‹ On ne saurait penser à tout: proverbe dramatiqueChapitre 6 sur 38 · SCÈNE I. T · texte numérisé non relu

SCÈNE I. T

GEEMAIN.

Non, monsieur, elle soupe.

LE BÂBON.

Antre cervelle fêlée ! Beau voisinage pour un fou !

GERMAIN

Mon maître serait bien fâcté, monsieur, s'il s'enten* dait traiter de la sorte. Lorsqu'on se hasarde à lui faire remarquer la moindre distraction de sa part, il entre dans une colère affreuse. A telle enseigne que, l'autre jour, il a manqué de m' assommer parce qu'il avait, au lieu de sucre^ versé son tabac sur ses fraises^ et hier encore...

LE BABON.

Juste Dieu ! Est-il croyable qu'un homme de mérite, et du plus haut mérite, Germain (car mon neveu est fort distingué), tombe d'une manière aussi puérile dan& des égarements déplorables !

GERMAIN

Oela est bien funeste, monsieur.

LE BARON

Ne Tai-je pas vu, de mes propres yeux, traverser, les mains dans ses poches, une contredanse Eoyale, et se promener au milieu du quadrille, comme dans l'allée d'un jardin ?

GERMAIN

Parbleu ! monsieur, il a fait la pareille, l'autre soir^ chez madame la comtesse. Il y avait grande compagnie, et M. Vertige, le poète d'à côté, lisait un mélodrame en vers. A l'endroit le plus touchant, monsieur, quand la jeune fille empoisonnée reconnaissait son père parmi les assassins, quand toutes ces dames fondaient en larmes, voilà mon maître qui se lève, et s'en va boire le verre d'eau que l'auteur avait sur sa table. Tout l'effet de la scène a été manqué.

LE BARON

Cela ne m'étonse pas. H a bien mis un jour trente BOUS dans une tasse de thé que lui présentait une charmante personne, croyant qu'elle quêtait pour les pauvres.

GERMAIN

L*hiver dernier, vous étiez absent, lors du mariage de monsieur son frère. H devait, comme vous pensez, faire les honneurs au repas de noces. J'entre chez lui, vers le soir, pour Taider à faire sa toilette. Il me renvoie, se déshabille lui-même, puis se promène une heure durant, sauf votre respect, en chemise ; après quoi il s'arrête court, se regarde dans la glace avec étonnement : Que diable fais-je donc ? se demande-t-il : parbleu! il fait nuit, je me couche. Et là-dessus il se mettait au lit, oubliant la noce et le dîner, si nous n'étions venus l'avertir.

LE BARON

Et tu crois qu'un pareil extravagant est capable d'aller à Gotha ! Vois quelle tâche j'entreprends, Germain, car il faut bien, bon gré, mal gré, que la volonté du Eoi s'accomplisse. Il n'y a pas à dire, c'est mon neveu qui a le titre, je ne fais que l'accompagner ; on lui donne ce titre parce qu'il porte un nom, celui de son père, qui est plus que le mien, et c'est moi qui suis responsable.

GERMAIN

Puisque mon maître a du mérite.

Sans doute, mais cela suffit-il ? H m'avait promis de se corriger,

GERMAIN

n s'y étudie, monsieur, tout doucement ; mais il n'aime pas qu'on le contrarie, et si vous m'en croyez... Le voici.

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