‹ Ombres de femmesChapitre 1 sur 14 · LA VIERGE DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE LA RÉVOLUTION

Candida candidis.

La vierge de la Révolution.

iMil.i ■ di .une que Fut la Révolution fi.m-

. les femme* ont jour ii ii rôle plus saisissant,

peut-être, qu'à aucune époque de notre histoire* Un

ne pool évoquer un épisode de cotte tragique épopée

sans cher leurs no -, tour à

. ■ni. -.. vu, ■

Voici Simone Rvrard, la digne compagne de Marat; Thâroigne do Mcricourt, « la belh Licg l'Ame damnée du club des Cordelière, et la tourbe des h ■'."■!■ . hurlantes sotu leui bonnet rouge, dan* saol ôcheveléâfl dans les églises co ruines, galopent près do I Fatale en insultant lam-

leura enfants, entre d'horribles • Mais voilii aussi, .IoccikIim s des

rangsda peuple, une pléiad id'l dont, o. un litre ou '■ un auti ■, la i en vénération.

- lu

Cesl Manon Phlipon, la fille d'un graveur, qui, douée d'une iuleUigauce prodigieuse, trouve, seule, moyen de s'instruirei ■ passioone pour la peinture, la littérature, Loi arts, la mvsiqoi ans Bottant, Desctrtes et Rousseau, et, devenue M Roland, ant tout ses talents, toutes ses fan au service rie la cause pour laquelle elle a dont.

i alla da ta libe

C'est Charlotlt pauvre en fa ni sacril

sans hésiter, elle aussi, sa jeunesse, son amour, son bonheur tranquille :'i e.e ■ | «i "<*1 le" crovail être SOll devoir. • i Lucile Desmoulins, guillotinée a vingt-trois ans pour avoir tenté de sauver son mari ; c'est M 11, de Sombreuil. qui consentit à boire un verre de sang pour obtenir des massacreurs la grâce de son père.

Ce sont ces centaines, ces milliers de victimes rivalisant d'héroïsme devant leur martvre : prîni marquises dominant les vociférations de la « canaille » de leur dédaigneux sourire; Manches novice*» venant, avant de monter à lechafaud. s'incliner devant leur supérieure pour lui demander « la permission de mourir. »

Cesl la raine surtout, en partie cause innocente «In bouleversement formidable, coupable seulement

i lé à remplacer, par les plaisirs, le bonheur auquel clic soupirait et qu'elle ne devait potftl connaître.

Et. près de Marie-Antoinette, fidèle à travers les jours les plus sombres, c'est cette chaste Madame

Elisabeth i qui, au mil! légantes si des coquet-

tes de ts r mi-, fait srm-rr ;'i un beau Ivs frôle égaré parmi des roses*

EUsabeth-Philippîne-Marie-Bélèfie de France, dcreufant «lu dauphin et de Marie-Josèphe de Saxe, petite-fille de Louis XV. est née au cbé&aau de Versailles, le .'' itnii 176/4.

Un r litiinse s'attache, dans ooseam-

;i.i'- ..■■ . aux ii.-iiss mers arrivées peadaot cet encbau- («•ni- et néfaste « inots de Marie. « Remarquons simplement qu'après une wa de doulonreoses éprouves, c'est en mai aussi qna la malheureuse princesse entendit sonner l'heure de sa mort.

S'"- trois friras devaient, ebose cuiieu&e, ti

tour .1 I ■ sur la Km ni e --mis tes noms de Louis X VI,

Louis XVIII et Charles X. Et sa soeur, Madame ClolUde, deviendrait on jour reine il-- - ..■ Seule,

Madame Elisabeth ne ceindrait d'antre couronne que

celle Ane Die ;'i ses élus.

A trois «us elle était orpheline Bon père dont la piété, le sérieux, las vertus donnaient tes plus irai espérances, mourut de consomption en 171)7, et la dauphins, passionnément attachée à son mari, le suivit dans 1.1 tombe .m boni de quelqn ■

Dana celte double infortune, ce fut encore un l*>n-

heur pOttT lViif.iul de Irouvor eu .rs l.uitrs. « M«>s-

1 de véritables mères, nos mère ne se remplace pas, mais de sages éducatrices qui la pre-

1 2 erent '!<• l'entourage honteusement dissolu, de

Louis XV vieillissant.

