SCÈNE IX
allé vingt fois chez votre avoué. Il demeure un peu loin, mais qu'importe ? Ce n'est pas là ce qui vous^ occupe — ^non, madame, vous ne m'aimez pas.
LA COMTESSE
>^e vous demande bien pardon ; mais quel galimatias meiaites-vous là ?
LE MABQUIS.
Je ne dis que l'exacte vérité ; mais puisque vous ne voulez pas l'entendre, je me retire. Adieu, madame.
LÀ tJOMTESSE.
Savez- vous une chose, Marquis ? c'est que les distractions ne plaisent qu'à la condition d'être plaisantes. Quand vous prenez le chapeau du voisin, ou quand vous appelez le curé "mademoiselle," personne ne songe à s'en fâcher ; mais il ne faut pas que cela vous encourage jusqu'4 perdre tout à fait le sens, et à parler, pour une robe feuille-morte, comme un homme qui va se noyer; car vous comprenez que dans ce cas-là» notre part à nous, qui vous voyons faire, ce n'est plus de la gaieté, c'est de la patience, et il n'est jamais bon d'avoir affaire à elle; c'est l'ennemie mortelle des femmes.
Cela veut dire que je vous importune. Baisqn de plus pour m'éloigner de vous.
LA COMTESSE
En vérité, vous perdez l'esprit.
LE MABQUIS.
De mieux en mieux. — Que je suis malheureux 1
LA COMTESSE
Vous ne soupez pas avec moi ?
LE MABQUIS.
Non, je m'en vais. — Adieu, madame.
(Il s'assied dans nu ooiii.)
LA COMTESSE
Ma foi, faites ce que vous voudrez, vous êtes intolérable et incompréhensible. Tenez, laissez-moi à ma musique. Qu'est-ce que c'est que cela ?
(Elle se retourne vers le piano, et lit tout bas ce qu'il y a but la romance.)
LE MARQUIS, OSSÎS,
Elle que j'aimais si tendrement ! faut-il que j'aie pu lui déplaire ! qu'ai-je done fait qui l'ait offensée ? Quoi! je viens ici, le cœur tout plein d'elle, mettre à ses pieds ma vie entière; je lui fais en toute confiance l'aveu sincère de mon amour ; je lui demande sa main le plus clairement et le plus honnêtement du monde, et elle me repousse avec cette dureté! C'est une chose inconcevable ; plus j'y réfléchis, moins je le comprends.
(n se lève et se promène à grands pas sans voir la Ck>mteflse.)
n faut sans doute que j'aie commis à mon insu quelque faute impardonnable.
LA COMTESSE, lui présentant le papier quand il passe devant
elle.
TeneZy Yalberg, lisez donc cela.
LE MARQUIS, de même.
Impardonnable? ce n'est pas possible. Quand je la reverrai, elle me pardonnera. Allons, Germain, je veux sortir. Oui, sans doute, il faut que je la revoie. Elle est si bonne, si indulgente ! et si gracieuse et si belle ; pas une femme ne lui est comparable.
LA COMTESSE, à part.
Je laisse passer cette distraotion-là.
LE MABQxns, de même.
Il est bien vrai qu'elle est coquette en diable, et paresseuse ... à faire pitié ! Son étourderie continuelle . . .
LA COMTESSE, présentant le papier.
Le portrait se gâte. Monsieur de Yalberg !