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ses idiotes, et depuis environ dix ans auprès des gardes-malades, il demanda qu'un réunit il, iris le grand hall tout le personnel de la maison. S 'adressant alors à l'institutrice, il la félicita, en quelques mots, dé wn gèle et de Bon dévoiiejnenl ; puis, détachant du doiman d'un de ses officiera d'ordonnance la croix de la lésion d'honneur, il l'épinglu lui-même au corsaire de l'admirable femme. Su nomination parut h YOJ'Jieiêtàu surlendemain, 1 er janvier 1888.
Après le prix Mcmlyun. le ruban rougr — Tics simplement, LéontiiicNicollc avouait lu j fonda
qua lui causaient, ces deux distinctions si chèrement acquises. Avant mis tout son cœur dans l'effort, elle jouissait de tout son cœur des récompenses el comptait les moments où elle les avait reçues parmi les plus beaux de sa vie.
Mais elle an connaissait de meilleurs encore, et qui, disait-elle, auraient suffi, A eux seuls, à lui faire oublier bien des peines, à la consoler de bien des déboires.
lu jour, par exemple, on vint la prévenir qu'il y avait en bas du monde pour elle. Elle appela M 11, Florenaa, la chargeant de surveiller l'élude place, et descendit au parloir.
Dans la salle un peu nue, tirée d'uni' façon éblouissante, deux visiteurs l'attendaient.
l'n grand garçon de figure agréable, bien bâti, quoique un peu gauche dans son « complet cheviotle» tout battant neuf, se tenait, sou chapeau à la m debout devant la fenêtre, découpant en silhouette sa
Carrure sur la mousseline des rideaux. En face te lui était assise une jeune fille de vingt-deux ou vingt-trois ans, vétuc d'une de ces gentilles étoffes à six sous le mètre, dont les petites ouvrières parisiennes savent tirer merveille. Sans beauté, elle n'en était pas moins charmante de fraîcheur et d'animation sous sa capeline enguirlandée de cerises. Les jeunes gens ne se parlaient pas, mais ils se regardaient en souriant,
» Quelqu'un s'upprochait du us le vestibule. Lu porte s'ouvrit, livrant passage à une vieille femme au doux et paisible visage, aux beaux cheveux blancs comme neige, à la robe noire sur laquelle tranchait, a l'en- (ln.il <Iu cœur, une petite tache rouge....
D'un élan, la jeune fille se précipita au-devant. d'elle, se blottit dans les bras ouverts pour la recevoir.
— Oh! maatOJQ, disait-elle lout bas, l'expression radieuse, je suis si heureuse, si tu savais !
Et M 11 » Nicolle, répondant d'un baiser à la confidence prévue et devinée :
— Jeannette, ma chère petite Jeannette!
Qui donc aurait pu la reconnaître, la triste idiote d'autrefois, aussi disgraciée que sn fleur meurtrie, dans cette jeune et robuste créature, toute nnuiiii.n r de la joie de vivn
» Rapide, elle entraînait M" 8 Micollc vers la feu et, prenant par la main le grand garçon confus et radieux, le faisant avancer pour le présenter à l'institutrice :
— Maman, je t'amène Jaci|ues Laroche, mon fiaii.
Après les premières effusions, (nus les trois s'assirent, très près le> uns des autres, formant un petit cercle bieu intime, ri Jacques, un courageux uiécaui- , raconta comment il s'était épris «le Jeanne.
— C'est en la rencontrant tous les matins à sept heures et demie, quand je me rendais à l'usine, et elle, à son atelier. D'abord, nous nous disions un bonjour tout simple, et puis, quand elle a vu que
il pour le bon motif, elle m'a permis de lui faire un bout de conduite. Cher nous, on ne roule pas sur l'or; aussi, quand le père • su que Jeannette était une habile ouvrière, "-aimant ses cinquante sous par jour. il est allé lui-même demander sa maiu à sa famille.
