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NEUVIÈME LEÇON

Exclusivité de l'espèce humaine. — Son unité.

Nous sommes arrivés au terme de cette grande question : la spécification des êtres. Permettezmoi de la résumer en quelques mots.

Nous voyons le globe couvert d'êtres vivants. Comment la nature les a-t-elle distingués, groupés? On dit tous les jours : la nature ne fait que des individus.

Nous avons pourtant vu que la nature fait quelque chose de plus, qu'elle groupe les individus par parenté, par consanguinité, qu'elle a fait les espèces. Mais quel est le signe extérieur de cette parenté, laquelle est de soi très-cachée? c( Lapa-

rente des êtres, a dit Buffon, est le p]us profond mystère de la nature. » Elle est si cachée qu'elle eûste malgré toutes les dissemblances, et peut ne pas exister malgré toutes les ressemblances.

Je rappellerai les exemples que j'ai déjà cités : Tàne et le cheval sont semblables , ils sont parents , mais comme genre seulement ; le chien et le renard sont semblables , ils ne sont pas parents même comme genre; le lévrier et le barbet sont dissemblables , ils sont parents comme espèce*

Nous avons trouvé le caractère extérieur qui trahit, qui accuse la parenté, savoir la fécondité. Continue, elle nous révèle Vespèce; bornée, elle nous révèle le genre^

Enfin nous avons étudié les loifi de la fécondité»

Nous avons traité tantes ces questions dans leurs rapports avec les êtres vulgaires. 11 nous reste à les examiner relativement à une espèce privilégiée, supérieure à toutes, en dehors de toutes, relativement à Tespèce humaine.

Dans cette leçon, je prouverai : 1*^ l'exclusivité de l'espèce humaine; 2** son unité*

1** Exclusivité de l'espèce humaine.

Toutes les autres espèces animales en ont de

voisines ou de coDsaDguines. Le chien et le chacal, le chien et le loup, le cheval et Tàne , sont des espèces voisines; elles sont même consanguines à un certain degré, ayant entre elles la fécondité bornée.

L*homme seul n*a nulle espèce voisine; il na pas d'espèce consanguine. Sur ce dernier point, on rougirait d'exprimer seulement un doute.

L'homme est d'une nature propre , exclusive de toute autre. Bufibn a dit que toutes les grandes espèces étaient des espèces uniques. Il se trompait : de son temps les faits manquaient. Le lion et le tigre sont deux espèces voisines, consanguines même; accouplés, ils peuvent produire, ils ont produit. Buffon a confondu les traits de l'éléphant d'Asie et ceux de l'éléphant d'Afrique ; ce sont deux espèces aujourd'hui parfaitement distinguées, mais voisines. BufFon ne connaissait qu'une espèce de rhinocéros; nous en connaissons aujourd'hui cinq et peut-être six.

Le privilège de Yexclusivite n'appartient qu'à Tespèce humaine ; elle exclut les autres espèces, et elle en est exclue. Je dis V espèce humaine et je fais remarquer, en passant, que, dans le langage vulgaire , on dit indifféremment espèce humaine ou genre humain. Il serait puéril de relever la

locution genre humain, employée dans la coqyersatioû ou même dans un ouvrage littéraire; mais on doit la bannir du langage scientifique. Nous venons de dire pourquoi : Tbomme ne fait pas genre et il est le seul, de tous les êtres connus, qui ne fiasse pas genre.

2* Unité de l'espèce humaine. Toutes les diversités physiques qui distinguent les hommes entre eux sont des diversités de race et non des diversités d'espèce.

Ceux qui nient Tunité de Tespèce humaine s'appuient principalement sur les différences que présentent le crâne et la couleur de la peau.

Blumenbacb avait étudié, avec beaucoup de soin, les crânes humains. Il a consigné ses précieuses observations dans un livre intitulé : Décades collectionis suœ craniorum^* C'est, selon moi, son ouvrage le plus remarquable.

Il distingue cinq races humaines : les races caucasique, éthiopique, mongolique, américaine et malaie. Ces noms sont restés. Indiquons trèsbrièvement les caractères sur lesquels Blumenbacb établit les trois races principales : 1® la race

1. Publié en VII décades. GœtUngue, 1790-4828, iii-è^, avec 65 planches.

caucasique présente un crâne en forme d'ovale, le front et le nez saillants, la face petite relative* ment au crâne; 2'' Tovale du crâne n'est plus dans la race éthiopique; le crâne est aplati sui* les côtés, la mâchoire supérieure est saillante, le front recule, le nez est écrasé; 3® la race tnongo^ lique se fait remarquer par une face élargie, un nez écrasé, des yeux plus ou moins obliques, une mâchoire supérieure moins saillante que dans la race éthiopique.

