I.s Etats généraux
Lu situation pénible où ta famille royale commet ait i ' trouver en public s'augmentait desangois que lui inspirait, dans l'intimité, le lent déclin dt dauphin.
Quinze jours après la mort du pan vit- enfant, loi députés du tiers se déclaraient en Assemblée nnti<
C'était le premier acte de la tragédie.
Déjà un sourd murmure emplissait les rues, dail jusqu'aux vitres du palais.
— .Mais e'est donc une révolte? se récriait le r< ■nvunt croire à l'hostilité de la foule.
Et un courtisan de répondre i
— Non, sire, c'est une révolution 1 On en eut trop la preuve, durant ces tei i ibles j»ur-
uées du ."i e! du ('» octobre, alors que la cohorte .iviiu
j ii i se qualifiait pompeusement «J'« armée du Paris
rr
marchait en tumulte sur Versailles, mettait vingt Foifl en danefer In vio «les souverains et finissait, par les ramener de Force dans tenr capitale.
Qij nu nom! La reine el Mfadame Blisa-
beth occupaient le carrosse du coi; Madame Royale
lit le DOUYeaU dauphin (Louis XVII) se blottissaient,
effrayés, tout contre leur mère el leur tante, dont l'attitude pleine de noblesse et de dignité ne Faiblît
pas une minute; la voiture avançait lentement, entourée d'une meute hurlante de poissardes et de tricoteuses qui, ivres de fureur et d'alcool, menaçaient leurs victimes de leurs gestes grossiers, leur montraient, promenées sur des piquas, la tôte san-
lante de leurs gardes suisses, qu'allas surent, en cours de route, 6 Sèvres, La fantaisie horrible de Faire friser par un malheureux perruquier....
On arriva enfin aux Tuiltii'-. : m oandonné
us truis règnes, presque dépourvu de meubles, devait désormais servir de résidence ,i la Famille royale. Madame Elisabeth écrivit le lendemain
* On nous ;i ramenée aux Tuileries OU rien n'était préparé; mais nous avons dormi de l'excès de Fatigue, Ce qu'il v a de certain, c'est que nous sommes prisonniers ici ; mon Frère ne le croit pas. mais le temps le lui apprendra. Nos amis pensent, comme moi, que nous sommes perdus. Il ne u- d'espoir qu'en
Dieu, qui n'abandonna pas ceux qu'il choisit. Mon Yére est pleinement résigné à son sort ; sa pété an^
ente i malheurs. ■»
A la suite de cette émeute, la plupart des princes.
Millième;
mettra la Frontièi b antre eux al les
ce
damai Idéla l di . Victoire o» Sophie • liai se réfugier) Dl i Home, où elles voulurent emmener b< ih.
D'après ce que nous savons de leoi . on
|n h supposer que l'aînée commanda, la seconde -< n j »— jilm, >-i ode, m la dernière ne prit pas pari â la dis* cussioii, il passa un suliii attendrissement pour sa nièce dac • ioo vieux cœur dessé iW
L'abandonner ainsi, elle ai jeune, si belle, dana tout l'épanouissement de ses vingt-cinq anal La laisser eu hulteaux p - que pourrait commettre cette popalaoe an démence !
serait uo crime I Rester en France, c'était s'offrir volontairement à la souffrance, au deuil, au
irhiv peut-être; tandis que, sons d'autres cietur, on verrait -mi. 'me de radieuses aurores, de longs [< de liberté, de paix et de bonheur....
Ordres, prières, menaces ou promesse oui fut inutile. La jeune fil lo. pour la première rois de su vie, siii sa raidir al répondre : « Non. »
— « J'ai besoin de vous,... » lui avail d I autre!
