LE PARAPLUIE DE FRANCISQUE SARCEY
» Je ne m'en aperçus que le lendemain matin.
» Mon désespoir, vous le voyez d'ici! Et il était si sincère, mon désespoir, si poignant que pas un de mes camarades ne songea à m.e blaguer.
» Au contraire, chacun s'ingéniait à se rappeler où j'aurais bien pu oublier mon parapluie.
)) Il faut avouer que, ce dimanche-là, on avait un peu plus bu que ne le comportait notre soif. Sans être des ivrognes, les jeunes gens se laissent quelquefois entraîner.
» Edmond About, qui conservait toujours son sang-froid dans ces circonstances, m'affirma que j'avais dû laisser mon parapluie dans un petit café disparu depuis, mais qui était situé tout au haut de^ la rue Soufflet.
» Je ne fis qu'un bond chez ce limonadier.
» Sur Taffirmation du garçon qu'il n'avait rien trouvé, je rentrai, fort désolé et tout penaud, à l'École.
» Pour comble de malheur, le dimanche suivant, il pleuvait à verse ; je me résolus à acheter un nouveau parapluie.
» Précisément, tout près de l'École, rue de la Vieille-Estrapade, il y avait un maï*chand, disparu depuis, et remplacé par un ferblantier.
» Quelqu'un se trouvait dans la boutique quand j'entrai, et ce quelqu'un, en m'apercevant, devint rouge, vert, bleu, de toutes les couleurs !
)) D^abord, je ne compris rien au trouble de cet homme ; mais bientôt, le mystère s'éclaircit.
» Cet individu si mal à son aise devant moi, n'était autre que le garçon de ce café