‹ On ne saurait penser à tout: proverbe dramatiqueChapitre 26 sur 38 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

répète ce qne sait tout le inonde, qu'on voit en vous toutes les qualités, comme tous les talents et toutes les grâces ?

li COMTESSE.

Mais vous oubliez que je suis coquette, paresseuse à faire pitié, et étourdie, surtout étourdie...

LE mâbquis.

Qui a jamais dit cela, madame ?

LA COMTESSE

Un de mes amis.

LE MÂBQUIS.

Un impertinent.

LA COMTESSE

Pas toujours. C'est un original qui fait des portraits ^ devant son miroir, et qui les peint à son image. De- » vinez-le. C'est un diplomate qui est assez bon musicien; un poëte connaisseur en étoffes; un chasseur très-dangereux pour ïa haie du voisin, très-redoutable au whist pour son partenaire ; un homme d'esprit qui dit des bêtises; un fort galant homme qui en fait quelquefois ; enfin, c'est un amant plein de délicatesse qui, pour gagner le cœur d'une femme, lui adresse des compliments par usage, et des injures par distraction. \

LE MÂBQXnS.

Si j'ai commis celle-là madame, ce sera la dernière de ma vie, et vous verrez si dans ce voyage...

LA COMTESSE

Mais ce voyage, est-ce que j'y consens ?

LE MASQUIS.

yous avez dit : Oui.

LA COMTESSE

J'ai dit presque oui. Entre ces deux mots-là il y a tout un monde.

LE MABQUIS.

Consentez donc, madame, et ce portrait que vous venez de faire, ce portrait ne sera plus le mien. Oui, s'il est ressemblant aujourd'hui, c'est grâce à vous, je le proteste. C'est le doute, la crainte, l'espérance, l'inquiétude où j'étais sans cesse qui m'empêchaient de voir et d'entendre, de comprendre ce qui n'était pas vous. Ne me faites pas l'injure de croire que j'aurais perdu la raison si je vous avais moins aimée ; je l'avais laissée dans vos yeux ; il ne vous faut qu'un mot pour me la rendre.

LA COMTESSE

Ce que vous dîtes là me donne une idée plaisante, c'est qu'il pourrait se faire que, sans nous en douter, nous nous fussions volé notre raison l'un à l'autre. Vous êtes distrait, dites-vous, pour l'amour de moi, peut-être suis-je étourdie par amitié pour vous. Ditesdonc, Marquis, si nous essayions de réparer mutuellement le dommage que nous nous sommes fait ? Puisque j'ai pris votre bon sens, et vous le mien, si nous nous conduisions tous deux d'après noB conseils réciproques ? Ce serait peut-être un moyen excellent de parvenir à une grande sagesse.

LE MABQUIS.

Je ne demande pas mieux que de vous obéir.

LA COMTESSE

n ne s'agit pas de cela, mais d'un simple échange» Far exemple, je suis paresseuse, vous me l'avez dit...

LE MABQUIS.

Mais, madame...

LA COMTESSE

Vous me l'avez dit, et j'en conviens. Vous, au contraire, vous remuez toujours; vous revenez de la chasse quand je me lève; vous avez sans cesse les

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