BQQ li
M'avait-il pas encore besoin d'elle, ei [dus que mais? Pouvait-elle s'enfuir, le laisser seul en Face de* menaces de la destinée? Et ;œur, pauvre
plante Fragile bal Lue par l.i lempèir! Kl les deux allants l>irii-.-iimrs i loi 1 1 les bras caressants rivaient une
4 : 1 1 ; • 1 1 1 • ■ indissoluble autour de sou cou! Elit* partage* rail leur rort, quoi qu'il advienne! a La raorl saule 1e séparera d'eux, » répétai! elle.
le départ de ses tantes, elli accomplit pour la dernière lois un cher el douloureux pèlerinaj Moutreuil; elle dit ua adieu, qu'élit Boutait blea suprême, à chaque pièce, chaque recoin peuplés pour elle de si doux souvenirs; aile s'enferma solitaire, pour prier et pleurai 1 sans contrainte, dans le cabinet d'étude où elleavaîl passé tant d'heures Puis;
vaillante, son beau visage rayonnant de sérénité, elle revint h son poste d'honneur auprès des siens, et, de
ce jour, elle ne les quitta plus.
L'exod aérai avait lait le vide autour de là fa-
niillt' nivale. A son lour, Louis XVI SOfl£eS a la faite
(juin 1791). Pourquoi, sans armes el sans suidais, s'épuiser en résistance stérile? Miens valait renouveler l'expérience réussi) ion la I onde, En se réveil*
laut un malin suris son roi, Paris réfléchirait il m-
tarderai! pas à |i r en triomphe
On cruit l.w ili'incnl CS qu'un 860010, .Mai-, qm la
réalité devait peu n sembler au rêve, et combien il lut triste ce retour de Vareones, comparable â celui \ ••rsailles, à cela près qu'au lieu de durer huit heures, il s'éternisa huit jours I
Deux ciHumiss.'iinvs de l'Assemblée nationale, Barniivc et ivtliiDn. étaient montés dans lu berline, près
rapt ifs (j ii 'escortait une l'ouïe de dix mille él
guméncs. dont les cris de mort ■ i les imprécations alternaient avec des chansons ignobles, pleines i disions menaçantes.
Les geôliers ini| il dans la voitt
la place Décapés i l 'aller par le dauphin, qui, âét mai ■■■ passa tour & tour des genou ■nère
ceux de su tante,
Quel nouveau supplice la présence des députés ajoutait à la douleur des malheureux souveraine I S'imagine-t-on ce qu'ils «lurent souffrit , pendant celte longue semaine, de se pouvoir échanger un seul ans témoins I
si Barnave, homme bien élevé e1 de bonne com| gaie, s'efforça de se faire pardonner son rôle par discrétion et se politesse, il n'en fut pas de même son compagnon.
Celui-" i. ()iii était assis près de Madame Elisahct en profitait pour l'interpeller directement, se perme
tant à tout insliiut des plaisanteries éij ni vin pi es,
grossiers sous-entendus.
La princesse m- lui répondant que par le silence
mépris, il devint plus agressif, se faisant passer elle une carafe, un verre, la forçant à lui verser boire et tu- daignant même pas la renier
Enfin, il crut avoir trouvé le point vulnérable sa Victime. D'ttDe voix avinée, il lança epielqt Iihss'."- attaques contre la religion.
Alors, û surprise! le marbre qu'il n'avait pu ai mer tressaille; une vive rougeur monte aux joues la timide Madame Elisabeth, ses yeux bleus s'êcli
rent nt brillent comme des étoiles. Poussée par uns
impulsion irrésistible, elle relève le défi de l'utliée,
riposte explique, discute avec une force, une netteté de raisonnement que ne déploierait peut-être pas un docteur en théologie ; si bien que l'odieux personnage, définitivement vaincu, se rencogne dans son coin en proférant un dernier juron, enfonce son chapeau sur ses veux et no souffle plus mot du nuit le n-ste du
voyage.
Barnave est stupéfait île la logique
dont a fait preuve la jeune fille, et surtout de sou ton calmo et doux, de sa simplicité toujours noble et toujours digne, l'our la première fois, il comprend qu'aux temps plus heureux, le peuple l'ait baptûlâe : « La sainte Madame Elisabeth-. » Un sentiment tout nouveau, fait d'admiration, de pitié, de tendresse, s'éveille chez oe fougueux libre penseur; la chaste figure qu'il a en face de lui revêt à quelque
chose de divin.
