‹ Ontologie naturelleChapitre 3 sur 156 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

Spécification desètses. — De l'espèce. — V espèce se caractéiiBe par la fécondité continue ; le genre, par la fécondité bornée.

J'ai exposé l'objet et le plan de ce cours. L'objet, c'est Vontologie naturelle; le plan, c'est l'étude de ces quatre grandes questions : V la spécification des êtres; 2'' la formation des êtres; 3® la répartition des êtres dans l'espace; 4® leur répartition dans le temps.

J'aborde la première question : La spécification des êtres.

J'ai dit qu'on pouvait , à la rigueur, appeler être de la nature tout corps ayant une constitution propre : ainsi, un minéral, un animal, un arbre, le globe que nous habitons.

Je ne m'en tiendrai pas à cette définition. Je

resserre mon sujet , mais je ne le resserre que pour l'approfondir. Quelle est, sur les êtres vivants, les êtres animés (seul objet de ce cours), la vue savante, la vue précise?

Écoutons un grand penseur, Buffon. Pour lui, les êtres de la nature, ce ne sont pas les individus. Les individus ne sont que des formes fugitives de quelque chose de permanent. Buffon dit : (( Les espèces sont les seuls êtres de la nature^ » et il ajoute : c< Êtres perpétuels, aussi anciens, aussi permanents qu'elle, que, pour mieux juger, nous ne considérons plus comme une collection ou une suite d'individus semblables, mais comme un tout indépendant du nombre, indépendant du temps; un tout toujours vivant, toujours le même ; un tout qui a été compté pour un dans les ouvrages de la création , et qui , par conséquent, ne fait qu'une unité dans la naturel i>

La classification tout entière (embranchements, classes, ordres, genres) n*a été imaginée que pour arriver à l'espèce, qu'en vue de l'espèce*

« L'espèce y dit Buffon, est une succession

1. (Èuvres complètes de Buffon, t. III, p. 414. J'avertis, une fois pour toutes , que c'est toujours Fédition annotée que j'ai donnée des Œuvres de Buffon, que je cite ici.

DE L'ESPÈCE. Il

<c constante d'individus semblables et gui se re- « produisent ^ • »

Cuvier a adopté la définition de fiuffon, à de très -légères différences près dans les termes. Pour lui, l'espèce oc est la réunion des individus a descendus Tun de l'autre ou de parents com- « muns, et de ceux qui leur ressemblent autant a qu'ils se ressemblent entre eux^. »

Il y a vingt ans, je m'occupai du caractère de l'espèce^. Les idées étaient alors dans un grand désordre sur ce point. Uoe philosophie nouve le donnait cours à l'opinion que les espèces sont variables.

J'étais confusément dans l'opinion contraire. J'avais senti, de bonne heure, qu'il devait y avoir quelque chose de fixe dans la nature des éti es qui peuplent cet univers.

J'étudiai cette question ayant sous les yeux Buffon et Cuvier, et je vis que ces deux hommes supérieurs avaient réuni dans leurs définitions deux idées fort distinctes : l'idée de ressemblance, et l'idée de reproduction.

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