‹ On ne passe pas ! ou le Poste d'honneur, vaudeville en 1 acte, de MM. de Villeneuve et Masson... [Paris, Palais-Royal, 6 juin 1835.]Chapitre 16 sur 19 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LE ROI , puis ULRIC.

LE roi. Cet imbécille de conseiller, qui s’imagine que je compromets madignite! . .

Et si je ne veillais avec grand soin au maintien de la discipline, que deviendrait donc tua belle armée ?. . Oui ! oui ! ce soldat sera puni... je ne lui ferai pas plus grâce qu'à maître Fritz , ce mauvais sujet qui a osé braver ma colère et se soustraire à l'exil qu’il avait mérité... Mais attention, voici quelqu'un.

ulric | rentrant un peu gris.

Air : Faisons la paix*

F.nCn j'ai bu.

Je l'ai connu

Ce vin dont j'eraignais la puisunce.

D'que! préjugé j’c tais imbu !

J'étais triste et voilh qu'tout danse.

C'est entendu ,

Quand on a bu.

On dirait que tout l'inonde a bu.

LE roi, à part , Voilà un gaillard qui ne me paraît pas être à jeun.

ULRIC , à lui même. Je ne sais pas si c'est le vin qui fait tournet la ville, ou si c’est moi qui tourne autour du quartier ; mais voilà plus d'une heure que je cherche mon chemin sans pouvoir mettre la main dessus.

LE roi, ù part. Serait-ce mon coquin de soldat ?

ULRIC, cherchant à s’orienter. Oh ! mais j’y suis ; voilà le poste oit j’ai laissé la jolie sentinelle que je viens relever de faction... Diable de père Nathaniel , avec son vin dit Rhin... Je ne sais pas ce qui

•n ni nui ns !

rue passe par la tête; mais pour un rien je ferais des folies indignes.. . Voilé ma petite Edith... attends... attends... nous allons rire.

(Il recule de quelques pas.)

LE ROI, à part. Il paraît que ce u'est pas lui ; n’importe, en voilà encore un qui couchera ce soir au cachot.

LLRIC , qui a été à V extrémité du théâtre, revient au pas de charge vers ta guérite. R’ian plan plan plan plan plan plan...

LE roi , à part. Dieu me damne! il veut me prendre d'assaut.

LLRic. Me voilà !

LE ROI. Hein ?

L'lric. Oh ! comme tu as la voix fclêe!

c’est le froid peut-être... tu as eu froid, mon pauvre petit chat.

LE ROI, à part. S'il savait à qui il parle!

LLRIC. Je te dirai donc que j'ai vu ton père, nous avons un peu bu, nous avons même trop bu, mais, enfin.

Ai k : Nous nous marierons dimanche.

C’bon pèr’ Nathanicl,

Il fut doux comm* miel Dès b première bouteille ;

Au second flacon Y nMisait plus non ;

La troisième fit merveille.

Vient la liqueur,

Eu ma favAir Il penche :

Y m'donne enfin Ton cœur, ta main...

Si blanche 1 Je paie aujourd'hui T'embrasser ici :

Nous noos marierons dimanche.

le roi , à part. Nous verrons tout cela demain devant le conseil de guerre.

ulric. Il n’y a plus que la difficulté de mon congé., mais, puisque le vin me rend si hardi, je m’en donnerai un jour à faire ■ frémir, et puis, quand je me sentirai la tête bien tapée... enfin, quand je meverrai présentable... j’irai devant le roi comme je suis devant toi.

LE ROI , à part. Diable ! ceci devient curieux.

ulric. Et il aura beau rouler ses gros vilains yeux sur moi et lever la canne des grandes manœuvres, je lui dirai : Sire, un homme n’a que sa parole, et un roi doit être un homme, saperlotte !

le roi. à part. Où veut-il en venir?

ulric. Voilà l’aiTaire en deux mots...

tout prince que vous êtes, vous seriez mort et enterré, si un brave grenadier ne s’était jeté à Strabund entre vous et le sabre d’un hussard du roi Charles XII...

le roi. Que dit-il ?

ulric. Vous aviez promis de vous souvenir du brave Ulric.

le roi. En effet.

ULRIC. A cette heure le pauvre bonhomme n’a plus rien à vous demander...

puisqu’il est mort sur le coup... Il ne reste de lui que son fils qui est là devant vous... l’état de service de son père d’une main... et de l’autre sa demande de congé... voyons si vous avez de la mémoire.

LE roi , à part. Oui. .. j’en ai, car je me rappelle parfaitement ce trait de courage.

ULRIC. Voilà ce que jedirai au roi; mais pour ça faudra que je boive. Qu’est-ce que tu crois qu’il me répondra ?

LE ROI , avec sa voix naturelle. Ce qu’il te répondra ?

ulric. Miséricorde ! ce n’est plus Edith, elle a quitté le poste.

le roi. Tu veux le savoir ?

ulric. C’est le roi... Ah ! me voilà propre !

le roi. Que le roi accorde tout en ro- * connaissance d’un si grand service , tout , excepté la grâce d’un déserteur, tmand même le coupable serait le fils du brave homme qui l’a sauvé.

ULRIC , dans le plus grand trouble. Oui , sire... oui.... oui , j’entends bien... e’est absolument comme s’il n’accordait rien du tout.

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