Respectueusement, il lui adresse à son tour la parole. Comprenant su déférence, peut-être son émotion. — quelle femme peut ignorer le trouble qu'elle inspire? — Madame Elisabeth n'hésite pas à lui pondre. Elle mat dans l'entretien tout,- son affabilité,
tonte sa bonne grâce el amène peu h peu le roi et la reine à prendra part à la conversation j entre ces quelques personnes! placées au des conditions si
singulières, s'établit, grâce à elle, une entente qui diminuera pour les prisonniers les horreurs de la route.
\u\ ri' lais, B.irii.iv
champion de la princesse. Il veille soi elle dans 1. auberges envahies, il la protège oonb ultaui
Pan ne b ''il fanl \m aovei a
sure qu'on approche de Paris, la colère de la foule devient plus sanguinaire. Un vieux trentilhon qui s'est avancé pou saluer les majestés tombées, est ad de la portière et mis en pièce- • itu leurs veux; si-- iimmiiIim-s déchiquetés sonl promenés longlemps sur des piques aax côtés de la berline I 11
plus loin , UQ liuinhle desserviuil de village, sVtant
approché, va subir le même sort. Mais Elisabeth
poussé un cri ; au risque de s'abîmer sous les rou< de la voiture, Barnave ijonditau milieu desassas
— Misérables lâches ! Vous n'êtes donc plus Frai çaia? crio-t-il d'une voix de tonnerre qui domii tontes les clameurs.
Ce généreux élan arrête les bras levés ; le prêt éebappe Riiraculeusemenl A la mort, son libératet se trouve récompensé par le sourire plein de recoi naissance que lui adresse Madame Klisabeth.
Désormais, l'union de la royauté avec le peupl n'eut pas de partisan plus zélé i\\n: Barnave, mais Cause qu'il s'efforçait de soutenir éluil perdue d'aï an<
De retour aux Tuileries, les souverains Furent çai dés à vue. étroitement surveillés; il leur fallait uni autorisation spéciale pour pouvoir se promener dai le jardin; Pétbion, leur ennemi personnel, remplaç
Mue- m, ii a de Pai is leur dévoué Baillj . ! hins [os plus exi lt i.iïciii c mis A leai
Ivice « Ne revenez pas dans l'étal où sont nos affairas, écrivait Marie-Antoin- chère Lamballc, qui
avait ier ru Aagletc n auriez
trop à pion De son coté, Madame Hlisaln-ili demandait à Bas tantes, maintenu • ki '- ïous le beau ciel d'Italie,
d'ajouter a lotira oraisons cjuotidû a m ■ les priera agonisants! « Il n'j b qui Dieu, ajoutait-elle, qui
sache si D0US vivrons eucore quand cette lettre VOUS
(parviendra. »
fille était prête. Ella l< i prouva tneo bj au juin 1711*. alors que les I idant en tumulte- dans
les couloirs «lu palais, demandaient à grands crîs « l'Autrichienne, w Elisabeth sortait de chez son frère. Sa la voyant â la porte du roi, ils la prirent pour Marie» Antoinette; les hurlements redoublèrent. [Vois ou quatre officiers voulaient s'inlerpos
Au nom du ciel, messieur ne les détroni| ar, je vais lui ! • temps dé s< " saui 1 r !
El, s* saillants, naos défantN outre la multitude hérissée de piques, de g lins,
le ha. -lies, ..ver, ati frODt, la Haium-- JOVOI
martyres, elle eul celle parole sublima :
— La reine, c'nal moi !
Depuis 187a, ono statue, cauvradu sculpteur Mas* m, gfloi OS le château de (.'Immbord, ce trait
de dévouement, un des plus beaux qu'aient accompli
bramas.
M. lis elle devait vivre encore, pour assister aux atrocités de cette fatale journée, pour voir vingt mille misi'-i -aides, coiffés du bonnet rouge, défiler il
i lirnsurs de fenêtre où se tenaient 1rs souveraint en vomissant contre eux lenri menaces de mort leurs imprécation".
Dans oattfl terrible circonstance comme dans toutes les antrai, Louis XVI cl Marie-Antoinette conservèrent une fermeté calme et virile qui fait l'admiration de li postérité. Mais, on peut se le demander, eussent* île, durant leur lonu-iu- .-ironie, montré autant de vaillance et de résignation chrétienne sans la piecu princesse qui les entourait de soins et de (■ les réconfortait, les encourageait sans jamais songer à elle-même, et qui, aux heures les plus sombres, alors que toute parole d'espoir eut semblé une dérision amer-, li-ui montrait en pleurant le ciel?
