Voyez mon livre intitulé : Histoire des travaux ^ Cuvigr
L^idée de ressemblance n'est qu'une idée accessoire ; ridée de reproduction est seule une idée fondamentale.
Prenons pour exemple Tâne et le cheval : ils se ressemblent singulièrement , surtout pour les traits profonds. La taille n'est pas la même, il est ^rai; mais la taille ne peut servir de caractère spécifique. Il est vrai encore que, dans l'animal vivant, il y a des caractères superficiels différents: dans l'àne, les oreilles sont plus longues, la queue est plus courte. Si l'on passe même à des organes plus intérieurs^ la voix diffère : l'àne brait, le cheval hennit. Mais dès que nous arrivons au squelette, plus de différence appréciable, sensible. Cuvier n'a jamais pu trouver un caractère ostéologique qui distinguât spécifiquement l'âne du cheval.
Pourtant, l'âne et le cheval sont deux espèces distinctes. L'idée de ressemblance n'est donc qu'une idée accessoire.
n n'en est pas de même de l'idée de reproduction. Si l'on unit ensemble l'âne et le cheval, on obtient bien un produit, un métis, mais non une suite de métis. Il est très-rare de voir des mulets qui se reproduisent. .
L'idée de reproduction est donc l'idée fonda-
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mentale. Elle marque une distiDCtion où la conformation extérieure n'en marquait pas.
Prenons un exemple contraire : on sait combien les races de chiens varient : le barbet, le lévrier, le mâtin, le dogue, etc., etc. Malgré les différences qui les distinguent, le barbet, le lévrier, le dogue, etc., sont de la même espèce. Il y a entre eux production continue.
La fécondité continue est le caractère de Pespèce.
Avant moi, Buffon et Cuvier avaient défini 1*^5- ;?^c^; seulement, j'ai dégagé, dans leur définition, l'élément essentiel de l'élément accessoire. Mais, avant moi, personne n'avait songé à chercher le caractère du genre. J'ai trouvé ce caractère dans la fécondité bornée.
La fécondité continue donne r espèce; la fécondité bornée donne le genre.
Il y a un certain nombre d'animaux qui peuvent produire ensemble , mais avec une fécondité bornée : l'âne et le cheval, le chien et le loup, etc., etc. Ils sont donc d'espèce différente.
Buffon a fait, sur la reproduction du chien et du loup, une série d'expériences. Il n'a jamais pu passer la troisième génération. Frédéric Cuvier, qui a été pendant trente ans le directeur de la
Ménagerie du Jardin des Plantes, n'a pu aller plus loin que Buffon. Moi-même, je n'ai pu obtenir davantage.
Dans mes expériences sur le chacal et le chien, j'ai pu aller jusqu'à la quatrième génération ; mais je n'ai pu la dépasser.
Il faut remarquer qu'entre le chien et le chacal la ressemblance est ' bien plus grande encore qu'entre le chien et le loup. Ces deux-ci diffèrent par l'instinct : le chien est sociable ; le loup est solitaire ; il ne fait pas compagnie, même avec ses petits.
Au contraire, le chacal est sociable comme le chien. Tous les deux ont aussi l'instinct de se creuser des terriers ; je parle du chien à l'état sauvage.
Ainsi donc un caractère certain pour la distinction de YespècCy c'est la fécondité continue.
Et un caractère certain pour la distinction du genre^ c'est la fécondité bornée.
Le genre est la limite de la parenté.
J'exclus de la nomenclature zoologique le mot de famille Ml fait naître^dans l'esprit l'idée d'une fausse analogie.
i . Dans le langage des Jussieu, le moi famille répond au mot ordre* Le célèbre livre des familles naturelles a pour
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Par famille, on entend, dans le sens ordinaire et vulgaire du mot, une parenté de sang.
En histoire naturelle, ou, plus exactement en ontologie positive, la véritable famille, c'est l'espèce, parce que tous les individus, toutes les races d'une espèce donnée viennent du même sang.
Après avoir dégagé l'idée de reproduction de celle de ressemblance^ dégageons, à son tour, l'idée de collection de l'idée de suite.
L'idée de suite se rapporte essentiellement à l'espèce. Tous les animaux de la même espèce sont des descendances, des suites les uns des autres. A peine est-elle applicable au genre, puisque, dans le genre , la fécondité est bornée ; et, passé le genre, elle n'est plus applicable du tout.
Tout le reste n'est que collection.
L'idée de collection se rapporte à l'embranchement, à la classe, à l'ordre. Ainsi l'embranchement des vertébrés, la classe des oiseaux, Y ordre des rongeurs, etc., sont des collections.
Les collections' ^oni^ en grande partie, le fruit de notre esprit. Il ne forme des collections que
titre : Gênera plantarum secundum ordines na^ara/es disposita.
16 SPECIFICATION DES ETRES.
par la comparaison et rappréciation des similitudes,
V ordre ^ la classe^ Y embranchement sont des similitudes de divers degrés.
Notre esprit n'est pour rien dans la constitution de V espèce, ni dans celle du genre.
Ce qui donne V espèce^ c'est un fait : la fécondité continue ; et ce qui donne le genre^ c'est un autre fait : là fécondité bornée.