‹ On ne passe pas ! ou le Poste d'honneur, vaudeville en 1 acte, de MM. de Villeneuve et Masson... [Paris, Palais-Royal, 6 juin 1835.]Chapitre 15 sur 19 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

EDITH, LE ROI, D’HARTMANN, tenant une lanterne , qu 'il cache sous son manteau.

D HARTM awv , à part. Il fait de moi un fanal ambulant.

LE roi, criant aux oreilles d’Edith. Grenadier !

EDITH , se retournant avec frayeur , à part. Encore un caporal., je suis perdue!

le roi à d’Hartmann. C’est singulier, je ne lui vois pas de moustaches.

d’hartm vnn. Ça ne s’oublie pourtant pas à la caserne.

le roi, à Edith. Eh bien ! soldat, tu ne connais donc pas ton devoir?

edith. Si fait ! ( A part. ) Que faire ?

( Présentant les armes.) Qui vive ?

d’hartmann. Ah ! la drôle de petite voix.

le roi. Et la manœuvre aussi est singulière. Il se passe ici quelque chose d’étrange! Nous allons voir. ( Prenant la lanterne des mains d’Hartmann.) Donnezmoi fa.

edith , à part. J’cn ai le frisson... je vas me trouver mal.

lf. noi, » Edith. Avance ici, blanc-bec!..

( La regardant avec sa lanterne.) Le diable m’enlève, c’est une femme !

d’iiartmann. Une femme !

(Il» «ont sni»i« de qnelqnri aoldats qni relient dans le Tond.)

LE roi. C’est fort bien... je suis content... toutes les sentinelles sont à leur poste.. . il ne me reste plus qu’à inspecter celle- ci.

d’harthann, à part. Voilà qui est étonnant.... il n’y aura personne de puni ce soir...

EDITH , regardant toujours par-dessus le mur. Si c’était un malfaiteur, ou un conspirateur...

le roi. Pourquoi donc ce soldat ne criet-il pas qui vive !

d’harthann. C’est peut-être qu’il ne nous voit pas...

le roi. Parbleu, je m'en aperçois. . .

puisqu’il nous tourne le dos...

edith. Et Ulric , qui ne vient pas me relever...

le roi. Levez donc un peu votre lanterne, conseiller... voilà un grenadier qui ne fait pas l’effet d’avoir la taille.

d’hartMann. Ça dépend de la perspective.

le roi. Mais du tout, approchez-vous donc.

MACASUI THEATRAL.

' LE ROI. Voyons, réponds, de quel sexe

es-tu ?

Edith. Du féminin , caporal.

d'iiarthavn. Caporal ! elle ne connaît même pas son roi.

Edith, tombant à genoux. Le roi!.. AL!

sire, de grâce !..

LE HOI. C’est bon... nous verrons ça...

Avant tout, tu vas me dire de quel régiment tu fais partie.

EDITH. De celui des marchandes de modes, sire.

LE ROI. Et que faisais-tu là?., surtout dis-moi la vérité, ou sinon...

d’hartmann. Pauvre petite! il est capable de la traiter militairement.

EDITH. Vous ailes la savoir, la vérité, sire, et bien vraie... comme je suis une honnête fille.

LE ROI. Encore une fois , que faisaistu IA ?

EDITH. Je tenais la place de mon futur, qui est allé boire avec mon père pour décider notre mariage...

LE ROI. Un grenadier}... quitter son poste!..

EDITH. C’est moi qui l'ai engagé A le faire , sire... D'ailleurs, je le gardais si bien , que ça revenait absolument au même.

d’hartm axs, à part. Il y paraît.

LE mot. Ah ! voilà comme on observe la discipline... Cela demande un exemple.

Edith , à part. Il me fait frémir, (//uk/.) Si vous voulez, sire, je peux l'aller chercher ; ce n’est pas bien loin , chez mon père... il reprendra sou fusil , et tout sera dit.

LE ROI, sans l’écouler. Conseiller, vous allez conduire ce soldatde contrebande au premier corps- de-garde ; et, quant à l’autre coupable, il s'expliquera demain devant le conseil de guerre que je présiderai moi-même.

editii. Moi, au corps-dc-garde?.. lui devant le conseil de guerre ?.. Ah ! majesté, vous n’aurez pas assez mauvais c«ur pour ça...

LE roi. D'Hartmann , exécutez mes ordres : débarrassez-moi de feue jeune fille; et, comme le poste ne peut rester inoccupé, c’est moi qui le garderai... Je suis htm aise de voir la figure que fera le déserteur quand il reviendra pour relever la sentinelle.

editii , à part. Et pas moyen de lui faire onleudre raison!

d’habtmasn. Comment , sire ! vous abaisser à remplir l’ollice d'un simple soldat!

le roi. Silence !

Aik : Je n'ai pas vu ces bosquets de laurier* C’en ctt assez... taisez-vous, conseiller.

Vous avez dit une sottise énorme...

C’est pour prouve, que je sais mon métier Que ton me voit tenir A l’on i forme...

Soit su conseil ou bien soit su combat ,

En tons les temps je veux rester fidèle.

Maigre son titre, un roi n’est qu’un soldat ,

Car pour veiller au repos de i’ctsl

C est lu première sentinelle.

Vous m’avez entendu, éloignez cette petite.

EDITH. Mais, sire, éroutez-moi.

LE ROI. Pas de réplique... Conseiller, commandez vous-même ce peloton, et sortez...

d’hartmahn. Oui , sire... (Apart.) A présent il faut que je fasse le métier de caporal. ..Diable d'homme, il met les fonctionnaires à toutes sauces. ( Haut.) Grenadiers... par le flanc gauche... droite...

par file à droite... gauche... en avant , in arche...

(Os sortent.)

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