L'été de 1792 s'écoul ' u-nt. Le soir du 9 aoiit.
Madame Klisabeth, seule dans sa chambre, tachait d'oublier ses angoisses en se livrant A son passe-temps favori, la peinture.
Elle travaillait à un pnvsage représentant une campagne ombreuse, traversée, par une. route sur laquelle
chevauchaient deux cavaliers Le. tableau devait
rester é jamais à l'état d'ébauche ; et les voyageais,
demi esquissés, semblent toujours iraloper vers on bal incertain où ils n'arrivent pas !
La reine, inquiète des sourdes nu i lui par-
:i<>iii, iii demander sa belle-sOBUf dans ses appartements ou elle appela également ses enfants. An moins, quels que soient 1rs nouveaux malheurs qui ail [re ■'tir eux, ils les rapporteraient ensemble] A minuit, le tocsio commença à souner; à une heure, les doux princesses, brisées d'anxiété et de fatigue, se jetèrent tout habillées sur un canapé.
Madame l"lisal)Ptli, en enlevant quelques effets qui la gênaient pour s'étendra , a uni de leure
dames d'honneur la broche qn'elle partait : nue cornaline fleurie d'un lis, autour duquel aile avait fait graver, dés le débat des troubles, cette devise : I -/(•>,• offenses, pardon des injures.
— Je crains bien, observa In confidente 60 soupirant, que cetti- maxime ail peu d'influence sur nus P ennemie.
— Elle no doit pas nous en ôlre moins chère, rél'iiipi. vivacité la jeune chrétienne.
Les dons sœurs ne pouvaient arriver A s'endormir; elles s'entretenaieni dooloareasamenl soi leur situation, lorsqu'un coup de fusil retentil dans la cour. I Biles ijiiiiirivui L'une al L'antre le canapé en disant : — Voilà le premier coup de feu, ce ne sera pas le dernier; montons chez Ee roi En effet, la lutte oe Faisait que commencer. Une année popolaciére, bien pourvue dawi suons
et de cartouches, avait quitté les faubourgs, et, a la
faveur .1" loppait complètement
Tuilerie», a l'aube du 10 août, le signal de l'ai Fut donné; les Maillent* m précipitèrent, ï< i grille : tout sur leur pi ques
nobles, une poignée de Suisses el de gardes nation lidr! rent d'organiser !;< ré . île f>
efforcés dans les appartements, lans le jardin, s les rues voisii es ; deux mille |> rcut.
Etendant que les détu de l'artillerie, 1«- cré-
pitemenl de la fusillade, les gémissements «les blessé», les imprécations des assassins se mêlaient an db
;iiVn-n\ iuinultc.il continuait I lancer réguliè-
rement dans les airs ses noies funèbres, sonnant le glas de la monarchie qui finissait de mourir!
A sept heures du matin, une députatiou était venue chercher Louis Wl et unis les siens pour les conduire assemblée nationale.
KIis.il.etli resta ati\ côtes de son frère durant ht longue et pénible séance où le roi, considéré r.omme un véritable accusé, eut h subir les rapports haineux de ses ennemis présentés sous la formule de pétitions, de motions, de décrets, etc. Enfin on prononça sa déchéance et on le remit, ainsi que sa famille, entre les mains de Santerre, avec ordre de les enfermer dans la tour du Temple.
Du jour où Madame Elisabeth entra dans
lugubre forteresse jusqu'à relui où plie, en sortit pour
mouler à l'échafaud, vingt el un mois devaient sVeou-
1er, , ri va lions, de
souffrances de. I des !
Pas une blessure! pas une hum ient
épargnées aux malhcui eu . prisonnl
Le roi fut logé à un étage de la tour ; la reine, ses I Madame Blisabel uperent an autre.
