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nuantes pulvérulenccs, la Seine, huile et bile, remue en son jaune blafard de perfides langueurs.
A son amoureux tremblement d'indignité ombrageuse devant Dieu, on chercherait un asile. Mais on retombe dans ces noirs rêves, où même les quelques personnes aimées s'oblitèrent adultérées, s'esquivent, où des séparations très proches et abîmées vous laissent vous reperdre en des détresses de fictive léthargie; des fautes inévitables irréparablement ont entraîné là, file fantomatique des lourdes antécédences; on se semble issu d'on ne sait quoi d'inconsistant et d'obèse. Et c'est une torture d'attente de moisir parmi des substructions à demi détrempées aux échos s'étoufTant en une dépravation des souvenirs. Puis, sur ces déroutes nocturnes
les aurores viennent luire, larmoyantes.
Jusqu'aux gens dehors qui apparaissent sous leur forme animale rétrogradée, où se décomposent, se r'embrouiUent les linéaments de la créante splendeur première.
Dans les proverbes de Goya, sur une branche isolée et voyageuse sont rassemblées de muables, fatidiques figures emmantelées, encapuchonnées, comme dérobées, se frôlant, se retouchant en des rapprochements vagues, tandis que chancèlent, somnolent entre elles des confidences, des réticences. Spécialement une larve hydrocéphale paraît de ses yeux enchâssés écouter fixement.
Ce matin, à l'opposé de l'orient se laissant diversement rosir, dans l'ouest désorné même de ses pâles couleurs se
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dédorait le vermeil de la lune, peu à peu elle s'ennébulait en sa rondeur entamée, comme sacrifiée, presque propitiatoire, et de la terre surgissait toujours le monolithe d'Egypte rigide, muet sous ses justes signes originels.
Cet autre matin comme universel sous des nues à bigarrures bizarres où des vert-citrine invitaient non fallacieusement à des joies amères, où des violets un peu flottants déroulaient des pompes d'une lenteur passée, le fleuve continuait de couler élargi entre les quais plus immobiles qu'on dirait qui s'enfoncent, et les eaux en leur amplitude vitreuse adjoignaient de déceptives dissemblances, antiques ou modernes, luxueusement et sordidement véreuses.
Sur le front, sur la poitrine de la pri-
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mitive du musée de Francfort, l'escarbouclc et les perles jouent en silence sans plus d'ambiguïté le drame succinct de la vie, vaine sans la grâce spirituelle qui mortifie, qui surabonde.
Sans plus d'inertie ou de passio.i, alors même qu'elle exprime tous les extrêmes, depuis la pieuvre voracement rayonnante pour soi seule jusqu'à une Sainte Catherine de Gênes, la grande hospitalière transportée à d'intérieures hauteurs où s'est transmué son goût natif pour les fruits jusqu'à avaler d'ordes choses comme précieuses, la Nature s'excède dans ces renouvelantes nuances de sa physionomie, elle se dépasse elle-même vaporante, affective, sereine, s'absorbant imperscrutable.
Voilà déjà plusieurs jours que nous
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avons appris la mort âgée de notre caniche, enseveli dans le jardin d'un presbytère où nous l'avions confié. Et nous continuons, entourés d'ombres chères, non imaginairement ondoyantes dans l'espace en leurs métamorphoses.
Sous une porte cochère deux chats parurent, en de dévoyées prudences, se livrer à des caresses insidieuses, rageuses, importunes. Les yeux de la chatte avaient, parmi la cendre de sa robe, des lueurs éludeuses.
Entre les pierreries, le saphir surtout gêne, peine d'être laïcisé, profané. Il tient secrète la foi en l'absolu imprescriptible, aiderait, par avance ou même par une dormante ressouvenance, à nous dilater en le repos éthéré. Sur le cœur de l'initié
il brille plus loin que les horizons, alors qu'à Dieu ce fidèle offre l'encens de l'adoration essentielle, la myrrhe des repentirs, l'or du plus lumineux amour.
Les formes seraient-elles à Dieu, dont elles émanent, sa parure superflue ou mensongère et monstrueuse, sa représentation mal détaillante et détachée, son image hyperboliquement brisée comme sans plus de réminiscence? mais leur attrait de se transfondre, parfondre en lui, il le couve.