tfcsdames >• étaient au nombre <lc quatre. M de lionne heure, l'une d'entre '.Iles, Madame Louise, avait renoncé au monde il pris te voile au couvent des carmélites de Saint-Denis. Les autres, VI Adélaïde, Victoire et Sophie* menaient nne vie trèe retirée) partageant lotir tempe entre la prière et les bonnes œuvres, et, selon ta recommandation de ['apôtre» « » conservant pures el sans tacbeaa milieu d'une génération d< i Cl perverse. »

Peut-être cette vertu, que leur avait transmise la reine Marie Leekzinska, leur mère, était-elle par trop aride chez la première des trois d

Bn effet, Madame Adélaïde, Femme très intelligente ei d'une :■: .unie lie utére dominateur

un se retrouvait llmpérietise volonté de sa famille . devant elle, tout devail plier no se briser.

Près de sa brillante af née? Madame Sophie paraissait encon plus [aide si plus gauche qu'elle ne l'était eu réalité. Elle aurait pu, clic aurait âù racheter ses disgrâces à force de bonté ali'aMc mais, bien au contraire, «'Ile semblait n'avoir qu'un but : se : oublier ; elle i bail jamais & se rendre agréa-

ble et des journées entières en Lfite h tête

une de ses COUnai lui adresser une spiiIr

La parole, Eutre ces deux extrêmes, Madame Victoire tenait le juste milieu. Quelle excellent créature, pleine de charité et de bienveillance! Combien elle se montrait

louc.fi el maternelle pour les deux peti èces dont lin ('occupait plus particulièrement, taudis que leur* frères, élevés pai des précepteurs, restaient li.'iiiic surveillance de .Madame Adélaïde ' \.e contraste était frappant entre les orphelines du phin. l. '.il in''.-, Clotilde, avait hérité de In corpulence Fréquente dans la famille royale ; on lui donl( sobriquet de < Gros-Madame. » De naturel suite de son embonpoint! elle ivaii un très bon coeur et comblait sa petits sœur de tresses et de gâteries.

Elisabeth, île plusieurs années is adetts, poa déjà une régularité des traits, un teiol d'une éblouis-

i fraîcheur qui alliniil lad mira lion générale»

Vive, pétulante, elle inventait » chaque instanl une nouvelle espièglerie dont Madame C.lotildc s'amusait énormément. Sans le vouloir, celle-ci, pai

on p.tri.i-jtris d'approuvei tout ce que Paisail Is fillette, l'excitait a se naonti sr plus capricieuse et plus fantasque.

Maintes t'ois. M" 8 de Marsac, le petites, s'enfonça tout ftplorée parc à ts

cherche des princesses, qui, l'i ttnant l'autre,

faisaient un malicieux plaisir de courir à l'aventure et se cachaient au plus épais des fourrés lors-

llrs cni.-ndaicrit les appels entrecoupés de la

dami'. fois, le calme majestuev

dents de Versailles Fut troublé par les éclats les tempêtas que soulevait Madame Elisabeth.

Quand ou avait épuisé tes, punitions, i is

lii j dompta sa révolte, on ne décidait, en dai nier ressort, i renom ir fi Madam • \ ietoire.

Celle ta se grondait pas; elle n'avait pas besoin gronder 1 Bile prenait sur ses genoux I tare encore toute frémissante de colère, li beaux cheveux cendres en murmurant :

— Pauvre enfant ! pauvre petite Bile] 'Ju-- dit ta maman, là-haul, au ciel, .si elle savait comme li ûoub fais de Is peine ''...

Ah! elle avait bien deviné oenl atteindre

cœor aimant, que la sévérité aurait peut-être aigri tout jamais el qui se fondait comme neige an Bajtyj devant une caresse ou un sourit

Bientôt de grosses larmes roulaient sur les jou< de Madamt Elisabeth. Honteuse, repentante, ell baissait Is lâte, jetait ses bras autour du cou de tante, en promettant, à travers ses sanglots, qu'el] se le ferait jamais, jamais plue '

Peu A peu, en ajoutant le raisonnement à la le iliv-si . M n dame Victoire paTvir.it à apaiser cette natui ardente et 6 créer te m tdèle de douceur, d abneç

li. m, de pureté OJttC les plus Krivoles «1rs courtisant

mme une ■■uni' .

Madame Elisabeth rendit avec ferveur l'affection que lui témoignait sa tante. Près de Madame Vicl elle pouvait — quel miracle! — rester tranquille de ; occupée;'! un ouvrage maaueli On e figurer le délicieux tableau qu'élit

devaient formel ensemble, dans un de ces suions m

peu solennels, un peu swiuhres. que Mesdames nvaiei

- IS- SU s'améi ■ l'écart i de leur père : parquel cire" comme un miroii . va représentant d • kiatoriqui I ou I

arables massifs box ferrures de cuivre, ritx à fraa Irapanl tes hautes féal

a < roîsillons de plomba .

