‹ On demande un tyranChapitre 8 sur 23 · LES VAINQUEURS · texte numérisé non relu

LES VAINQUEURS

Grands citoyens, vous êtes aux affaires ; Vous avez le pouvoir, faites régner la loi, La justice et la paix ; traitez le peuple en frères : Appelez le talent, l'esprit, la bonne foi ; Pratiquez les vertus dont vos âmes sont fières.

— Vrai Dieu ! vous plaisantez ! ces superbes vertus Que proclamaient nos drapeaux dans la lice. Désintéressement, simplicité, justice...

Mes chers Messieurs, c'est bon pour des vaincus, Vous qui n'avez plus rien, ni places ni pécune,

Sans murmurer, subissez vos destins, Et laissez-nous jouir de la bonne fortune ;

A votre tour d'être républicains.

Et je finissais par ces mots que je redis volontiers aujourd'hui :

Où courez- vous, demandai-je à la foule !

Vous cherchez le bonheur ? Vous me faites pitié !

Le bonheur dites-vous? — le bonheur c'est la boule

Que cet enfant poursuit tout le temps qu'elle roule,

Et que, dès qu'elle arrête, il repousse du pied.

O triste temps, où, sous l'ombre embaumée

De mes tilleuls où pend le chèvrefeuille en Heur,

Il ne vient à l'esprit, il n'éclot dans le cœur

Que l'épigramme envenimée.

Vous qui me reprochez mon quelque peu de fiel, Et qui me rappelez la poésie aimée, Songez que le bon sens est l'ennemi mortel. Et que Pallas n'osa sortir que bien armée

Du cerveau paternel.

Quelle imprudence de se laisser aller aux vers! en voici encore :

0 le soleil ! le beau soleil !

Qui fait, dans le jardin tout riant et vermeil ! Le rouge est la couleur des roses!

Quand un matin, fraîches écloses, Elles rompent leur bouton vert.

Le vert est la couleur de l'épaisse feuillée. Où la fauvette et sa famille ailée, Mettent leurs amours à couvert.

Le bleu., c'est la couleur du ciel pur de l'automne, De certains yeux pleins d'invincibles traits, Ou des bleuets que, pour mettre en couronne. Les enfants vont chercher dans les jaunes guérets.

Mais quand sur toute la nature, Sur le sol, sur les eaux, sur la molle verdure, Le beau soleil étend ses magnifiques reflets, La couleur du soleil... c'est celle de la vie, Que nous avions senti la nuit nous dérober. C'est un signe, qui dit que la terre est bénie, C'est un regard d'amour que Dieu laisse tomber.

0 le soleil ! le beau soleil !

Qui fait, dans le jardin tout riant et vermeil.

M. Marc Dufraisse qui vient de mourir, était, diton, très en froid avec son parti. Quelques journaux en donnent plusieurs causes un peu au hasard; le Figaro, entre autres, qui vient de faire une publication curieuse, utile, indispensable : le relevé, pendant cinq ans, des votes de tous les membres de la Chambre défunte sur les questions les plus importantes, — s'exprime ainsi, précisément dans le même numéro où il publie le « grand livre de l'Assemblée »; il dit :

« A propos de la mort de M. Marc Dufraisse, député à l'Assemblée nationale, voici un fait assez curieux à rapporter :

» Marc Dufraisse était très-sincère dans ses opinions. Il était républicain, mais non pas embrigadé dans le bataillon sacré des démocrates qui obéissent aveuglément aux ukases venus de n'importe où.

» Or, en 1871, au moment de l'armistice, quoique venant de remplir les fonctions d'administrateur général des Bouches-du-Rhône, puis de commissaire général du Var, de l'Hérault, de la Savoie et de la Haute-Savoie, enfin de préfet des Alpes-Maritimes, il subit un échec comme candidat à la députation de Nice, parce quil s était 'prononcé en faveur de la, paix. »

C'est une erreur, — c'est, au contraire, pour se créer quelques chances que M. Marc Dufraisse se proclamait partisan de la paix, et les députés qui furent alors élus avaient pris le même engagement ; mais, M. Dufraisse, ayant échoué à Nice, où il avait bizarrement mis ou glissé son nom sur les listes de toutes les couleurs, fut élu... ailleurs, et vota pour la continuation de la guerre, ainsi que le Figaro peut s'en assurer en consultant lui-même son travail. Quant aux causes qui l'empêchèrent d'être nommé à Nice, on peut les trouver et dans les Guêpes de ce temps-là, et dans une publication que vient de faire la maison Lévy : « Plus ça change... — ...plus c'est la même chose. »

M. Marc Dufraisse croyait avoir à se plaindre de ses « compagnons d'armes de la république » qui le laissaient systématiquement de côté avec d'autant plus de persévérance, que c'était un homme d'un certain mérite, qui avait, d'ailleurs, après 185% accepté et supporté l'exil avec courage et dignité; — or, dans ce parti pseudo-républicain, on ne veut pas de supériorités, et les nouveaux surtout ne supportent pas auprès d'eux les « anciens » de 1830 et de 1848 qui leur étaient ou leur sont très-supérieurs sous tous les aspects, — exemples : Ledru-Rollin, Louis Blanc, Madier de Monjau, Dufraisse, etc.

Nous avons un sénat. — Paris et Lyon ont trompé quelques espérances, — Paris, que Victor Hugo venait de proclamer la « commune suprême », a fait des choix relativement modérés ; nous en reparlerons tout à l'heure. Lyon, la seconde ville de France, s'est contentée de 31. Jules Favre, un des membres de ce gouvernement, qui avaient juré de se faire tuer jusqu'au dernier et dont aucun ne s'est exposé à la plus petite apparence de danger. M. Favre, — je n'établirai pas ici son dossier, — et M. Valentin, — les deux autres, MM. Mangini et Verret, que quelques journaux intitulent républicains sans épithète, sont désignés par d'autres, le Petit Marseillais entre autres, le premier, comme bonapartiste, le second, comme conservateur.

