‹ On ne passe pas ! ou le Poste d'honneur, vaudeville en 1 acte, de MM. de Villeneuve et Masson... [Paris, Palais-Royal, 6 juin 1835.]Chapitre 1 sur 19 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ULRIC en faction , QUELQUES OFFI- Cl ER S causant en groupe au milieu du théâtre, D’HART MAN N sortant de t hâ/eL puis LE ROI.

d’hartmann, avec empressement. Le roi î messieurs, le roi!

(Le groupe se sépare et les officiers viennent sc ranger devant l'hôtel. )

I.E ROI, avec mauvaise humeur. Oui, de par Dieu! Elisabeth-Christine , duchesse de Brunswick-Wolfenbiittcl, votre affront sera vengé et vous serez notre bru, ou, s’il se refuse encore à vous épouser, je fais déclarer en cour souveraine maître Fritz, notre fils aîné, indigne de porter la couronne royale de Prusse et de s’appeler jamais Frédéric deux !

d’üartmann. Sire, votre état d’irritation m’afflige infiniment.

I.E roi. Vous êtes un imbécilleconseiller et je vous conseille de vous taire... Cela lue fait du bien; d’ailleurs pourquoi me gênerais-je ?.. je ne suis pas de ces souverains de parade* qui font île la royauté un rôle de comédie, et qui grimacent un sourire pour cacher leur mauvaise humeur...

quand Frédéric Guillaume est en colère

il veut qu’on le sache à Berlin... entendez vous!

Air : Vaudeville de t Album.

Je tais qu’on dit chez les rois mes confrères ,

Qu’à 1’étiqaette, ici, je n’entends rien :

En beaux manteaux ils font mal leurs affaires. .. Pour leur habit changerais-je le mien ?

Je me mets mal ; mais je gouverne bien.

Leurs septres d’or , qu’à bon droit je condamne , Assez souvent te brisent en éclats ;

Mon sceptre, à moi, le voilà... c’est ma canne. Qui frappe, plie, et qu’on ne brise pas.

d’üartmann, à part. Ily aura des habits battus à la cour ce soir; pourvu que cela ne tombe pas sur le mien.

le KOI. Et au (ait, comment ne serais-je pas furieux?., ma politique d’accord avec la raison me fait rechercher l’alliance de Ferdinand-Albert de Brunswick; sur la foi de ma parole royale, il envoie la princesse, sa fille, à Berlin, et voilà que monsieur mon fils, s’inquiétant peu de bouleverser tous mes projets, se permet de dire en ma présence, devant mes gentilshommes et presque au nez de sa future qui allait ctre présentée à lacour' « Ma foi. le roi mon père peut épouser Elisabeth-Christiue si cela lui fait plaisir ; quant à moi, je refuse même de la voir... je n’aime pas les blondes...» ( Brandissant sa canne.) On vous en donnera des brunes, mon gaillard.

d'hartmann. Le propos est léger; je le trouve même d'autant plus déplacé qu’on s’est empressé de le rapportera la princesse, qui s’eu est fort offensee , cela se conçoit: elle est jeune et jolie!

I.E ROI , marchan t sur d 1 Hartmann qui recule. Et quand elle serait vieille et laide ! si je veux qu’il l'épouse, il l'épousera.

d'hartmaxn. Certainement, sirejl’obéissancc n’en aurait même que plus de mérite; et si j’étais à la place du prince Frédéric...