Dans l'embrasure d'une de ces croisées, d'on la t'éteud sur Isa infinis mer veillée i du parc, Madame \ ictoire, droite sur se ebai s'est Installée ievanl son métier à broder; sa p

blanc vêtue ses pieds sur

un tabouret de velours; fo bée, aile chei

faire des points bien réguliers à son canevas de lapis- . I "11 peu plus loin, M i t l.i dame d'hon-

neur al la Favorite de la fille de Louis W, lit t haute voiï quelque grave volume ']i>i parle d'oubli de soiméa i irtificatioOi di i mont.. ..

Ces grands mots, qu'elle entend sans les eomp

dre, tien qu'ils auront

un jour pour alla, bercent la fillette comme une mélopoi issent ; sa tète

blonde sa penche davantage, sas jeux von r....

-i.iiii. Q bonne* qu'alla

u bout de sa dernière aiguillée i abetfa

ii[i !

Vile, on fouilla dans la corbeille, nn an lire os bleu ou lequel i

ses menottes Sa annpaga pe-

tite princesse accueille le peloton qui grossit de ses joyeux éclata il

-le —

riene pouvais boraer les occupations.

[i dame Elisabeth.

Avant même qu'elle edt atteint sa cinquième Dtei s'inquiétèrent de pourvoir à son

'mil.

Ella lai choisirent, pour institutrices, deux anciennes élèves de Sainl-Csr, M""* de M.nk.in et mate, • 1 > » ■ 1 1 la dirrriinu un n aie et les soins attentifs compléteraient l'œuvre de transformation commencée par Madame Victoire. Par la suite, la jeune fille prit des lcçous avec l'abbé Monlagut.

Intelligente et éveillée, elle fit de rapide* progrès, particulièrement en mathématiques, pour lesquelles l dispositions nues chez les femmes.

La peintnre aussi la captivait. A Force de elle acquit un réel talent île miniaturiste. Certaii

médaillons, conservés dans des musées nu psn

amateurs, nous semblent doublement précieux, en debors de leur valeur artistique, par le souvenir pathétique et charmant qui s'y rattache.

Ouantàla lecture. Madame Elisabeth possédait une bibliothèque bien fournie, consistant surtout en ouvrages d'édification, récits de voyage ou d'histoire. Peu de romans, cai l'époque n'en produisait g qui fussenl dignes d'être mis entre île jeunes mains.

Eu revao princesse pouvait se familiariser

avec les auteurs demeurés classiques : La Fontaine, Corneille, Racine, La Bruyère, Pascal, à l'es :lo absolue des écrits de ces deux ardents précurseurs, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, dont lo nom vo-

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lait déjà dans toutes les bouches, dont les thé

Ignorante «In tressaillement qui commençai! a ngiti'i !■•- in. ofondes, Elisabeth grandis

de jour en jour, plus sereine, répandant sur tou> .|ui l'entouraient les trésors de son affection.

ÉKn dehors de .Madame Victoire, ta première place iris ses tendresses appartenail el devait toujours être serves s son h né, le duc de Berri, devenu

uiui|iliin de France après la rnort de leur pf-re < 1 1 1 ;'i ce nue la disparition de lonr aïeul l'élevât au trône sons le nom de Louis XVI.

Le fntur souverain était, a cette époque, un garçon facitiiriK'. d'une extrême timidité. Dans son Bnffl il avail eu des maniérée brusques, parfois môme brudes et emportées Ce défaut s'amoindrit graduel iciii sous l'influence de l'éducation el surtout grâce la bonne volonté que manifestait le jeune prin . le désit lit, témoignai) de goût* -

pies, de mœurs irréprochables. À des courtisans .|ui

^"étonnaient de le voir rester Froid et digne au milieu

des honteux désordre complaisait Louis le

til répondail :

— Je vaux être appelé Louis le Sévère.

Par malheur, il était d'une intelligence peu étenpoasédail aucune énergie, aucune fermeté in raie S.i l.nii ■ ne su! pas s'.n rf-ter dans | limite ôI d vinl une Faiblesse exagérée. Il ne fu

publc, ui de réprimée le luxe effréné de la coi i <lc prévoir el d'éviter l'effroyabl fige qui s'accumulait à l'horizon. Ki l'histoir< n'a trouvé A lai donner d'autre surnom que celui du successeur de I lemagne : Louis le Débonnaire!