Dieu ne peut ne pas avoir son ombre, démesurément déviante : degrés vertigineusement obscurs ou radieux des possibles.
Il serait désirable de mourir en relisant
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ces paroles théologales de sainte Catherine de Gênes : « Dieu, qui est simple et pur, ne peut recevoir en soi autre chose que le pur et simple amour... O pur amour! la moindre tache vous est un grand enfer. Ceci ne sera cru et compris que de celui qui l'a éprouvé... Esprit nu et invisible, rien ne saurait te retenir à cause de ta nudité. » Paroles de beauté transcendante, qui abreuve.
Dans la célestement blanche Vierge de Filippo Lippi à Florence, les vêtements ont une manière de s'épandre et revenir en voiles, ils se tissent sur cette mère vierge à l'aménité auguste, transparaissante presque. Candidement et avec un étonnement charmé elle adore l'enfant glorieux couché à ses genoux, comme baignant en elle encore. En lui illuminé
ingénument, se forlonge, se noyc leur même rêve atlranchi.
Tout le vice et le malheur est de se détourner, vraiment par fraude, du centre indéfectible, de se retourner à vide sur soi. Les sympathies altérées, on les voudrait par sa prière renouer lotionnées.
L'inquiétude serpente à travers l'étendue en une cauteleuse fantaisie. Dieu seul demeure insoupçonné.
Le rayon vert de la terre la reflète malhabile et exiguë en ses manies.
Dans la nuit, le tic-tac d'une pendule paraît écorcher sèchement l'abîme.
Dans nos chambres, nous apercevons fugitivement comme des égratignures dans l'air.
Notre âme se sent interrompue, elle
souhaite se relier au-dessus d'elle-même. De plus en plus, notre naissance étiolée se prouve une expiation de fautes antérieures pour nous-même et dans la famille, indémêlablement. Faites-nous rentrer en lumière, votre extrêmement tendre lumière, ô Notre-Dame de recouvrance!
L'unique Bible se redécouvre, par les nuits claires, dans les orbes en refuite vers la Présence infuse, tout impénétrablement pénétrante, inamissible.
Aux crépuscules du soir reviennent les nuances amoureusement déclinantes, s'éloignant exhalées; elles charment nos regrets qui, à ces minutes, ne se restreignent plus.
Dans le désert de l'air ensoleillé qui s'empoussière, entre la dureté des quais
comme immuables, la Seine haute et amortie apparaît presque bénignemcnt verte, elle coule, charrie la vie.
L'Esprit, impalpable, immense sous la figure ondulatoire des zones, assagi en son impassible, le rejeter, voilà le péché irréparable qui donne la malemort.
Le mal s'implique dans l'isolement déterminé. Mon amie, elle, se chargerait des misères de certains pauvres chevaux, si fort maltraités.
Parmi les quelques grandes femmes historiques sans sainteté encore, l'indomptable et élancée Corday, la tête coupée aux mains du bourreau qui la souffleté et rougissante, résurrectionne les vierges de Tauride, en une troublante pudicité. Mais quen'a-t-elle plutôt égorgé Robespierre,
« l'homme fouine », disait mon grandpère maternel de studieuse mélancolie!
Et l'ensanglantée de son Géta se réfugiant à vrai dire dans elle contre la fureur de son frère, Julia Domna cette mère infortunée et valeureuse, cette savante et cette sage, conductrice perspicace de l'Empire, cette syrienne d'attirance insigne, de très délicate saveur, fervente d'Apollonius de Tyane, étonne par sa froide philosophie, elle désole d'avoir échoué en ses hauts rêves.
Dans le nord-ouest, au bord de la mer, sous des nues d'une argenture lilacée et l'ondoiement des brises, les eaux agglomérées et diffuses apparaissaient lointaines en leur altération attendrie, elles s'abîmaient indéterminément mou vantes, tournantes en d'anxieuses et ravivantes dé-
lices, et çà et là les vertes vagues voulaient blanchir, plus blêmes. Souple somnolence un rien amère, embaumante, magique miroir ovale des grâces.
