FORCE DE REPRODUCTION. H
Pourquoi donc s'obstiner à pénétrer un mystère qui nous sera éternellement fermé? C'est déjà, ce me semble, un progrès que d'écarter une question insoluble et de lui en substituer une soluble.
IjU vie ne commence posa chaque nouvel individu, elle se continue; elle n'a commencé qu'une fois pour (îhaque espèce.
Déposée par l'Ouvrier suprême dans le premier couple de chaque espèce, la vie se continue depuis dans tous les individus de cette e^èce : c'est une chaîne dont tous les anneaux se tiennent. Si un anneau vient à manquer, l'espèce est perdue ; elle ne renaît plus. Nous trouvons dans la terre les débris des mastodontes, des palseotheriums, espèces dont un cataclysme a rompu la chaîne : cette chaîne ne se reformera pas, ces espèces sont à jamais détruites.
Pour que la vie se continue ainsi par chaînons successifs, il faut nécessairement de deux choses Tune : ou que le Créateur ait accumulé dans le premier être de chaque espèce tous les germes des individus futurs de l'espèce : c'est l'hypothèse de Leibnitz, et nous ne pouvons l'admettre, elle est contraire aux faits; ou que le Créateur ait doué le premier être de la faculté de reproduire indé-
ne FORMATIO^' DES ÉTRBS.
finîment son espèce : et c'est évidemment là ce qui est.
Il existe dans Téconomie animale une force de reproduction. Je ne l'imagine pas, elle est démontrée par les faits.
En 1740, Trembley découvrit le polype d'eau douce dans un fossé, aux environs de La Haye. Il ne savait trop s'il voyait un animal ou un végétal. Pour éclaircir ce doute, il coupa le polype en plusieurs tronçons, et bientôt il vit chaque tronçon reproduire un nouveau polype. Le polype était donc une plante puisqu'il se reproduisait de boutures. Un examen plus attentif lui fit voir, dans chaque fragment du polype, redevenu polype complet, des tentai^^ules avec lesquels il pouvait saisir une proie, une cavité digestive dans laquelle il la digérait, etc. Ce n'était donc pas une plante ; c'était un animal, et, chose merveilleuse, un animal qui avait la faculté de se reproduire autant de fois qu'on l'avait coupé.
Charles Bonnet, parent de Trembley, connut tout de suite sa découverte. 11 voulut répéter ses expériences, mais il ne trouva pas de polypes. A défaut de polypes, il expérimenta sur des vers d'eau douce, sur des naïdes, et obtint les mêmes résultats que Trembley. Ceci fut un progrès. Le
Et Tappareil de résorption est le périoste interne.
Ainsi donc Tos, continuellement accru par le
mène que j'avais observé plus d'une fois, mais dans de moins grandes proportions.
« 11 serait trop long de décrire ici l'appareil que j'employai, pendant près d'une année, pour maintenir dans l'immobilité les fragments du tibia rapprochés bout à bout, appareil qui me permettait d'ailleurs de panser les plaies deux fois par jour. Ces fragments ainsi maintenus devaient forcer le membre à conserver sa longueur et sa rectitude normales pendant le temps nécessaire au travail de la régénération osseuse.
« Au bout de six mois, la cicatrisation des plaies était faite dans toute leur étendue, si ce n'est à l'endroit de la fracture. A cette époque la jambe aurait pu être amputée au lieu d'élection, mais dans de mauvaises conditions, car il aurait fallu opérer près de l'articulation du genou, sur un tégument régénéré ; et, de plus, il existait encore une fistule près de la tête du péroné, fistule qui ne se guérit que lors de la chute des os.