Elisabeth, quoique beaucoup plus jeune que Frère, avail sur loi l'avantage «l'un esprit série d'uoe juste et claire noti 'U des choses. Bile L'adorait malgré les lacunes qu'elle était la premiè discerdans son caractère nu, peut-être, fa cause même de ces imperfections! Elle l'enveloppait, en quoique > , de la protection de sa tendresse, partageait s«-.s joies d'enfant, ses premières désillusions, et, quand la catastrophe éclata, elle se rapprocha, plus fidèle.

Kllr in 1 niiiivail sauver sa vie. Bile înourut avec lui et

pour lui.

Elleavail tont juste six ans lorsque, le iti mai 17 u le liffDÔa interminable de carrosses de velours hausses d'or entrèrent en grande pompe dans la dé marbre <Ju château de Versailles. Do la première eoiture descendirent le dauphin el sa fiancée, la jeune el srraciense archiduchesse d'Autriche, dont le ona> i-iaçe fui béni le jour môme par l'archevêque de Reims.

On aurait pu craindre que Madame Elisabeth se montrât hostik 3 cette intruse qui allait prendre la plus grande place dans le cœur de son frère bien* aimé. Mais non. Quand vint son tour d 'cire présentée .1 Marie-Antoinette, elle s'avança les deux mains t<*ndurs, un sourire timide aux lèvres. I.a dauph

iiienciiic. se pencha vers la mignonne, l'onloura de is bras eu rnumyirant :

— M:i petits sœur! Ma petite sœur chérie!

Ali! pourquoi Elisabeth n'avait-elle pas alors jnelques années do plus, ce qui lui eût permis d'ôlre pour In nouvelle une compagne, uni an

Que de mal h i rh ■■!• été évité

M. h \v- tntoinelle était une enfant <l<' quinze ans a M-ii >•. étourdie, rieuse, élevée à Vienne dans une •niirrr liberté d'allures qu'elle unit pouvoir conserver •n France sans que personne • trouvai ê redire. Kl le loutail peu des naines qui la fruettaieot el allaient bientôt Former autour d'elle un ré Bitricai>le

le calomnies, d'accu

Tandis que tes adversaires politiques de 1**111 autrichienne refusaient leurs hommages â cette quila affectaient d'appeler « l'étrangère, n tandis qui intrigants dont B*entoorai1 le viens mi sViflbnsaîenl de n'avoir pu obtenir do la dauphins leséajard quels ils prétendaient avoir droit, un entre lover de malveillance, le plus dangereux d contre la jenne AJtease dans les cercles «< bien pen-

shiiLs » de la cour.

: i m lui faisait un crime de Bon laisser-ail

d horreur pour le cérémoii.il. « 'n b ■'•' ' di i ail ■ andaliads les bou-

ides spirituelles qui lui échappaient parfois; 09

'•piiiit ses moindres gestes, lénaturail ses sel

as plus simples.

L'austère Madame Adélaïde ne manqua pas

comme on pouvait s'y attendis — de reprocher, elle aussi, ii sa ni-'Tc par alliance, des iûionsiqucnoea fort

ÙinûC6nlC.S en fl Ii-s-nn'-ir n-s. mais i|iii. dans son esprit rigide, prenaient les proportions de l'an tes impardonnables.

Madame Victoire, plus indulgente, sentait combien lent Bodété et lecun avis enssenl été utiles à une jeune Femme expo rencontrer que des OaM

ou des traîtres.

BUe reçut donc Marie-Antoinette, avec beaucoup d'affabilité et de lionne grAce, dans ses appartementa où elle se plut à appeler en même tempe Madame Clotilde et lu petite Elisabeth.

c'est ainsi que sons son égide se Forma, entre deua belles-sœnrs, ses. affectueux attachement doal éUet'Se donneraient plus tard

Mais Madame Adélaïde ne désarmait pas. Elle opposa une attitude si sèche, si décevante aux effusions île la visiteuse, que ces réunions familiales s'espacèrent peu à peu.

Mesdames Clutilde et Elisabeth i eut i-i'n-cuit dans leur salle d'éludés et Marie-Antoinette, abandon à elle-même, se vit réduite A chercher, dans la société brillante de jeunes dames de son âç-c, la compagnie qu'on lui refusait ailleurs.