— Mais fijrure-toi, maman, interrompit la jeune fille, dont M"» Nicolle tenait les mains affectueusement serrées dans les siennes, quand il a appris que j'avais été élevée à la Salpétrièrc, ça a failli tout gAter.... C'est la patronne elle-même qui a raccommodé les choses en allant chez eux leur dire : « (."était peutêtre une honte autrefois d'être une enfant de la Se trière, mais maintenant c'est un honneur ; ça prouve que Jeannette a été parfaitement élevée, qu'elle est lionne ménagère, sérieuse, qu'elle a toutes les qualités possibles. Depuis que je l'emploie, je n'ai pus eu un reproche h lui adresser; elle est aussi intelligente que ses .ompatrncs et tout a fait capable, j'en réponds, de rendre son mari et ses enfants heureux ! »
— Alors le père a dit oui... et nous sommes bien
contant*, vous savez, ajouta le mécanicien, rianl jusqu'aux oreilles. Le mariage est le 10 ilu mois prochain. Jeannette a voulu que nette première invita-
lion soit pour vous
— Oui, reprit la jeune tille. CTOlS-tU, maman, que Madame m'offre ma robe que nous ferons à l'atelier? Elle disait avec cela qu'elle voulait me servir de mère, puisque je n'avais plus la mienne. Je lui ai répondu : « Plus de mère ! Eh bien ! et maman qui m'a soignée. instruite, aimée depuis que je suis haute comme ça, qui m'a appris tout ce que ji» suis, qui a fait de moi tout ce qui- je suis, qui, depuis que j'ai quitté l'asile s'occupe de moi. me suit de son affection, me réunit le dimanche avec mes camarades? Non, si . n'était pas elle qui .levait me conduire à l'autel, j'aimerais |ue mieux ne pas me marier... » Et pourtant !...
Ce soir-là, seule dan* ni chambre. M" 1 ' héontine Nicolle repassa dans son esprit la scène do la jour-
née;elle péril les jeunes gens oouBanta, heureux* ten-
d rem cul. épris, commençant cette belle roui.- ;ï deux
où elle n'avait point cheminé, savourant les joies suprêmes qu'elle n'avait jamais connues.... I.a pensée de Tlw mtfffti haut beûtl, — le * ce qui aurait pu
être, » évoqué d'une façon si poignante par le poète anglais, — pesa une seconde sur suri cœnr, l'accablant...
Mais l'impression [ii'umle s'cllara presque tout de suite. F.n vraie ninui.-in. elle n.- JOOgtiB plus qu' i
bonheur qui était ton œuvre, et dont l'idée la faisait «re sourire avec attendrissement. Dans une effu-
sion émue, elle béait tout bas ces deux enfants qui voulaient la voir consacrer leur union. Elle .t'imagina la navrante existence qui, sans elle, aurait été celle de Jeannette et de tant d'autres île ses pareilles, aujourd'hui li lires il heureuses au soleil...,
I/immcnse satisfactiou de son iruvre accomplie •ihit. la pénétra tout entière L'ombre de la nuit tombait lentement , remplissant peu à peu sa chambre; mais dans son âme il faisait jour....
Elle joignit ses mains lassées, et murmura très doucement :
— Pour faire ce que j'ai fait, il valait la peine de souffrir et de vivre !
Nom touchons au terme de cette carrière si bien remplie, de ce sillon laborieusement Ira
En 1H91, après plus de quarante ans de travail, M" c Nicolle, presque septuagénaire, éprouva enfin le besoin de se reposer, et se décida, non sans 1 prendre sa retraite.
Le Conseil 'l'administration de la Salpètrière, fa reux de lui donner cette preuve de reconnaissance, lui offrit de la faire entrer dana une maison de repos qu'elle désignerait elle-même. Le choix ne manquait pas : Sainte-Prime. Aulenil. Brévannes
Drévannes!...
Bn entendant ce nom, Léontine Nicolle se crut soudain transportée à un demi-siècle eu arrière. Elle revit la petite station de banlieue nichée dans le feuillage où, fillette et jeune fille, elle passait ses vacances
et où elle avait vécu île si délicieuses journées avec celle qui n'était plus....
Le louchant sentiment lit! piété filiale qui dominait chez elle lui dicta M décision :
— Je prélen aller à Brévannes, dit-elle.
Confortablement installée, par les soins de l'administration, dans une dépendance de l'ancien château dis Mi'S de Brévannes. elle se retrempa, durant les quelques années suivantes, au sein de la grande, l'universelle amie, « la nature aux- lu-as ouverts, » la tendre berceuse qui nous apaise et nous console
Après ce long emprisonnement entre les mur.
qu'elle avait si rarement franchis, elle éprouvait des ravissements ineffables a aspirer le parfum des roses, à entendre les cri.* joyeux des hirondelles se poursuivant devant sa fenêtre, à offrir son front fatigué au souffle rafraîchissant de la brise, à contempler les infinités bleues du ciel....
Epuisée par le rude labeur de sa vie plutôt que par l'Age, elle s'affaiblissait lentement, sans souffrance, comme une douce lampe s'éteint faute d'huile.
M 11 * Plorenza avait demandé à partager sa retraite pour l'entourer de ses .soins affectueux. Ses « enfants » lui écrivaient souvent, venaient parfois s'asseoir auprès du grand fauteuil d'aïeule qu'elle ne quittait
presque plus.
Quand elle se sentait moins lasse, elle réclamait l'appui de leur bras pour aller faire encore un [sot pôlerina^re aux endroits parcourus jadis.