Mais, parlez-moi de Marseille ! A la bonne heure, c'est Marseille qui passe « commune suprême » et seconde... que dis-je, première ville de France; — Paris avait déjà une infériorité reconnue, il n'a pas de Cannebière, mais cette fois ses élections pâles lui portent le dernier coup.

Marseille a nommé M. Challemel-Lacour, l'auteur de cette phrase célèbre : Fusillez-moi tout ça.

Eugène Pelletan, — celui qui a dit imprudemment le mot d'ordre et la vérité sur l'alliance de MM. Thiers et Gambetta : « M. Thiers est un cheval de renfort que nous détellerons en lui fendant l'oreille quand il nous aura aidés à gravir la montagne. »

Et Alphonse Esquiros — le doux poëte élégiaque qui a écrit :

« En histoire, le mai est un bien dont nous ne connaissons pas les rapports.

» Les révolutions sont des remèdes violents aux sociétés malades...

» Ceux qui acceptent avec amour les idées de 89 et qui reculent ensuite devant la conséquence de ces idées, nous semblent des esprits faibles... La révolution française n'est pas seulement un événement, c'est une moisson, il faut une faux. A la Révolution française il faut la Terreur !

» Esquiros. (Histoire des Montagnards.) » A la bonne heure !

Pour se maintenir à la hauteur de Marseille, pour rester « commune suprême » et capitale du monde — il ne suffisait pas de M. Freycinet qui n'a pas toujours été républicain, il s'en faut, — de M. Hérold, républicain modéré et à peine rougeâtre, — et de Victor Hugo comment classer celui-ci ? il faudrait trouver une expression qui peignît à la fois

le grand poëte et l'homme politique, une nuance particulière désignée par un mot nouveau. Il me semble que la nuance opale serait assez heureusement trouvée — l'opale, cette pierre charmante, réputée heureuse par les anciens — et qui jette de doux et harmonieux rayons de toutes les couleurs du prisme.

Pour regagner son rang, pour rester à la fois capitale du monde et commune suprême, il fallait que Paris nommât MM. Rochefort, Vermesch, Gaillard père et Cluseret.

Essayons cependant de défendre un de ces choix en disant quelques mots de M. Freycinet.

L'avocat maître Gambetta dont les études historiques, philosophiques et morales ont eu pour théâtre les brasseries et les estaminets de Paris, pensant que les combinaisons du billard, des dominos et du bezigue peuvent s'appliquer à la guerre, se crée, de son autorité privée, ministre de la guerre, et s'adjoint... qui?... quelque officier supérieur expérimenté? un des noms glorieux sortis des guerres d'Afrique? un nom dont la notoriété puisse inspirer à la fois de l'orgueil et de la confiance aux soldats?

Pas si bête, — une supériorité ! et l'égalité donc! la sainte égalité — il fallait un homme moins fort que lui, — il choisit un ingénieur des mines complètement inconnu — et, à eux deux, ils nomment dv^ généraux, les dirigent, leur imposent des plans de

campagne et des ordres de. bataille, les louent, les blâment, les révoquent, les injurient et tentent de les déshonorer dans des proclamations boursouflées et mensongères.

Aussi burlesques que madame de Pompadour, qui désignait avec des mouches sur des caries des positions et des opérations pour les généraux, — maître Gambetta et M. Freycinet, celui-ci en réalité ministre de la guerre et général en chef; l'autre se réservant la partie des proclamations, trompette retentissante sonnant loin du combat.

Plus tard, ce même M. Freycinet, lorsqu'une commission lui demanda quelques comptes, eut soin de s'effacer — de repousser toute initiative; il avait obéi au ministère, etc.

« Des ordres personnels? je n'en pouvais pas donner ; — je n'ai jamais donné d'ordres formels. »

Le général d'Aurelles de Paladine :

« Vous donniez des ordres; j'en ai reçu; je les ai, écrits de votre main. »

M. de Freycinet :

« Ce n'étaient pas des ordres impératifs. »

Hier qu'il s'agissait de sa nomination au sénat, il disait : « J'achèverai mon œuvre » ; — qu'est-ce que son oeuvre % M. Thiers n'a-t-il pas dit, pièces en main : « La résistance simulée de ces fous furieux nous coûte la moitié de nos pertes en hom-

mes, en territoire et en argent ». — Est-ce cela qu'il faut continuer?

C'est M. Freycinet qui écrivait au général d'Aurelles, le 3 décembre 4870.

« Il me semble que vos divers corps ont agi plutôt séparément que simultanément :

» Je suis d'avis que dorénavant vos corps soient le plus concentrés possible.

» Il me semble que le 16me et le 17me corps sont un peu trop développés sur la gauche..., etc. »

Et le 4 décembre :

« Jusqu'ici vous avez été mal engagé, — opérez comme je vous l'ai mandé. »

Il est vrai que le 24 novembre il lui avait écrit :

« Je suis satisfait de vos mouvements quant à présent. »

Puis un jour que le général d'Aurelles a battu les Prussiens — MM. Gambetta et Freycinet écrivent aux préfets que le général a trahi, — et M. Gent, le préfet de Marseille, affiche sur les murs :

« Une troisième trahison — l'armée de la Loire est honteuse d'avoir fui sur l'ordre d'un chef que nous avons appris à connaître.

» Le Préfet des Bouches -du- Rhône, muni des pleins pouvoirs administratifs et militaires,

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