LE PARAPLUIE DÉ FRANCISQUE SARGEY
gros manche solide, de grosses baleines à la fois rigides et souples, et de la bonne grosse étoffe dont on ne connaissait pas la fin.
» Quelle différence entre ce robuste ustensile et les bibelots, car ce sont de véritables bibelots, dont on se sert maintenant pour s'abriter des intempéries.
» Les parapluies d'aujourd'hui ne sont pas plus gros que des anguilles et même des anguilles à tricoter^ comme dit mon petit garçon, qui a la rage des calembours.
» Vous ne sauriez vous imaginer le plaisir que me causa la possession de mon pépin.
» D'abord, venant de la veuve Michu, ma tante, ce parapluie était sacré pour moi, et puis, c'était mon premier parapluie !
» Car, autrefois, on ne donnait pas de parapluies aux enfants, comme on fait aujourd'hui.
» Quand il pleuvait, les enfants s'abri-
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taienl sous le parapluie de leurs parents, ou alors ils couraient sous l'averse, et, mon Dieu, ils n'en mouraient pas.
» La race était-elle plus robuste que maintenant, ou bien est-ce des idées qu'on se forge ? Je n'en sais rien.
» Toujours est-il qu'on élève actuellement les enfants dans du coton et qu'ils sont loin d'être aussi vigoureux que les enfants de mon temps.
» Pour en revenir à mon parapluie, je le soignais comme la prunelle de mes yeux, et quand j'entrai à l'Ecole normale, ce fut la main droite appuyée sur mon vieux riflard.
» La première année, tout se passa bien.
» Mais le troisième dimanche de ma seconde année à l'École (je m'en souviens comme si c'était hier), il m'arriva de rentrer le soir sans mon parapluie.