ULRIC, EDITH
Edith. Comment! vous êtes l.i.. . Qn’cstre que vous faites dans c’ quartier, plutôt que de venir au carrefour de la fontaine, comme nous en étions convenus ?
ULRIC. Est-ce que je pouvais, puisqu'on m’a rais en faction ici, où je m'ennuie tout en pensant à toi ?
EDITH. Vraiment, mon pauvre (Üric?
et moi qui te soupçonnais...
ULRIC. Je crois bien, tu devais même joliment t’enuuyer aussi, à voir passer l’heure et couler l’eau de la fontaine.
Edith. Sans doute, monsieur, et j’y serais encore si je n’avais pas eu à |iortcrce bonnet chez la princesse Elisabeth Christine, qui demeure ici prés sur la grande place.
ULntc. Dis donc... je suis sûr que chaque fois que tu apercevais, de loin, un militaire... un bel homme... ton petit cœur battait... et tu disais : C’est lui...
mais pas du tout, le bel homme passait et ce n'était pas moi.
Edith. Non, monsieur, mon cœur ne se trompe pas sur votre compte, et quand je vous attends, je verrais passer tous les beaux hommes de Prusse, que je tié dirais pas : C'est Ulric. Je te reconnais trop bien pour ça.
ulric. Est-elle gentille, mon Edith! Tu vas rester là, n’est-ce pas?... nous allons finir la faction ensemble... u'y en a plus que pour une heure et demie... 11 fait peut-être un peu froid; mais c’est égal, nous parlerons de notre amour ; je te prêterai ma capote, ça nous tiendra chaud.
Edith. Rester là... mais c’est qu'il faut que tu viennes tout de suite avec moi, chez monjière.
l'Lnic. Tout de suite... c’est donc bien pressé ?
*edith. Je crois bien... il s’agit de mon mariage !
ulric. Bah!... tu lui as donc parlé de moi?
EDlTn. Certainement... et ils’rsl fàclié...
H m’a grondée et m’a signifié que décidément je ne serais jamais ta femme.
ulric. Qu’est-cc que tu m’apprends
EDITH. Tu sais bien qu’avec lui le dernier qui parle a toujours raison....
llloum, le forgeron qui me faisait la cour, l’a emmené ce matin boire au cabaret... l’a grisé... et comme mon père a le vin sensible , il a été touché de son amour pour moi... Il a juré que Bloum serait son gendre... et c’est ce soir, à dix heures, qu’on va signer le contrat.
ulric. Comment! et tu viens m’apprendre ça tranquillement... mais v’ià notre mariage flambé.
Edith. Sans doute, il n’y aurait plus d’espoir si tu ne faisais auciîne démarche auprès de mon père; mais en allant bien vite le trouver... en lui peignant ton désespoir... et surtout en le regrisant un peu...
ulric. C’est bien facile à dire ça... mais quand on est en faction...
editu. Songe donc qu'il s’agit de notre bonheur...
ulric. Ce n’est pas des raisons à dire au caporal... n'y a pas de bonheur qui tienne avec la consigne... on vous plante là... et puis, sois heureux si tu peux; mais promène toi... C’est ma faute aussi... dire...
que je n’ai pas pensé une seule fois à conduire le père Nathaniel au cabaret... Ce n’est pas l’embarras... j’ai horreur du vin... je méconnais.... je perds la têt# pour un rien... et j’aurais peut-être fait quelques malheurs. Dieu! faut-il qu’un coup comme celui-là vienne nous frapper au moment où j’étais si content !
EDITH. Et content de quoi?
ulric. Parbleu! regarde... cette belle bourse, elle est à moi.
editii. Comment, une bourse pleine d’or... et de beaux frédérics tout neufs...
Qu’est-cc qui t’a donné cela?
ulric. C’est un Anglais... encore s'il était resté là, cet honnête jeune homme, qui ne demandait pas mieux que de garder mon poste à ma place.
EDlTn. Quel malheur que tu l’aies refusé !
ulric. Je le devais... il ne s’agissait que de ma fortune. Mais à présent, qu’il s'agit de mon Edith, c’est bien différent.
editii. Eh bien! mais attends donc...
il y a un moyen.
ULRIC. Je n’en vois pas.
edith. Que ne me donnes-tu cette capote et ce fusil, à moi?
ulric. Par exemple, est-ce que tu saurais jamais?
edith. Certainement ; ne vais-je pas tous les dimanches voir manœuvrer les troupes sur la place du château... Tiens,