Quant aux caractères de la race américaine et de la race malaie, nous ne nous y arrêterons pas : la race américaine parait se rattacher à la race mongolique; et l'on peut croire que la race malaie n'est qu'un mélange des races mongolique et éthiopique.

Les différences que je viens de rappeler dans les têtes humaines sont , sans doute, très-saisissables, quand on se place aux deux extrêmes de la série. Mais, entre ces deux points, Blumenbach a eu l'art de disposer des intermédiaires graduel* lement nuancés : au milieu de la série il n'y a plus de différences tranchées '.

\ . Voyez VÉloge historique de Blumenbach, dans le tome I**" de mes Éloges historiques.

Quoi qu'il en soit, prenons les deux extrénies. Les différences sont- elles de nature à jeter du doute sur Tunité de Tespèoe humaine? Évidemment non. La race est différente, non V espèce. Rappelons-nous ces chiens si différents de forme et qaâme de squelette, ces crânes lisses à côté de cds crânes armés de crêtes, etc. Est-ce que TEuropéen et le nègre sont aussi dissemblables entre eux par leur crâne que le sont le carlin et le bouledogue? Et puisque ceux-ci sont de la même espèce, pourquoi TEuropéen et le nègre, bien moins dissemblables, ne sewent-ils pas de la même espèce ?

Passons à la seconde objection contre Tunité de l'espèce humaine : la différence dans la cou- Itur de la peau.

Bbimenbach, qui a fait de si beaux travaux sur le crâne, ne s'est pas occupé de la peau.

ICes études aaatomiques sur la peau faumaio^ m'ont £onvainjeuiiue la peau des hommes de raee esttcttaquô et celle des hommes de race éthitipique sont la même peau.

La peau humaine se compose fondamentalement de troi^ lames ou meaibranes distinctes : 4® l'épiderme extame ; 3^ l'é^der me interne ; 3® ie derme. Nous retrouv^as cette structure dans

toutes les races. Dans les couches les plus profondes des cellules de répiderme interne réside la matière colorante ai^^éiée piffmentum. C'est cette matière qui colore la peau du nègre. Remarquons bien que le pigmentum n'est pas une membrane, un organe; ce sont des granulations amorphes qui se développent dans les cellules de l'épi» derme. La peau du nègre commence par être sans pigmentum, et, d'un autre côté, celle du blanc peut l'acquérir.

Le pigmentum prend un certain développement dans plusieurs peuples de la race caucasique : les Arabes par exemple. Voici un fait plus décisif encore ; M. Guyon, chirurgien en chef de Tarmée d'Afrique, m'avait envoyé quelques lambeaux détachés de la peau d'un de nos soldats, mort en Algérie ; j'ai trouvé dans cette peau, que le climat avait basanée, un pigmentum très-marqué. Il y a plus; dans la peau du blanc, même à l'état normal, le pigmentum se montre et colore certaines parties, notamment l'aréole qui, dans la femme, entoure le mamelon.

Tout cela prouvo que la coloration noire de la peau est un caractère tout à fait superficiel, accidentel ; et nous comprenons cette belle phrase de Buffon : « L'homme, blanc en Europe, noir en

Afrique, jaune en Asie, et rouge en Amérique, n'est que le même homme teint de la couleur du cKmat * . yi

Enfin, un dernier caractère qui nous démontre jusqu'à révidence Tunité de Tespcce humaine, c'est la fécondité co7itinue que possèdent entre elles tous ses races. Écoutons, sur ce point, Buffon :

« Dès que l'homme a commencé à changer de « ciel, et .qu'il s'est répandu de climats en cli- « mats, sa nature a subi des altérations : elles ont « été légères dans les contrées tempérées, que <( notis supposons voisines du lieu de son origine, c< mais elles ont augmenté à mesure qu'il s'en est c< éloigné ; et lorsque, après des siècles écoulés, « des continents traversés et des générations i: déjà dégénérées par l'influence des différentes « terres, il a voulu s'habituer dans les climats c< extrêmes, et peupler les sables du midi et les « glaces du nord, les changements sont devenus « si grands et si sensibles qu'il y aurait lieu de <c croire que le nègre, le Lapon et le blanc foret ment des espèces différentes , si l'on n'était c< assuré que ce blanc, ce Lapon et ce nègre,

l.T. III, p. 1.

74 SPÉCIFICATION DBS ÊTRES.

« si dissemblants entre eux, peuvent cepenet dant s'unir ensemble et propager en commun « la grande et unique famille de notre genre hu- « main'. »

l.T. IV, p. 4«0.

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