Ce matin, à Paris, sous une brume indécidément irisée, non plus flottante, déjà se réabsorbant, la Seine en ses verts d'un or livide faisait songer à une eau hégélienne, presque l'eau même de la mer, « fermentescible, phosphorescente, efHorescente, enveloppée », gonflée du désir de vie, représentant le sens infini de la Triade, dégradant ses nuances vers son unité maternelle, renveloppante.
« Nul ne vient au Père que parle Fils », mais « le Père est plus grand que le Fils ». Ces propres paroles du Christ dans l'évangéliste saint Jean sont d'une théologie
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d'intégralité. Et, par delà la divine apparition, la théophanie des mondes où rayonne Dieu même — leur principe, par delà cette triple hypostase universellement se réalisant de l'Absolu, je me confonds, en une exaltation sagement délirante, devant l'Essence hyperhypostatique elle-même, elle seule. Dieu, en sa pureté indicible, domine le concept même de l'être. Il faut dire, non pas qu'il est, mais qu'il a l'être. Il demeure lui-même, en son hyperessence, au delà de tout attribut. Archée transcendentale, à jamais mystérieuse, il est la substance indéfinissablement une des phénomènes que toujours il engendre et réattire plus intimes, par même la nécessité parfaite de sa nature.
Dans l'église chrétienne, les Pères alexandrins et le seul métaphysicien original du moyen-âge, Jean Scot Erigène,
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furent les seuls à comprendre, soutenir cette doctrine de l'ubiquité ineffable, de l'universalité divine. Naturellement l'église de Rome, prête toujours à se signaler par sa mesquinerie ennemie de la pensée, condamna par concile au milieu même du xuie siècle les écrits de ce seul occidental inspiré de F Aréopagite, l'alexandrin très admirable.
L'enthousiasme et la mansuétude, l'indépendance et la fidélité, les divinations exquises, les hauts liens, Jésus les réalisa.
II fut le régénéré dans l'humanité, comme une transfiguration halènante dans notre pauvre monde. Et ce que le manuscrit thibétain, récemment traduit par un voyageur russe, révèle du respect très marqué de Jésus pour la femme, le rattache, ainsi que ses initiations dans Flnde et la Perse,
à la famille aryenne privilégiée, à la race blanche des fils de lumière. « La femme est la mère de l'univers », ce mot de bénigne clairvoyance chez Jésus nous confirmeavec une joie rare danslasupposition, gardée toujours au fond de nous, que les évangiles canoniques donnaient un Jésus tronqué. Et ce mot encore du saint de Dieu : « le monde, avant d'apparaitre, existait au fond de la pensée divine », ne divulgue-t-il pas le théosophe hindou?
Angèle de Foligno, une bienheureuse pourtant de l'église latine, dit que, dans une de ses visions, ce qu'ineffablement elle a goûté, ce serait un blasphème de le désigner du nom de Jésus-Christ, c'était l'union unique en Dieu même.
Dieu, selon la théogonie de l'Inde, joue avec lui-même dans l'univers, il s'y appa-
rait à jamais et indispensablcment en ses déterminantes dissemblances, en sa familiale, indissoluble image, afin que celle-ci aspire à s'oublier et se retrouver tout ensemble dans la Sagesse.
Selon l'absolue vérité, Dieu se scinde lui-même, — nemo contra Jeum nisi ipse deus, — en sorte de se réconcilier sans plus de contraires, sans plus les réciprocités d'action, de se consommer en l'unification de l'esprit pur. Hegel a très intérieurement vu que Dieu ne s'atteint lui-même que dans son idée adéquate, son vertigineux accord, sa providentielle vertu, sa plénitude toute spiritualisante. Afin d'être digne d'accéder aux penetralia mentis divinœ, aux profondeurs souveraines, les êtres devront franchir les limites de Satan, du Divisé contre soi-même, vaincre, selon la parole du Christ, le monde, c'est-à-dire
la partialité. « Pour cueillir la rose dans la croix du présent, » a dit Hegel, « il faut porter soi-même la croix. » L'univers est donc l'autre inséparable de Dieu. Et les moments différentiels de l'être s'enchaînent et s'entraînent à une victoire, à la paix non-pareille, en l'unité absolue où tout s'interpénétre, « elle-même se cornpénétrant éternellement ».