Cependant Louis XV, atteint d'une maladie mortelle, entra en açonie au printemps de 177/+. Ce fut encore au mois de mai, quatre ans après son arrivée à Versailles,, que la daaphîoe changes son titre pour

relui de reine de France.

Pauvre « petite reine du vingt ans! »• Ne semblerait-il pas que tout., dans la nature et. les éléments,

se stiii ligué pour marquer de présages Funeste principales étapes de sa vie !

Ces! l'épouvantable tremblement de terre de Lisbonne qui se produil le jour de sa naissance.

C'esl l'orage qui éclate le soir de mage.

l'éclair éblouissanl qui la glace de terreur et lui Fail

I tomber la plume des mains au moment où elle allait signer le contrat.

Cesl la catastrophe il" feu d'artifices qui weol ensanglanter les Fêtes nuptiales c*t jette deux cents cadavres mutiles sur cette même place Louis XV où. viiii i us plus tard, se dressera l'ocliafaud

iide,

U tempête faisant rage, les éclats de la foudre

iranlant le palais, les rafales de pluie battant les

1res, cette nuit, de mai OÙ un héraut SS tient en

lanenoe à la porte du souvrrain ironisant, prêt

.1 annoncer, suivant l'anliiiiti* nmiume : « Le roi i i

morl, vive lo roi I »

Bu recevant Bette nouvelle, Louis et Maiù-Antoi-

nette se mirent à genous ; tons deux, versant des

irmes, s'écrièrent: « Mon Dieu, guidez-nous, proté-

c-nous, nous régnons trop jeunes ! »

Quelles (ferventes invocations dut aussi, en cet îns-

solennel. formuler h Elisabeth pour le

mheur du frère, de la sœur qu'elle chéris:

Dis que la jeune tille cul quitta

ipli

jiim/.e mpns

son Fut*', lifi)iiMi\ de lui donner une i .itr-rliuii. lui Ht ilon Ail joli p«>tit ch&teaa de M<»nircuil, situ.'- tout près «In Versailles ; en même len il lui assura aM rente annuelle «le viog^-cioq mille livra et organisa >a maison. M in • de Mnckau et d'Aumale restéreut anpréa de leur élève en qualu dames d'honneur; las jeunes marquises de Soin de Boni bel les complétèrent le rcli iVmiuin tout méàls princesse Le comte de Coiçnj et le comte d'Adhémar furent nommés, l'un son chevaliei 1 d'hooneur, l'autre son premier écuyer,

Ainsi pourvue pat Is sollicitude de son frère, Madame Elisabeth fui heureuse de passer quelques heures chaque jour dans sa paisible retraite où alfa partageait son temps enlre la lecture, l'étude «le la peinture, celle des mathématiques et surtout l'exei i«« d'une charité inépuisable.

I 'ans le grave indien OU s'était .'rouler son en fa II elle avait su prendre à chacun. tantes ce que

leur caractère avait de meilleur. Bile ne se contentait pas de faire le bien, comme Madame Idélafd l'exemple de Madame Victoire, elle faisait du bien. Ce qui n'est pas >^> tout la même chose....

Presque tout l'argent dont elle disposait était employé ea secours et en aumônes. Pendant six ano Bill servît sa pension tout entière à nue jeune tille peu aisée, aKn de permettre n celle-ci d'épouser celui

cice.

- as -

in il.' aimait. Lors d'une épidémie tic petite son médecin, le D'OofiUy, lui avait donné la conseil de se faire vaoeieer pour évitai le terrible maladie. '.Ilf v consentit, pril jour, et, quand le praticien retint, il vit, entourant sa cliente, soixante villageoises auxquelles clic voulait faire partner les bienfaits de h ulation.

Jamais un malheureux ne Frappait en vain a sa Les pauvres — si Dorobreojc, hélas 1 — | naienl coutume do dite : « Généreux comme Mai Elisabeth. » M.-iis qu'étaienl-ce que ces libéral! Naïvement, la princesse s'étonnait qu'on tesadmi

l une inspiration venue do cœur, elle renonçait a aller passer un après-midi dans son cher ernn le MFonireuil pour tenir compagnie à la taciturne Madame Sophie, dont alla seule parvenait h secouer un peu l'ègoîste indifférem e

Charité pour charité, celle qui vaut le plus est celle qui nous coûte davantage. Madame Elisabeth s'habituait ainsi a mettre an pratique l'esprit de saeri |ue lui inspirait sa pieti l profo»

Ce n'était plus lu religion de pharisienne «l«? l'atnée le ses tantes qui, se comparant a son entourage volontiers rende grâces de ne pas lui ressembler.