a Le détachement des fragments se fit du onzième au douzième mois. Au quinzième mois de la blessure, le vide formé par l'élimination des séquestres était presque comblé ; une masse osseuse s'était formée ; elle acquérait tous les jours de la fermeté; déjà le malade pouvait marcher avec des béquilles et faire exécuter à son membre des mouvements dans tous les sens, sans le voir fléchir. Aujourd'hui la jambe a recouvré toute sa solidité et elle a conservé sa longueur et sa rectitude normales,
« Les fragments extraits du membre m'avaient paru devoir être plus courts qu'ils ne l'ont été en réalité; ils ont
périoste externe, est continuellement résorbé par le périoste interne ; il y a mutation continuelle de toutes les parties qui le composent. La forme
près de 20 centimètres de longueur. A la partie supérieure et dans une longueur de 5 centimètres, le séquestre n'est constitué que par une lame irrégulière correspondant à la face externe de l'os; dans le reste de la longueur, c'està-dire dans une longueur de près de quinze centimètres, c'est une portion comprenant l'épaisseur du tibia. Au niveau (Ju siège de la fracture, on voit très-clairement que le séquestre en ce point comprend, en effet, toute l'épaisseur du tibia ; car les faces et les angles 'de l'os sont conservés dans toute leur intégrité; au-dessous de ce point l'os est érodé à sa surface et plus ou moins îrrégulier. Je vous envoie la pièce anatomique et je puis montrer à l'Académie l'homme sur lequel a été recueillie cette observation. D'après les faits que j'ai vus, je ne crains pas de dire que l'amputation à la suite des fractures les plus graves ne doit être pratiquée que très-raretriênt, et dans les cas seulement où il ne sera pas possible de temporiser. »
J'ajoute le fait suivant, non moins beau, présenté à l'Académie, en \ S61 , par M. Maisonneuve :
« U s'agit d'un jeune homme dont la jambe était dans (( un tel état de désorganisation, que les chifurgiens les « plus éminents, parmi lesquels il me suffira de cîter (< M. Velpeaii, avaient décidé l'amputation de la cuisse. « Grâce à l'extirpation sous-périostale du corps entier du « tibia, exécutée d'après les idées émises par M. Flourens, « ce jeune homme a noii -seulement évité les terribles « chances d'une amputation qui , dans la statistique gé- « nérale, donne 60 décès sur 100, mais encore il a conservé
reste et la matière change ; et c'est ce que Buffon et Cuvior semblent avoir pressenti : « Ce qu'il y a, dit Buffop, de plus constant, de plus inaltérable
fc son membre dans toute Fintégritë de sa forme, de sa « souplesse et de sa vigueur..
« Chez ce jeune homme, Textirpation du coips du tibia « a été complète, ainsi qu'on peut s*en convaincre en je- <( tant les yeux sur Tos lui-même que j*ai l'honneur de « soumettre à T Académie. Il est, comme on peut le voir, « long de 30 centimètres, épais de 3 à sa partie supérieure, « d.e 2,5 à sa partie inférieure. Ses trois faces sont lisses « et compactes dans toute leur partie inférieure, rugueuses « et boursouflées dans le tiers supérieur.
« Voici, du reste, les détails de cette observation : «Plusieurs chirurgiens les plus éminents avaient été a unanimes pour décider l'amputation de la cuisse.
<5 Malgré ces imposantes autorités, et confiant dans la « puissance réparatrice du périoste si positivement dé- « montrée par M. Flourens, j'engageai les parents de ce « jeune homme à me laisser exécuter l'extirpation sous- « périostique de l'os mortifié, de préférence à l'amputation « de la cuisse.
« Le malade étant soumis au chloroforme et dans un « état d'insensibilité complète, je fis sur toute la longueur a de la face antérieure du tibia une incision longue de « 35 centimètres et pénétrant jusqu'à l'os malade, à tra- « vers le périoste qui était épaissi et déjà doublé d'une « couche osseuse nouvelle, molle et spongieuse. A cha- « cune des extrémités de cette énorme incision, j'en pra- « quai une autre transversale de manière à obtenir une a sorte de longue porte à deux battants pour pénétrer jusff qu'au foyer du mal. Je pus alors constater que )e tibia
dans la nature, c'est l'empreinte ou le moule de chaque espèce ; ce qu'il y a de plus variable et de plus corruptible, c'est la substance qui les compose ^ »
« était entièrement mortifié dans toute la longueur et Té- « paisseur de sa diaphyse, qu'il ne restait de sain que les « deux épiphyses articulaires.