Le matin aux Champs-Elysées, dans l'éther d'une ténuité qui trop vite s'évapore, l'arbre d'Amérique fleuri semblerait un arbuste prédestiné à des vierges sacrées, par ses blancs roux fondant en une splendeur azurescenre. Et près de la vasque à l'eau morose, le saule pleureur verse la pluie verte et fine de ses ramilles.
Dans la quiescence ce matin de l'atmosphère assez revoilée, l'eau du fleuve
laissait sous les ponts ses verts marbrés violir mémorables, et le rose mort de l'obélisque se gazait d'un violacement éthérisé, et les bruns si peu violis des branches encore dépouillées se mariaient à la blancheur argentinement grise, ici là presque morbidement perlide, des nues retardant les verdoyances printanières.
Dans l'univers — spire indéfinie de la phénoménalité, prolongement pénombral de l'Essence, il n'y a non plus qu'en Dieu de commencement ni de fin. Dieu n'existe qu'en créant toujours, qu'en rayonnant son harmonie. L'original et son reflet se combinent en leur unanime nécessité, indéfaisables; simultanéité prodigieuse, adonaïsée; présence de grâce plus que parfaite de l'Esprit dans l'occulte cristallisation ardente des mondes.
A l'heure de ce matin où dans notre chambre se cassait la glace de l'armoire, précisément à cette heure je retraçais ce mauvais souvenir de soir : la chauve-souris entr'ouvre, déploierait les déchiquetures de sa ténèbre obtuse. Abri louche, impudeur glacée de ces molles ailes de larve moins folles s'il se peut qu'avares, dont le diabolisme confus s'achève en les extrêmes d'une restriction errante.
eBdle, printemps.
Le parfum de vénusté un peu onctueuse des jacinthes, en corbeille dans ce libre jardin près du fleuve, nous surprit dans même la brise matinale, parfum vagabondant qui presque transportait et soudainement dans de l'invisible. Et c'était, comme à nos précédents passages en cette ville de mes préférences, des bébés et de petites gardiennes d'eux plus âgées, en* fants de peuple qu'ici seulement nous avons rencontrés charmants dans leur candeur pâle, douillettement ouverte à la
Nature. Et nous relongeons le fleuve d'or moins cérémonial peut-être que tout absorbé. Sa voix a de ces reprises! tandis qu'il se hâte avec étrangeté — car il demeure imperturbé en sa magnifique ligne de vie, ses remous d'une furtiveté mignonne s'entendent, diminutivement indéfinis. Cela arrête, tel qu'une voix de vous-même revenante et aussi vite redisparue, voix de l'excessif et inconnu désir, incirconscrite et frêle, qu'on ne joint pas, que surtout on ne retrouve. Effleurement sur moi de l'ondine suspirieuse. Le Rhin me rassemble, on le suit en un long amour vers les mers.
Ce soir, plus loin que les splendides ors roses et vermeils et vineux dans la glace crépusculaire du fleuve, de désolés et intacts gris déjà déviolis gardaient une finesse s'enveloutant. Cette eau vaste, fu-
santé à ces minutes en une alchimie ombrée et vive, mirait, mariait de mirifique sorte les teintes divines.
De la galerie du cloître à la cathédrale, on voit en bas à travers les vitres des ogives le Rhin pas alenti en son glissement de givre vert grisé, irisé. Sur le jardin encloîtré donne la rose de pierre au double triangle en carré dans le cercle intégral, rose du rouge temple, à l'opposite de la seconde rose zodiacale — la passagère, l'autre à l'orient offrant la quadrature tant cherchée du cercle et célébrant toute vie qui consiste et se résout en le recueillement absolu.
Le Saint Jean de la Cène, des cartons de Vinci à Weimar, dans la photographie au charbon de Braun achetée ici, le disciple bien-aimé a, en le bas surtout du
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défaillant visage, un allongement d'un haut goût très tendre, et cette suavité affinée se mouille dans l'ombre longuement ronde, comme lunulée, léthéenne des yeux baissés sous les molles et pures paupières.
Des soirs, le Rhin, aux pieds des maisons verticales et percées de fenêtres, curieusement attendantes, encore plus rapprochées et se transfusant dans la brume, coule sa luxueuse nuit d'améthyste, mal dormante, à grandes places paiement argentées se frisant d'aigail. Cette eau, pieuse ensevelisseuse des crépuscules, guérit des ivresses humaines. Sur le pont a passé un berceau, où le bébé renversait vers les altitudes bleues sa mine laiteuse.