Par conviction entant que par jroiH, la jeone 611e, studieuse et recueillie, aurait désiré restai complètement en dehors des représentations monda tuxquoltes son rang l'obligeait de figurer. FIN- ne se il pas moindre inclination nom s el

plai i an dispensait le plus possible.

— se -

Pourtant elle savait ouvrir son cceur à tout ce qui était joie ou souffrance autour d'elle, aussi bien BOUS les lambris dorés de Versailles que sous les toils dis chaume de Monlreuil.

De retour an palais où elle rouirait régulièrement chaque soir pour souper, elle s.- mêlait aux cénacles de la cour avec cette inaltérable bonne grâce qui for-

in, lit |q fond de BOB caractère. Un charme pénétrant, fait de candeur et de chasteté, émanait de son regard limpide et de son paisilde sourire. Devant elle, les conversations frivoles ou tes médisances s'arrêtaient toutes seules; on n'aurait même pas osé avoir mie mauvaise pensée près de la pure Madame Elisabeth ! Délivrée de la rigoureuse tutelle de sa tante Adélaïde, lu jeune fille pouvait voir librement Marie- Antoinette pour laquelle son Rffeclioa — une affection sérieuse, presque maternelle — se faisait chaque joui plus profonde. Au milieu de l'essaim papillonoanl des damas qui t'entouraient, Is reine ne comptait, guère — elle le comprit trop, plus lard! — que deux vraies amies qui lui fussent dévouées corps et

Ame : sa belle-eœui d'abord, puis cette douce Marie-

Tliëièse de Savoie-Cari jn,;ii . princesse «le Lamluille,

une figure exquise, elle aussi !

Madame Elisabeth avait accueilli avec joie cette compagne qu'elle devinait sincère et désintéressés Bl pour laquelle elle partageait l'inclination de Marie Antoinette. Mais, toujours discrète, elle se tenait au deuxième plan dans leur intimité, les laissait jouir librement de la présence l'une de l'autre, et, lors de

leurs m p demandait comme une faveur I au

lorisation d'ajouter aux longues lettres que sa sœur covoyait à l'amie commune des post-scriptura le çenre de celui-ci :

« La reine veut bieu me permettre de vous dire

combien je vous aime. Elle vous attend, mais pas

avec pins d'affection que moi.

» Elisarf.tii. »

Malgré 1 les interdis nouveaux éveilles dans sa vie,

la meilleure place dans le OCBU) Bl les pensées de ta princesse appartenait toujours a son frère tant B Le voir, lui parler, le savoir heurens el tranquille, c'était pour elle le liordicin . On i-ij t ilii qu'no secret pressentiment l'avertissait de la mission sublime

qu'elle aurait ,'i remplir 11 n ] ni.

Pour no pas le quitter, ■ M< refum successivement In main <lu duc d'Aoste, frère du roi de Sardaiemc qu'avait épousé Mad.<; tilde, puis de l'infant

kg i : elle repoussa de munie la demande eu mariage de Josepb II. empereur d'Autriche, « qu'a vaienl séduit, » disent les historiens du temps, lora de la qu'il Ht en France aa 1777, «la rratebeur desoo teiul el Ml air de bonté candide répandu sur soo visas

Toujours puni' le même motif, elle renonça à un

longtemps caressé, qui lui était plus cber qu'aucun autre el qui avait édos en elle, lorsque, toute petite, elle rendait visite, .'t bavera nue grille, à sa tante, .Madame Louise, aux carmélites df Simt-Dcnis. C'était de prendre le voile, elle aussi, mais non pas

pour échapper au* éprouvas de la vie. An conta

dans su diHi'ilr articule, elle souhaitai' lecfer

tout entière i leur soulagea

i m parole de I is XVI la détourna de la vocation entrevue :

— Je ne demande pas mieux, lui dit-il, que vous alliez souvent voir votre tante Louise, mais m ni. v pas .Lus la retraite, car j'ai lw\soin de voi Versailles.

« J'ai lursoin de vous [ » Il n'en fallait pas davan-

■nr haute et sereine, éprise d'abnégation el de sacrifice.

Madame Elisabeth posa un tendre baiser sur le Front de son frère, le quitta souriante et ne parla jamais plus du couvent.

