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QUATORZIÈME LEÇON

Hippocrate et le mélange des deux liqueurs. — Harvey et Vépigénèse. — Ma théorie : la Tie ne se forme pas , elle se continue. — Force de reproduction inliérente à l'économie animale. ^ — Expériences de Trembley. — Bonnet et l'hypothèse des germes accumulés.

y ai exposé les hypothèses philosophiques sur la formation des êtres : il me reste à parler des hypothèses physiologiques. Il en est deux principales, celle d'Hippocrate et celle d*Harvey. Je laisse de côté, bien entendu, tous les systèmes accessoires qui ont été proposés ; ils ne méritent pas même d'être rappelés.

Je commence par l'hypothèse d'Hippocrate. J'ai dit hypothèse : ce n'est peut-être pas le terme que j'aurais dû employer. Voici la vue d'Hippocrate :

FOROR DB REPRODUCTION. Hi

Le nouvel être est le résultat du mélange des liqueurs des deux sexes. C'est là l'expression naturelle et simple du premier fait qui frappe : la conformité de structure qui se trouve entre le nouvel être et ses père et mère. Seulement, Hippocrate croyait, à tort, que la femelte produisait, eorame le mâle, une liqueur fécondante. La femelle produit des œufs^ et ne produit que des œufs * .- Redressons l'erreur de détail, en conservant ridée principale, et au mot liqueur substituons, pour un moment, le terme shsirait produit; nous ne trouverons plus rien \ reprendre dans la vue d'Hippocrate : Le nouvel être est le résultat des produits combinés du mâle et de la femelle.

Hippocrate exprime sous une forme empirique ce que nous connaissons aujourd'hui d'une manière rationnée, ce que mes expériences sur les mélis ont démontré, savoir : que le mâle et la femelk concourent^ chacun pour une p^rt égale^ à la génération.

Je tiens à l'hypothèse d'Harvey^ l'immortel auteur de la découverte de la circulation du sang^

1 . La production des (mfs sera expliquée plus tard. •2. Yoyez mon Histoire de la découverte de la cireiilation du sang, Pai^is, 1857 (seconde édition).

Harvey avait fait ses premières études à Padoue, . et il y avait eu pour maître Fabrice d'Acquapendente.

Fabrice avait découvert, en 1574, les valvules des veines ; mais l'usage de ces valvules lui échappait. C'est Harvey qui voit que les valvules s'ouvrent ou s'abaissent pour laisser passer le sang dans un sens, et se ferment ou se redressent pour l'empêcher de passer dans le sens opposé. Les valvules ne favorisent, ne permettent qu'un courant y celui qui porte le sang des parties au cœur.

La découverte des valvules faite par Fabrice devient, entre les mains d'Harvey, la preuve anatomique de la circulation du sang.

D'un autre côté, ce même Fabrice s'occupait alors de l'étude du développement du poulet dans l'œuf et de la formation du fœtus ; il communiquait à son auditoire les résultats de ses recherches. Harvey tira de cet enseignement ses premières idées sur là formation, sur la génération des êtres, idées qu'il exposa plus tard dans son livre : Exercitationes de gêner atione animalium ' .

1. Le livre sur la circulation (Ex&rcitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalilms) est de 1628 ;

Quant àTos ancien, à Pos mori^ il est resté enfermé de toute part dans Tos nouveau, dans Pos reproduit; et peu à peu il a été résorbé par la membrane médullaire , ou périoste interne (reproduit lui-môme), de cet os nouveau.

J^appelle toute votre attention sur ce résultat expérimental, sur cette faculté que possède le périoste de produire et de reproduire Tos. Ici, il ne s'agit plus seulement de la science, il s*agit de rhumanité. Qui ne voit sortir de ceci une chirurgie toute nouvelle touchant le système os* seux? Le périoste pouvant reproduire Tos, n'est-il pas évident qu'il faut s'attacher, avant tout, à le conserver ? D'ici à peu de temps, les amputations pour maladie d'un os ne se feront plus. On y substituera, de plus en plus, les extirpations de /'os seul , dégagé de son périoste, genre d'extirpation que j'appelle extirpation sous^périostée.