I .«mu appartement se composait de quatre petites pièces Proides et humides qoi servaient de dépôt roi archives du prieuré du Temple el n'avaient jamais été habitées. Tout» bambres étaient fort ob
niiisc dos marliiues appelées* soufflets» qui masquaient les croisées, garnies d'énormes barreaux de fer; m ne voyait jamais la loteil M "n ne recevait qu'un jour faux et oblique qui répandait une clarté diffuse dans l<> logement.
(Toute relation avec 1'' «U'Imr^ étaîl cent
interdite; les .apfifs ne pouvaient apprend i qu'il h n\ de connaître, comme la
niiM-i .le Lins artisans on ta -.de
la ré| . qui lotir étaient tout
Une surveillance pénible, souvent était exercée sur eux jour al onil pai dans mm
qui épiaient leurs actions, leurs paroles, leurs gestes, et, pot i consi-
gnaient jrravemenl sur on registre les résultats de leur espion nage,
aveur snpréme, mu avaîl permis à la mille l lapet » de se pi I heures réf. I
dans la cour, étroit espace malsain et triste, étouffé pur ses nui cessive hauteur.
Dans leur sollicitude pour les enfanta qui i laieot Faute d'air et d'exercice, la n cesse, chacune fi son lour, se ■ > I ■ - i - chaque ap ôs-midi dans ce semblant déjà
C'était un nouveau supplice. Leu li -s alteni
■ i n laient jamais, dis;,
de . les italuei avec la Fumée de leurs pipes *» <ju lour lançaient en plein visage- Autour d eux, data du ' cheval sur des chat
il . applaudi -- dent, Boas, les inaaltaient grossièrement... .
Elles rinireai par ne plus oseï concession ne satisfaisait pas l< urs bourreaux,
l'n jour, on les appela h la fenêtre, ou avai quô chose a leur montrer.... C'était la léte de M ,:ir LambaJle promenée au bout d'uni' piqui
mie di la reine, comprenant !a gravité d c trouvaient les souverains, était rm en France malgré le conseil, ou plutôt la défense molli- de Marie-Aiitumetle. Elle avait vor.u nver elle el Madame Elisaln-tli 1rs jours d'angoisses di\s Inile-
■i. après le décret de l'Assemblée nationale, avait imploré la permission de rester au Temple de la Famille nivale. Cette autorisation fut durci neq refusée; il fallut se séparer; la charmante el dévou Laxnballe, enfermée à la prison de La I on d'en ctre arrachée et massacrée ava des raffinemcntl fa da Férocité j son corps avait été mis en lambeaux et son visage, si beau, si lier autrefois sous les
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longues boucles poudrées, aujourd'hui meurtri et souillé de sang, était haussé cruellement jusqu'à b fenêtre du Marie- Intoinelt « A cette vue, écril Madame Royale d
mnirvs, ma mrie fui saisie «l'Iuirn-ui : seul
moment oû sa fermeté l'ail abandonnée. Après celte scène affreuse, ci! lOgtemps debout, ittûût
n'entendant plus les bruits de le rue, ne voyant rien
ce qui w pestait autoui d'elle.... »
Elisabeth, répriraanl lots, eut une inspira-
lion céleste, Elle poussa le dauphin et sa sœur dans
les liras (11 1 leur nïeie. C« gfSSte remlil. la lê.inftà elleiiième. Elle COUrril 868 entants de baisers, de larmes,
et trouva ilans leuM caresses la force de aurai sa donleur.
Ainsi Madame Elisabeth continuait, <ans jamii: lasser, sa mission Je consolatrice. Elle était [> remplir les devoirs les plus rebutants.
On avait enlevé à la « famille Capel » ses Femmes de service. La jeune fille préparail elle-même
sobre- repas, faisait les lils. aidée par sa nièce, balayait leur étroit réduit, le pareil de sou mieux pour
éviter à sa belle-sircir. ; Imal. • ''I ral'linee
malgré tant de misères, le tourment de vivre dans
: milieu négligé.
Les prisonniers ne possédaient que peu de point de vêtements de rechange. Elisabeth ne guère que broder. EU pour apprendre a
repriser, à remettre à neuf Le soir, quand ses
pognons étaient COUchèS, elle
nait leurs effets sur la chaise où il- les avaient laisses, etj li' lendemain mutin, en se réveillant, son frère avait la surprise de trouver son babil manchettes Pratchaa; Marie-Antoinette éprouvait la Joie de cacha sa robe éHmée sons un fichu repass aussi habilement que par une lingère de Trinnon.
