-je à tous ces visiteurs quand ils se présenteront ?
COURTEPINCE.
Rien. Tu salueras en souriant. J'en ferai autant. On passera au buffet et on dira : — Ces Courtepince sont charmants, en voilà qui savent employer leur fortune î Maintenant, tiens-toi à l'entrée du grand salon, je vais te retrouver et envoie-moi Amédée, j'ai quelques ordres à lui donner.
SOPHIE
J'y vais mon ami. — {Elle sort),