Feu M. Bfemdin, dont la perte prématurée laisse tant de regrets à la chirurgie, a vu une clavicule entière être reproduite par le périoste, habilement

conservé *

1 . Voici Tobservation de M. Blandin, telle qu'elle a ëtë recueillie par M. le docteur Philipeaux :

« Un jeune homme de 25 à 30 ans, élève en pharmacie,

II y a plus ; il suffira, après les plus énonnes fractures, de laisser le périoste en place pour que, l'élimination des fragments broyés et séquestrés une fois opérée, ce périoste, conservé, reproduise et répare tout ce qu'il y aura eu d'oS perdu. Je

entra à THÔtel-Dieu, dans )e service de M. Biandin, pour une plaie fistuleuse de la région antérieure et supérieure de la poitrine, sur le trajet de la clavicule gauche. M. Biandin sonda cette plaie, et il reconnut qu'elle provenait d'une carie de presque toute la moitié interne de Tos. Avant de se décider à faire une opération, il essaya de Faction des ëmollients et des pommades fondantes ; mais la maladie résista, et le malade, qui maigrissait, voulut en finir avec sa position. M. Biandin se détermina à faire l'extirpation delà partie malade de l'os, espérant voir cette partie se reproduire, comme il l'avait vu dans les expériences physiologiques de M. le professeur Flourens. U pratiqua une incision sur la face supérieure de la clavicule, depuis la partie moyenne jusqu'à la partie interne ou sternale ; il comprit dans cette incision le périoste , qui devait jouer le rôle capital dans la reproduction de l'os. A chaque extrémité de cette incision, il en pratiqua une autre à angle droit, de manière à représenter un T à deux branches ; puis il dénuda la clavicule en dehors et en dedans, et passa entre elle et le périoste un instrument fait exprès pour ce genre d'opération, afin de protéger contre la scie le périoste et les parties molles environnantes. H put ainsi scier, sans crainte, l'os à sa partie moyenne, le désarticuler à son extrémité sternale, l'extirper en un mot.

a Lorsque M. Biandin eut terminé cette opération avec

donné,* en note, un modèle de la rare intelligence qui désormais devra présider au traiteriient, pour que, dans ces cas de délabrements affreux, le chirurgien puisse favoriser de son mieux la régénération merveilleuse des os détruits ^

l'habilétë qu'on lui eonïiait, le malade, homme de courage et de sang-froid, le pria de regarder avec soin la moitié de clavicule qui lui restait, aimant mîeiix se la voir enlever sur-le-champ sî la carie Tavait déjà attaquée, que d*étre forcé de subir plus tard une nouvelle opération. M. Blandin reconnut la nécessité d'extirper Tautre moitié de la clavicule et le fit avec les mêmes précautions et le môme succès. Le malade guérit en peu de temps et sortit de l'hôpital.

« K en était sorti depuis huit mois, lorsqu'il revint voir M. Blandin pour une autre maladie. Tous les élèves purent examiner cet individu. La clavicule était reformée et presque parfaite; le bras pouvait exécuter tous les mouvements presque aussi bien qu'auparavant. {Gazette médicale du 14 avril! 847, n» 14.)»

i . Je tire l'observation suivante des Comptes rendue de l'Académie des sciences, t. LI, p. 601. — Lettre deM.MoxtET, médecin à Bayeux {Calvados) ^ adressée à M. Flourens, Séance du 16 octobre 1860.