LE ROI. Si vous étiez à sa place , comme vous n’ètes pas mou fils, vous seriez déjà fusillé !.. Ali ! c’est-à-dire que j’aurai assemblé le conseil pendant quinze jours pour délibérer sur un mariage convenable?., que j’aurai expédié vingt courriers de Berlin à Brunswick?., qu’on aura crevé *'*•- mes meilleurs chevaux et doublé les appoiutemens d’un ambassadeur?., et quand * , ’ tout est réglé, signé entre les deux cours amies , il faudra que je cède ensuite au premier caprice d’un fou ; mais, pour me résister ainsi, on a donc oublié que j’ai battu le grand Charles XII à Stralsund, malgré mon estime pour cet illustre capitaine?.. que j’ai conquis la Pomérantie en dépit de la Russie eldel’empire? et qu’enfm j’ai créé, par la seule puissance de ma volonté, une armée permanente de quatrevingt mille hommes dans ce pays où l’on disait impossible de tenir plus de douze mille combattans sur le pied de guerre...

Non! non! prince royal de Prusse, on ne vous souffrira pas une pareille insubordination. J'en ai fait plier sous la discipline qui avaient de plus grandes moustaches que vous.

d’hmitmwn. Il est vrai que les grenadiers de votre majesté sont connus pour les premiers automates de l’Europe. { Désignant Ulric, qui depuis l’entrée du roi est resté les yeux fixes, le rorps immobile devant la guérite en présentant les armes. ) Begardcz celui-là, sire... il a l’air d’une bûche coiffée d'un chapeau.

LF. ROI, se tournant vers Ulric. Grenadier! es-tu fatigué de présenter les armes?

( U trie répond par un signe de trie.) Oui!., en ce cas attention au commandement...

portez arme ! arme au bras et promènetoi.

(Ulric exécute tous ces moananu avec précision et raideur.)

D’HARTNANN. C’est admirable, il a l’air d’être à ressorts.

le roi. Vous médisiez donc , conseiller d’Hartmann, que le prince Frédéric av

thIstml.

essayé hier de quitter le village de Buccholz que je lui ai désigné pour son lieu d’exil ?

d'hartmann. J’ai lu cela sur le rapport de mes agens.

le roi. Eh bien! je vous envoie pour le reste de vo3 jours dans la fortrresse de Custrin.

d’hartjianv. Moi, sire!

LE ROI. Oui, je vous y envoie, si maître Fritz rompt son ban et reparaît à Berlin sans que vos agens noie prennent au collet et ne le conduisent au premier corps-degarde , comme un vagabond sans aveu et sans asile.

d'hartmaaN. On se conformera aux intentions paternelles de votre majesté.

le noi. Mon intention !.. c’est qu’il ne reparaisse ni dans ma cour ni à la ville avant de m’avoir offert sa soumission....

bien mieux, je ne lèverai sou exil que lorsqu’il m’aura fait présenter un écrit signé de la princesse Elisabeth-Christine qui me prouvera et le repentir de l’oflenseur et le pardon qu’elle lui accorde.

d'uartmann. Alors, cela sera difficile ; car la princesse est fort irritée et le prince est... enfin, il a du caractère.

LE roi. Dites que c’est un entêté !...

parbleu ! avec la belle éducation qu’il s’est donnée : monsieur voit les savans, il étudie les astres, il joue de la flûte, il fait des vers et écrit à un certain Voltaire... ah !

s’il était dans mes états celui-là... puisqu’il aime tant à faire du bruit dans le monde... j’en ferais un tambour de mes grenadiers et je lui donnerais de ma canne sur les doigts pour lui apprendre à tenir ses baguettes.

d’hart* vsiN. Ca pourrait l’aider s’il n’a pas les dispositions nécessaires.

le noi Mais il se fait tard, rentrons au palais, messieurs, (cl d'Hartmann.) C'est vous qui m’accompagnerez ce soir dans ma mode de nuit... voilà U"ois jours que je n'ai rendu visite aux sentinelles... {A un ujficier . ) Quant à cet hôtel, où j’ai logé le princesse Elisabeth-Christine et sa suite, jt veux que demain à la grand’garde on choisisse les plus beaux hommes pour les mettre en faction à toutes les issues, même à cette petite porte du parc. .. c’est un poste d’honneur.

d’hartviaxn. Est-ce que votre majesté n’est pas contente du factionnaire qu on y a mis ce soir.

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