Des tempe heureux qui avaient passe* coa i rêve, Madame Elisabeth ne conscrvail que deux souvenirs palpables, deux volumes pi les Evangiles et ['Imitation. Elle -<• désaltérait. longs traits à leur source d'eaux vives, y puisait cette sérénité que rien ne pouvait troubler, pas mAtno la crainte «l'un avenir Jonl les ombres s'épaississaient toujours davantage. Qu'importe l'approche de la nuit noire à qui est sûr de lui voir succéder nu glorieux matin '.'
Puis, une : insolation venait aux prison-
niers Je L'intimité où ils rivaient tous ensemble)
Leur bonne harmoniu avait, étonné de tout U les courtisans, peu habitués à voir ries altesses royal* s'aimer comme de simples bourg-eois. Mais il y avait les devoirs, les obligations de leur rang, l'étiquette cette étiquette détestée I Ils ne pouvaient se prouve) leur affection comme ils l'auraient voulu.... C'était bien différent dans la tour du 'l'empli-.
Puisqu'ils n'étaient, plus roi. ni reine, ni dauphin, ni princesses, ils pouvaient être librement pire mère, mari et femme, enfants ou sœur,
Louis XVI avait commencé l'éducation de son fils: Marie-Antoinette et Madame Elisabeth se pai tageaienl
les leçons de Madame Royale. On se réunissait poui les repas à la rnémC table. L'après-midi. Loi.
une leeture à haute voû ; le dauphin, debout entre les genou* do son père, dans la pose qu'il préférait et qu'ont reproduite les gravures du temps, écoutait
grave et recueilli. I-es trois femnif-. cousaient auprès
\. La petite princesse était assise aux pieds d tante, de môme que vingt ans auparavant Sisal I à ceux, de Madame Victoire, et si. d'aventure, elle avait embrouillé son fil, cassé son aiguille, elle n'avait pas besoin de le confesser : en renard, an sourire, fit « lente mignonne » réparait le desastre
avant ijne prrsuiuie s'en filt aperçu....
Réduits à se demander chaque matin si cette
journée qu'ils commençaient ensemble ne serai) pi
la dernière, el chaque Boir si le lendemain ne leur
mit pue une déchirante séparation, les captifs se
rapprochaient davantage, de jour en jour plus nuis.
On malheur résigné 1 fait du bonheur encore.
Les membres de la Convention le comprirent, et, jaloux de la paix de leur victimes, résolurent d'y
rin.
I n à un, Madame Elisabeth vit s'éloigner, pour jamais, ceux qu'elle avait tant aimés.
D'abord, un décida que le roi devait être séparé de sa famille et complètement isolé; on lui laissa toutefois la liberté de voir son fils, mais à la condition que celui-ci serait enlevé à sa mère et à sa tante, Placé dans ectie douloureuse alternative, Louis XVI préféra prendre pour lui seul une aussi cruelle priva-
lion el il 11e vil plus aucun • it- la veille
i mort.
Go M'ir-I;i — M jaUVÎ I iinniis
saires plai ère la porte vili 5e de l
I • manié ■dre de vue n
inru! dea priaonni spec-
tacle que Cléry. le Bdèt< valet de chambre du kM :
« A huit heures el demie, la porte s'ouvrit; la
parut la première, tenant son lils par le n nu- Madame Royale el Madame Elisabeth. Tous se |iriVi|ii(i'-ri'nt iIjuis K-s liras du roi. Un rnorne silence régna pendant quelques minutes et ne fut
rompu que par des sanglots, Puis le roi s*a la reine à sa fçauche. Madame Elisabeth à sa dn Madame Royale presque en face, et le jeune prince resta deboul entre les jambes du roi ; tous étaient penchi ■ vers lui et le tenaient souvent embi i
m' de douleur dure sept quarts d'heure, i>endanl lesquels d fut impossible de rien entendre; on voyait seulement qu'après chaque phrase du roi, uoglots des princesses redoublaient et qu'ensui ii recommençait a parler. Il fui aisédejugei a mouvements que lui-môme leur avait appris sn con- - nation.