« Dans votre Mémoire, lu à la séance du 2 mai 1859, sur la reproduction complète des Os, vous émettez le vœu que les chirurgiens trouvent bientôt dans vos expériences un ressort nouveau ; c'est pourquoi, dans l'intérêt de la science et de l'humanité, je me fais un devoir de vous communiquer l'observation suivante :

« Au mois d'avril 1858, je fus appelé pour réduire une

Je reviens au sujet principal de notre leçon. L'appareil de formation des os est donc le périoste externe ;

fracture de la jambe chez un homme âgé d'environ 32 ans. Cet homme, doué d'une bonne constitution, avait eu, vingtquatre heures auparavant, le membre inférieur droit pris sous un éboulement de pierres. La jambe était fracturée dans sa partie nu)yenne; les fragments du tibia avaient déchiré le muscle jambier antérieur et la peau. Ils faisaient une issue au dehors et étaient dépouillés de leur périoste. Le chevauchement était considérable ; la plaie par où sortaient les fragments du tibia s'étendait du milieu de la jambe jusqu'auprès de l'articulation du genou ; il y avait une contusion et une inflammation de tout le membre, depuis le pied jusqu'à la fesse. Ces conditions défavorables s'opposaient à ce que je fisse l'amputation ; je dus donc me borner provisoirement à pratiquer la réduction de la fracture. Gomme on devait bien s'y attendre, la gangrène s'empara des parties les plus contuses : des eschares se formaient sur différents points de la jambe ; l'une s'étendait sur la partie externe, depuis le milieu du pied jusqu'au quart inférieur de la jambe ; une autre s'étendait du lieu de la fracture, c*est-à-dire delà partie moyenne antérieure et interne jusqu'auprès de l'articulation du genou. Le pronostic était aggravé encore par l'apparition d'un œdème considérable de la cuisse. Une suppuration abondante s'établit au niveau des eschares de la jambe et du pied ; ces eschares tombées, les fragments se trouvèrent complètement dénudés^dans une longueur de plus d'un décimètre. Je résolus d'attendre la séparation et l'élimination de ces fragments, dans l'espérance qu'il pourrait se faire une régénération de l'os par le périoste resté en place, phéno-

FORCE DE REPRODUCTION. i\l

polype est un animal gélatineux, très-simple, presque homogène, tandis que la naïde a une organisation déjà très-compliquée ; elle possède un système vasculaire , un système nerveux , des muscles distincts, etc.

La merveille devait encore s^accroître, Spallanzani d'abord et ensuite Bonnet portèrent leurs expériences sur des salamandres ; ils leur coupèrent les pattes, la queue. Ces parties se reproduisirent. Broussonnet enleva les nageoires à des poissons : ces nageoires se reformèrent.

Bonnet, qui était à la fois observateur et philosophe, médita sur ces faits et imagina un système : de même que l'être total a son germe, chaque partie du corps, disait41, a aussi les siens. Il existe donc une infinité de germes de pattes dans la patte d'une salamandre. Je coupe cette patte : aussitôt, l'un des germes que j'ai mis à nu, trouvant la place vacante , donne une nouvelle patte.

C'est là l'hypothèse des germes réparateurs ou accumulés; vous voyez qu'elle est fille de l'hypothèse des germes emboîtés. J'ai détruit celle-ci par mes expériences sur les métis. L'autre s'évanouira de même,. à ce que je crois, devant mes expériences sur la formation des os. J'exposerai ces expériences dans ma prochaine leçon.

fn FORMATION DES ÊTRBS.

Bornons-nous à constater ici la f&rce de reproduction. J'ai répété les expériences de Trembley, de Spallanzani, de Bonnet : quel est le physiologiste qui ne les a pas répétées? Constamment les parties coupées se reproduisent ; il y fil donc une force qui les reproduit. Le fait prouve la force.

On me dit que cette force est obscure. Oui, sans doute, elle est trës-obsctu'e. Mais quoi de plus obscur, en soi, que toutes les grandes forces physiologiques, la sensibilité, la motricité, la volonté, rinstinct des animaux^ la vie enfin? C'est le caractère des forces ^a:/>rfrmm/afe5, c'est-à^re révélées par rexpérienc#, d'être manifestes par leurs effets et impénétrables dans leur essence.

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