\ chaque clairière, chaque allée ombreuse, chaque
recoin du bord île l'eau M levaient des souvenirs d'enfance qu'elle avait cru oubliés pendant lant et tant d'années.... C'est que le vieillard « qui revient vers la source première » mal l'effacer l'empreinte des luttes, des agitations, des soucis de la journée pour ne plus se souvenir que des clartés de son aurore ; à mesure qu'il se rapproche de la tombe, il retourne plus près de son berceau !
Dans cette prairie, sa mère en robe mauve s' était penchée pour cueillir des fleurs; là, elle sein il arrêtée pour parler gafment à une paysanne rencontrée sur la route...
Sa mère, toujours sa mère !...
Mais, chose élranere. la vision hasarde, l'afFreux cauchemar des derniers temps s étaient évanouis. La silhouette qu'elle revoyait sans cesse, qui Bottait autour d'allâ daafi ses demi-assoupissements de vieille femme, c'était sh mère transfigurée, redevenue jeune et belle, comme, dans sa foi profonde, elle espérait la retrouver bientôt....
M l,e Nicolle s'alita, pour ne plus se relever, an printemps de l8o5. Kilo avait soixante-douze ans.
Le jeudi :> mai, a dix heures du malin, M" 1 ' Kh>renza heurta discrètement, comme à l'habitude, à la porte de sa chambre ; ne recevant pas de réponse, elle ouvrit... et, dans la pénombre des rideaux tirés, elle aperçut son amie étendue dans son lit, très calme, semblant dormir. Ses mains exsangues s'abar" naient sur la couverture; ses veux étaient clos; un sourire trop beau, trop pur pour être rie ce monde,
idait son visage d'une pâleur mai Be.,.,
Ah ! comme on comprenait, ,'i ta voir ainsi pal
■Me s'était endormie dans le Seigneur pou i veillai de l'attira côté «lu voile I
Le dimanche 5 mai, par une fi i M
une pluie battante, une foule compo toîfil
M ' \ieolle à sa dernière demeure Balon formel, aucun discours ne devait étfl BfOO l'escorte militaire à laquelle elle ai lit ■ I « ■ » • t no fut pas requise. Mais les larmes de plotJMra oeataÎMi
»de femmes du peuple BOl suivaient le convoi étaicni plus éloquent'- - que n'importe quel panégvriqun I n bière de chêne, recouverte d'une draperie liliincl.e. disparaissait sons un tODOO I de StUI ■■' dl
couronnes; et, parmi les roses et Im rji qui II J0U« tenaient, scintillait comme nu point lumineux lu chère récompense, — la croix de la légion d'home Apres le service funèbre, si émouvaol dans II simplicité, célébrée la petite ohapeDc de l.mwil-lîi.' le corps fut ramené à Paris pour i'iohv La famille possédait, an cimetière Mmilparua un caveau où .M "" Nicollc reposait déjà ; sur sa tombe étaient gravés ces mots, d'une signification poignante pour ceux qui connaissaient la vérité : l >■"• mère. Sa fille fut couchée à cote cl VU tr.
Soi sa piene. tombale on aurait [in inscrire, irn lu modifiant un peu, la belle parole appliquée à col entra héros chrétien, William Wilberforce :
Btte est montée à Oiew, tenant (fans .ses mains
1rs rhalnes brisées d'un millier d'esclaves!
Et nous, amies lectrices, qu'aurons-nous à offrir au divin Maître lorsqu'il nous rappellera à lui? Puisque, comme l'a dit sainte Thérèse, «■ <>" n'emporte en mourant que ce qu'on a donné, » quelle gerb lionnes actions, de victoires sur le mal, de sacrih de prières préparons-nous, jour après jour, non pour être sauvées, mais pour témoigner notre amour et notre reconnaissance à Celui qui nous a sauvées ?
Bien rares, sans doute, sont celles d'entre nous appelées à cliemiiiei ilau.s une vnii aussi tragique que Léontine Nicolle ; bien rares aussi celles destinées à accomplir une mission aussi suhlime que l.-i si
Mais la place où nous sommes est celle où Dieu nous veut. Quels que soient notre entourage, nos circonstances, nos facultés, nous avons, de même que lis ouvriers do la parabole, nos « talents » à Faire valoir. Peut-être un don particulier, peut-être nos forces, mitre temps, notre argent; peut-être le rayon <le soled île m; ourirc....
Cultivons-les pour le bien des autres, ces talents précieux dont nous ne sommes que les dépositaires. Mettons-les surtout au service de ceux qui souffrent ; cherchons sans cesse à soulager, consoler, aider et relever nos Btmpaenons île route.
Que nos efforts aient été ou non couronnés de succès, nous aurons rempli notre œuvre, si nous pouvons, au dernier jour, recevoir ce témoignage de notre Dieu et de notre conscience :
— Elle a fait tout ce qu'elle a pu !