>» A dix heures nu quart, le roi sp leva le premier et tous le suivirent ; j'ouvris la porte ; la reine tenait le roi par le bras droit. Leurs Majestés donnaient chacune une main a Monsieur le dauphin ; Madame Royale tenait le roi embrassé par le milieu du corps.
Madame Elisabeth avail saisi le bras gauche de autrusi'. 1 frère; ils firent quelques pas vers la porte
d'entrée en poussant i. [es plus dou-
loureux.... Le roi, voulant mettre fin à celte scène déchirantea leur donna les plus tendres embrasse-
ats.
» — Adieu ! adieu ! dit-il.
» Et il eut ta foi cedes'ari ntes.... »
Lorsque l'aube se leva — une aube d'hiver blafards • ' crû de la multitude apprirent aux malheureuses princesses que tout était consommé.
l 'a autre coup allait les Frapper quelques mois
plus tard. Un décret du Comité du salut publia
i que « le Bis de Gapet sérail enlevé à sa
juillet, à dix heures du soir, tes mimi-
cipiiux entrèrent chas la reine pour exécuter cal arrêté. Marie-Antoinette, Madame Elisabeth., Madame (loyale s'étaient levées au bruit des verrous et aux grincements des guichets but leurs ronds, Les muni-
i s donnèrent de l'arrêt, A peine l'enl
l'eut-il entendu qu'il se jeta da i eu poussant >ir grands cris. La reine Le couvrit de sou corps; elle repousse les municipaux qui vouls s'en emparer. Us la menacèrent de faire monter la garde.
— Tuez-moi dani ! s'écria-t-slle, tuea>moi avant de me l'enlever '■
fendaient en larmes et soppli i iee i tjui vociféraient et proféraient
: îles jurons. Enfin ils isi-
livcmcnt qu'ih allaient tuer la prînci DUS leur BUV-
nace arrêta tonte résistance. On babilla l'enfant à la
liâtc. Pni.s, rouvert tlits pleurs cl il.-. bris*!
-, de sa tante cl de sa s. cm, le pauvre petit, lOUt unes, suivit les municipaux qui le menèrent à l'abominable Simon.
Laissons maintenant la parole à Madame Royale : « Le 2 août, raconte-t-ellc, à deux heures >lu m. on vint nous éveiller pour lire à ma mère le décret qui ordonnai I de la conduire à la Conciergerie pour qu'on lai Fil Bon procès. Elle entendît cette lecture sans s'émouvoir et sans dire une seule parole ; ma tante et moi, nous demandâmes tout de suite à la suivre; mais on ne nous accorda pas cette grâce.... Ma mère, après m'avoii tendrement ombra répéta do prendre courage, se jeta ilnns les bras de ma tante et lui recornuiaiidii ses enfants. .Ma Imite
lui dit quelques mots bien bas. Alors ma mère partit snns tourner les veux sur nous, de peur sans doute que 88 fermeté ne l'abandonnât. En sortant, elle, se frappa la tête au guichet, ne pensant point i baisser; on lui demanda si elle s'était fait mal.
» — Oh ! non, dit-elle; rien a présent ne peut me faire du mal. »
La dernière pensée de la souveraine fut pour Madame Elisabeth. Dans son testament, lettre pathétique qu'elle écrivit hâtivement au matin du iC octobre 1793. pendant les quelques heures qui séparé-
rrnt sa condamnation do son supplice, elltt lui affirma
que son affection, son d t compté
parmi les plus pr/rienv très , Elle lui
recommanda encore enfants orphelii.
lui envnva pour tous d«OX sa bénédiction. « J'esjiérr, ajoutait-elle, qu'un joir ils pourront se réunir arec vous et jouir en entier de vos tendres soins prennent exemple sur nous : combien, dans nos malheurs, notre ami' ■ donné de consolation !... Adieu, ma bonne et tendi -se cette lettre vous arriver! Penses toujours h moi; je vous cmbrasse de tout mon rieur, ainsi ijue ces jwuvres
I chers enfants; mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours!... »
' i'i émouvant message, que Marie-. \u loin.
fia à ses geôliers et que ceux-ci portèrent immédiatement i Robespierre, M devait jamais être lu par sa notaire.