Kilt* prouva que, dans quelque position qu'on soit placé, on peut servir Dîeo en la personne de ceux qui souffrent, en passant, comme elle le fit, du sommet .1 s grandeurs à la plus effroyable misère.

Tandis qu'il donnait h sa jeune SCBUr le château «le Montrcuil, le roi, voulant surprendre Marie-Aiitoinelte, faisait arin'iiriLM-i secrètement pour elle le Petit- Triani.ii.

Trianon! Combien de souvenirs s attachent à ce ravissant domuiue où semble toujours flotter lame puérile et délicieuse de celle qui l'habita !

Madame Elisabeth y Faiseil de fréquents séjours. On montre encore aux visiteurs le banc rustique sur

i; .\ p ri m: esses s'a- user

s témoins, el le saule-pleureur qu'elles plantèrent

île leurs mains, lout près du lad où il ploOgS tOUj .- 1 r t . li---; branches 8 l'.-ispivl I

iin avait absolument banni de Trianon la pompe, l'ennuyeuse étiquette qui pesaient tant à Marie-Antoinette. Lorsqu'elle pénétrai! dans son château en miniature, '-Ile ' mlag-emenl :

— Quel bonheur 1 Je ae suis plus reine, je suis

A son entrée, pas de cérémonie, pas de ces profondes révérences «jui cassaient le satin des trabn Les dames ne quittaient point leur métier é tapisse les hommes leur table de trictrac.

La toilette, comme les muni :| allégée de

toute entrave. Une robe court' Manche,

an Beau de mousseline, an grand chapeau le paille formaient la tenue habituelle 'les jeunes femn

Dan ■ • Dstutne, alli ■ som es écolières vacances, elles allaient, venaient, installaient le pare un bameau minuscule pour le peupler de gens heureux, jouaient les pastorales imaginées poètes de court qui enguirlandaieol leurs strophi leurs houlettes de rabans bleus et <(< rul

•ni i imei ■•■ l'cc harpe d Iris •• avec «c le et les ris. »

MàiS leur .' 1 1 1 1 n ■ . i ■ 1 1 1 ni r ,-ur l.n

i i tique où elles se plaisaient à Fabriquer du beurre, du fromage, à traire les balles sine-

nées tout «prés de leurs Upea verdoyantes dans petit coin de l'Ile de Praooe.

Los pitre* suisses 1 1 ii personnel de Trianon participaient dans une larire mesure aux libéralités princesses.

du sait I.. louchante anealotc -<• rappo Pauvre Jacçaêt, la romance fai i Marie»

AiiiiiiicLic. ( !<• < | (i i est moins connu, c'est l'înl qu'inspire i Madame Elisabeth un jeune orphelin viiudois ainjucl elle offrit un jour une place de confia im i

Elle s'attendait à le voir se confondre en reine; menls. A sa grande surprise, son protégé balbi sVvciiM', (mis décline Chonneus qu'elle lui fail

— Je ne puis pas accepter. Madame I

— Kt pourquoi? interrogée doucement Elisabeth.

Il lui faut, répéter sa question, insister; enfin, unit tremblant, radolcs<eni s'explique :

— Madame, je voua en prie, ne m'en veuille/, paa !

Mais je suis protestant, et le resterai toujours!

Il croyait risquer sa position, su liberté peut-él en avouant pareille hérésie à une descendante du

révocateur de i édit de Nantes....

Elisabeth s'empressa de le rassurer. A son avis, huguenots ou catholiques, pourvu qu'ils fussent chrè- . BS valaient devant leur Créateur.

«. Qu'importe, écrivait-elle au sujet de cet épisode, que nos prières différent par l'expression V Ne s'ad sent-clles pas au m^me Dieu et Père? »

Ainsi, sa piété ue sVjuie.riuait rlaus aucune étroi-

toise ; elle semblait appartenir d'avance à cette I

(universelle vu « il n\ a plus ni Grec ni Juif, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre, mais où Christ est tout en ton Quaad les jours d'angoisse Beraienl venus Suisses se souviendraient de I» bonté que leur témoignait l'auguste famille, et, ré| raieal Ituet i a d orpi la porte d'u le palais d'un roi.

