‹ On se bat sur merChapitre 1 sur 62 · I. — Une nouvelle incroyable · texte numérisé non relu

I. — Une nouvelle incroyable

Novembre 1915.

LA guerre de course, la guerre de mouvements, la vraie guerre navale, telle que la comprennent les marins de France et d'Angleterre, n'est plus qu'un souvenir. Elle est morte depuis quatre mois, depuis le 11 juillet, en même temps que le Kœnigsberg, dernier corsaire allemande Sur mer, la rencontre, jadis loyale, est devenue un guet-apens organisé. Plus de combats d'escadres. Quelques raids allemands ont eu lieu contre des ports désarmés, tueries de femmes et d'enfants soi-disant faites pour attirer, hors de ses bases, la Grande Flotte anglaise,

juscju'au jour — 24 janvier 1915 — où les raiders se sont fait pincer au Dogger-Bank par les croiseurs de Beatty. Le Bliicher y est resté. Le Derfflinger et le Seydlitz sont rentrés au port en piteux état, incendiés, démolis. Du même coup, von Ingenohl, commandant en chef allemand, a été débarqué.

Du même coup, les Allemands ont été dégoûtés de ce genre de lutte.

Ils ont découplé leurs sous-marins pour un massacre d'innocents. Fait inouï, les couleurs n'ont plus de sens. On est détruit sous n'importe quel pavillon. Torpillés sans avertissement, les neutres se tournent vers les Anglais, maîtres de tous les océans, vers les Français, maîtres de la Méditerranée : « Comment, disent-ils, laissez-vous commettre ces crimes? Et qu'attendez-vous pour punir? » En France, en Angleterre, les gens du front et les gens de l'arrière, les gens des ports marchands surtout, s'étonnent et demandent : « Que fait donc la marine de guerre? » Personne ne leur répond.

Dans toutes les escadres de France, officiers et matelots serrent les poings. Ils veulent se battre, à tout prix. Mais il n'y a plus d'ennemi flottant. Alors ils supplient leurs chefs de les débarquer des cuirassés et des croiseurs, de les envoyer sur les chalutiers, sur les torpilleurs qui pourchassent la bête invisible. Mais torpilleurs et chalutiers fouillent la mer en vain. Patrouilles, escortes, affûts, tout est inutile. Jamais rien en vue. Les navires marchands continuent de périr. Et les flottes de combat continuent de vivre...

Or, un jour de novembre 1915, une nouvelle extraordinaire secoue les escadres immobiles. Un chalutier français vient de prendre à l'abordage un voilier turc.

A l'abordage? Oui. Comme autrefois : corps à corps, un contre quatre, comme faisait Surcouf.

Voici l'histoire de ce chalutier-là.

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