En sa rapide, tranquille, ample luxuriance, le Rhin trame des runes chan-
géantes et infinies; elles voguent, se contournent, s'allient, s'effacent pour reparaître en des languidités mais sans jamais tarir. C'est des lignes noyées qui serpentent, de distraites frôleries, comme des jeux évasifs, toutes agiles, subtiles indécisions d'une élégance câline. Figures presque psychiquement confuses : nébuleusement, verdâtrement satinantes, elles s'essayent, se reprennent, se négligent, dévient, et, çà et là, de petits tourbillons continuent à tournoyer follement et si doucement, s'enchantant les uns dans les autres; on ne sait quoi de nous-même s'y va blottir.
A un bout du vieux pont, au bas du quai, c'était sous la lune trop mince et comme fausse d'éclat, c'était dans le fleuve sous un grillage d'ombre immobile une lueur fâcheuse au fond de l'eau passant en
turbulence dans sa métallique lividité. Et cette lueur intruse, mal prisonnière, paraissait affleurer plus équivoque que la lune même, pendant que les brisures de l'eau agitée se renlaçaient vainement à l'ombre grillagée.
A Colmar aux Unterlinden, dans la chapelle d'autrefois de ces très extraordinaires dominicaines du moyen-âge toutes là et comme anonymement coutumières de sainteté, sous cette voûte de grâce chaste, deux tableaux de Matthaiis Griinewald n'aideraient pas moins à tomber à genoux. Dans la Crucifixion, la face d'agonie enfin éteinte, plus éteinte sous les yeux vitreux, a pris, par delà le délire des tortures, une tranquillité convulsée et grisée, une cadavérique magnificence gouttelée de pourpre noire, laissant la nostalgie de
pareillement mourir. Le pagne accable le pharisaïsme par les déchirures royales de sa pauvreté. A gauche du Christ et comme en un avant de la scène un peu reculé, le Baptiste pacifié allonge vers la victime d'innocence volontaire son doigt relevé, farouche, signalant entre eux deux leur grandeur accomplie par leur supplice; le livre de sapience ouvert dans l'autre main et exfolié porte témoignage. Au pied de la Croix à droite, Madeleine agenouillée se renverse, elle proteste on croirait, les doigts haut entre-croisés et crispés, la bouche se trouant d'angoisse, les yeux sous le voile au crucifié toujours, la chevelure d'une blondeur verdie s'égarantsur la robe rose mourante de flamme inondée. Derrière Madeleine la Vierge, droite en ses voiles d'une blancheur dominicale et mortuairement repenchée en arrière entre
les bras du prédiligé, dont la physionomie diluvienne, bruineuse semble incarner, à cette maleheure, le désastre de la Nature, la Vierge, elle, en ses blancs voiles glacés, ombrés d'une timide dernière nuance, apparaît enclose : fantôme de l'oblation plus immaculé. — Dans la T^ésurrecnon, audessus du sépulcre vidé et des gardes en leur armure foudroyés sur la terre assombrie, au-dessus du glissant linceul de glace bleuâtre, le Christ monte, le corps plus grêle en sa pallidité violacée non encore revenu de l'évanouissement, les mains déjà lumineuses s'ouvrant en demi-cercle et entre elles la tête revêtant en une absorptivité la lumière même, tête qui est l'apparition déiforme, foyer d'une auréole à illuminement ternaire, or, pourpre, azur, ce limbe d'un bleu d'aube parsemé d'étoiles. Figure s'irradiant jaune pâle si pure
no
qu'on se trouble à la fixer, que par les yeux d'une eau profonde elle éblouie, ils transpercent! figure transmuée de ce Christ s'infusant dans la toute sphérique resplendissance.
La seule dénomination non trop indigne, univoque, compréhensive de l'indivisible Principe d'immanence extrême et central, serait ce dictame : Dieu seul est. Et Il s'engendre lui-même toujours dans son enfant universel.
oAchevé d' imprimer
le vingt-six juillet mil huit cent quatre-vingt-quatorze