Maintenant, bras beaux enfants nue Louis \\l et Marie-Antoinette contemplaient avec amour trotti- □aient sur les pelouses de Trianoo-, m eonrensaient de guirlandes de Deurs et entraînaient dans leurs jeux Madame Elisabeth, leur « tante mignonne»; une iilli'. Madame ■ le seule qui survécut a la

sanglante becatomhe, et deux ^nrmis, dont le petit Louis X \ T 1 1 (jiii ;i Fait presque oublier, par sa pire iforiuiu-, le court passage sur lu lerre de premier dauphin, son frère b tué

l.n de celui-ci avail comblé de joie la cour.

le peuple entier, Affectueux intelligent, croissant en

isse et en irrace entre sji mère et sa tante, il était

Idl chacun, en pariiculier du roi, dans la con- 01 -;itiim dui|iiel CCS mois: «Mon fils,... le dauphin...» .■ni avec une |"'i sistani s touchaote.

Le pauvre petit ne devait pas échapper au suri funr les | rim de la maison I i.juce.

B2 - A l'âge de buil «mis. il lui subitement frappé d' itisme qui, après lui avoir '1''-'. ii

. jambes «.-t l'immobilisa sur une c longue '|u'il ne quittait plus que pour son lit. Pale, abattu, son visage, ■< rose autrrfc

allongé al Qéiri co 1e ''lui il'. ni vieillard

iii-s de l.i souffrance, il languit plus «l'un durant lequel Marîô-AtiUîiniîllo oi Madame I -.'• relayèrent a son chevet .

s.i mère ne pouvait >-<• dispenser entièren — ! . pompeuses qui lui avaient l -i pâuibli ul « mute mignonne » sui

qui Un>. m r |mt;-i)i<- au petit malade.

Elle s'efforçait de lo distraire, lui montrai i jour de d - livre» d'images, lui redisait

contes, déjà vir-ii \ de près 'l'un siècle, qui : ses délices comme ils foui encore ceuv des ciiI'îi

d'aujourd'hui le •' 'Hat '>••" igcaîi

lu Bcllr (ta l'i-is dormant ri miii fuseau magîm 1 d'Ane aux robes couleur du temps, el Y'tist ■nrrl.vv le joli Chaperon nmi/e.

Pou i hnni|.rr -ou l'uiuii. elle lui eluuitail

nirs de l'époque, si charmants a éçreiier sur clavecin ou In berpe.

aol tout, elle tacbaîl de lui communiquai confiance, la sqyrais&ion i la volonté divine dont àmc était pleiue, et, docile a sou influence, le mal» étonnait son entourage par sa patience et sa doucci Lors de son agonie; te 1 juin 1789, alors <jue Ile en larmes était rassemblée autour de li

iiia

que sa mare, essayant !;< <-urn\- qui perlait à son

frOQt blême, lui demandait tOUl bas : « Souffrez-vous

beaucoup, mon cher petit î » l'enfant, jetant ses bras amaigris autour du cou do Marie- Antoinette, répondit (forçant de sourire : « Ma bonne maman, je souffre surtout de vous voir pleurer. »

Encore on peu, bien peu de temps, et, songeant à leur ange Bnvoléj les prini raient Dieu

d'avoir permis qu'il ait «'■ i «'• . jusqu'à la lin. entouré de soins et de Lendrassa, de I ; voir rappelé à lui avant qu'il connût les brutalités et les outrages qui sou état, ne lui auraient sûrement | pargnés.

Car, hélas ! toutes les fleurs de Tnanon avaient sembla se faner avec les lis et les roses blanches qui jonchaient l'étroit, cercueil. Les quelques années de bonheur dont avaient joui les jeunes femmes Ôl

passées pour m plus revenir. I ne aulx 1 nouvelle se

levait à l'horizon, et cette aurore était rouge. Leur

■■ms former en Calvaire. Mais la voie

douloureuse monte rera le ciel. Le malii j des

its et des -héros là où il n'y avait que des hommes. C'est peut-être une des raisous des i impose l'infaillible lionié.

« Après moi le déloge! » d Louis XV ù la fin de son régne, an constatant l'état

de misère, de souidi- limitation OC il allait laisser la

Pranoe, II aurait falln, pour conjurer les malheurs accu-

innli's durant [.lu i une

extraordinaire, ua véritable génie don teur. Et quand bien même, aurait-il pu lutter contre les forçai ni vouloir à l'en>

précipiter la catastrophe?

Blé aridea, orages da grêla oouchaol a terre

l'espoir des moissons, hivers d'une rigueur e\ tionnelle m succédaient, augmentant les horreurs: de la disette : te peuple mourait de faim, et le luxe insensé qu'affichaient les grands seigneurs ajoi encore à son irritation. Dés le mois de mai i Louis XVI avait i de i onvoqui i ai||<

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