‹ On rend l'argent (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

" Onze heures et quart, déjà ! . . .

Vite, rue de Clichy ! " dit le vieux vicaire à son cocher en sortant de rhôtel Capdecamp.

Plus la moindre brume, à présent. 5 La lune dans son plein. Un ciel lumineux et sonore, à souhait pour les carillons de Noël. ,

Mais, quand Tabbé Moulin, épuisé de fatigue et d^nanition, très troublé 10 aussi par le souvenir de ses quatre visites, eut remonté son escalier et qu'il rentra chez lui, il crut d'abord que tout le brouillard de la soirée

CONCLUSIOlf I4y

s'était réfugié dans son logis. Seulement, ce brouillard sentait le tabac de la Havane, et le prêtre finit par apercevoir, au sein de cet odorant 5 nuage, le faux yankee Adam Harrison, c'est-à-dire Renaudel, qui, toujours enfoncé dans un fauteuil, les deux pieds sur la tablette de la cheminée, fumait tranquillement son

lo huitième cigare.

"Voici vos reçus," lui dît l'abbé, qui fut pris d'une quinte de toux et ouvrit la fenêtre toute grande.

" Parfait, monsieur l'abbé," répon-

15 dit l'ex-banquier en se levant et en boutonnant son ulster de voyage, " et je vous dispense de me rapporter les discours tenus sur mon compte par mes anciens clients. Je craindrais

20 que, malgré tout, ils ne fussent pas tous des témoignages de considération et d'estime. . . Vous trouverez

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là, sous votre bréviaire, le billet de mille francs promis. • . Nous sommes quittes. . • Pourtant, quoique je ne sois pas riche du tout, à présent, je vous ai encore laissé cinq louis de 5 plus, et voici pourquoi. . . Je ne peux pas rapporter à mon petit garçon la bo!te de soldats de plomb à pantalons rouges qu41 m'a demandée. Tannée dernière ; je ne tiens pas à lui rap- lo peler ses souvenirs d'enfance. . .

Mais cela me fait de la peine. . . Et je me suis dit, pour me consoler un peu, que vous auriez la complaisance d'acheter demain matin, pour cent 15 francs de joujoux et de les distribuer à vos petits chiffonniers de la part du Noël américain. . . Mais Pexpress n'attend pas. . . Une dernière poignée de main, monsieur l'abbé, et en- 20

core merci."

Et, sans permettre à l'abbé Moulin

CQ^tre et rêva quelque

CONCLUSION i^Q

de le reconduire, le singulier homme s'en alla.

Resté seul, le prêtre se mit à sa fenêtre et rêva quelques minutes. Le

5 bonhomme n'était pas pessimiste.

Dans cette soirée oh de si grosses sommes avaient passé par ses mains, il avait acquis la preuve que la gloire, la santé, l'amour, l'honneur, — tout ce

10 qui vaut la peine de vivre enfin, — ne s'achetaient pas avec de l'argent, et, dans la naïveté de son cœur, il se promit de remercier Dieu que ce fût ainsi, en disant sa messe de minuit.

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