\ son tour, Madarn etb fut séparée de sa
nièce, dernier lien la rattachant à la vi lidêle qui. plus tard, évoquerait avec émotion son louchant souvenir.
Transférée à la Conciergerie et mwe an secret le plus uhsulu. elle ne sentit pas un instant «on cou rare s'affaihlir.
On a retrouvé dan* ses papiers celle prière, admirable par l'élévation des sentiment* H la waptiVit/d'expression, qu'elle écririt à cette époqae :
Qna i ia- -M. '. mon l ;
Tofll CO '!"■ ■ '|"''' "" '" ■"'' ' veli
prévu t-i 01 donné ela me sufiit. o mon Dieu I cela me suffit; j'adore v.is décréta éternels si impénétrables; je m'y de tuiii mon oœui lout.j'ii >it. je vous fais le saerifi
tout et j'unis ce sacriKcc à ccJui de Jésus-Christ, divin Sauvent , je voua demande, en son nom mérites, la patience dans mes peines cl I»
,i ji.n Faîte '|ni voue est due pour tout ce roui •• on permottes. iinsi soit-il. »
lame BSti imparut devanl la barre du in-
I révolutionaairc le ai floréal an 11 (9 mai 1 L'accusateur public, le trop fameux Kouquier- Tinvillf, lui reprocha d'avoir fait pas:
mania ci de l'argent aux émi^Tcs, cl secrètement avec aux. C'étaient tous les crimes qu'où I trouvé h lui imputer, mais cela suffisait pour motiver la condamnation résolue d'avance; la Convention n avait-elle pas décidé de « upprimi corrompus de la famille Capot? »
L'accusée montra, durant les interroj un
ne qui impressionna vivement l'auditoire, mais aile refusa do donner le moindre témoignage pouvant compromettre amis ou ennemis, « Les princes pardonnent, ils n'accusent pas, » déelarn-t-elle noble» ment. Marie- Anton ait dit, en pareille circons-
: « J'ai tout vu, j'ai tout pardonné, j'ai tout oublie. ■»
-OU ne fille entendit prononcer la sentence capitale sans se départir de sa sérénité. Four elle, la mort, c'était la délivrance, la réunion.
Eli- i ida Beale a isser lé peu de temps
qui lui restait ■ vivre an compagnie des malheureux condamnés ê la même audience qu'elle
' -tte autorisation lui fut accordée. La den nuit de .Madame Elisabeth s'écoula dans un cachot, où elle consola, encouragea, fortifia ceux qui n'étaient peut-être pas, comme elle, préparés à la rencontre de leur Dieu.
Le lendemain matin — 10 mai 170,4 — elle lui ■attachée charrette, avec vingt-quatre outrée
personnes, et conduite, au milieu des vociférai ions de la Toule, à la place de la Révolu' nent
place de la CûHCONJ
Une vieille femme du peuple, qu'on allait aussi guillotiner, tremblait et pleurait prés d'elle. La princesse la réconforta dnns un simple langage à sa
portée, s'en occupa tout le long de la route, et, lorsque les aides s'avancèrent pnur s'emparer di
. Madame Elisabeth de France, se penchant, embrassa la pauvresse qui allait nu Pendant l'exécution 1 pria
pou: ferveur. Sun tour venu, le hourreau
lui arracha brutalement le fichu qui couvrait ses épaules. Elle tressaillit scua les innombrables) regards braqués sur elle.
— Oh! monsieur, couvrez-moi I supplin-t-ell- . furent ses dernières paroles. Ses sentiments
étaient restés, jusqu'à la fin, ceux de toute sa vie : charité, piété, pudeur.
Sa tête charmante tomba sous la hache comme un lys royal, cueilli pour fleurir les demeures éternelles.
C'est vraiment la figure idéale de cette période sang-lante. Pure entre les plus pures, elle mérite ce titre, qui lui est décerné ici comme un hommage : la vierge de la Révolution.