« Je procédai dès lors, sans aucun retard, à l'isolement « de l'os mortifié, que je parvins, non sans peine, à extraire « complètement.
« Les suites de cette opération si longue et si difficile « furent d'une simplicité vraiment remarquable. La fièvre (t traumatique fut des plus modérées, la suppuration, anté- « rieurement si abondante et si fétide, se modifia comme « par enchantement pour faire place à une suppuration « franche et de bonne nature et, chose vraiment incroyable, « dès le quarantième jour le jeune malade pouvait se lever « et marcher avec des béquilles, comme s'il se fût agi d'une « simple fracture.
« L'os s'était reproduit d'une manière complète, à tel « point que si je n'avais conservé l'os enlevé, j'aurais pu « douter moi-même de la réalité du fait.
« Aujourd'hui, ce jeune homme est fort et vigoureux, « sa jambe anciennement malade ne diffère en aucune face çon de l'autre, elle a grandi et grossi comme elle; elle « ne s'en distingue que par une longue cicatrice, seule « trace de la terrible opération dont nous avons parlé. Elle « lui permet de courir, de sauter, de chasser, comme s'il a n'avait jamais subi d'opération et sans que l'œil le plus « exercé puisse reconnaître quelle a été la jambe antérieu- « rement malade. » Comptes rendus, t. LU, p. 505, 506, 507 et 508.
i.TAl, p. 521,
« Dans les corps vivants, dit Cuvier, aucune molécule ne reste en place; toutes entrent et sortent successivement ; la vie est un tourbillon continuel * . »
Ce tourbillon continuel^ cette mutation conti^ nueltey conçue d'une manière abstraite par BufiFon et par Cuvier, est aujourd'hui un fait constaté, démontré par mes expériences.
Comment accorder ce fait avec le système de Bonnet sur les germes accumulés ?
Bonnet croyait, avec tous les physiologistes de son temps, que l'accroissement de l'os se faisait par l'interposition de molécules nouvelles entre les molécules anciennes. Suivant ce système, c'était le m,ême os qui s'allongeait et se distendait. Or, dans cet os que Bonnet suppose constant et fixê^ l'expérience fait reconnaître une successio7i dos continuellement résorbés et refor- Diés. Cet os que je considère sur l'animal vivant û'a plus, en ce moment, aucune des parties qu'il avait il y a quelque temps ; et bientôt, il n'aura plus aucune de celles qu'il a aujourd'hui. Il ne sera plus le même os : que seront devenus ses germes accumulés ?
1 . Ilappor^ histimque sur le progrés des sciences naturellesy p. -200.
134 FORMATION DES ÊTSlES.
Il y a plus; Tos nouveau, l'os reproduit ne se forme pas tout d'un coup, tout d'une pièce ; il se forme peu à peu, parties par parties ; il est d'abord grossier, rugueux, informe ; il n'arrive que lentement à la forme qu'il doit avoir, et quelquefois il n'y arrive point. Comment la formation des os parties par parties seconcilie-t-elle avec des germes />r^/brm^5 ^i préexistants?
Note sur la formation des sutures des os.
Le périoste produit l'os. C'est aujourd'hui une vérité acquise. Mais avant que cette grande vérité fût connue, avant même qu'elle fût souj^onnée, plusieurs anatomistes avalent déjà saisi les rapports profonds des os ^t du périoste.
Avant que Duhamel eût écrit, un observateur sagace, Hunauld, disait :
«Ce qui est cvèiue actuellement n'a été dans les tt premiers tenap^ qu'une membrane S dontl'os- <( sificatiQp s'est, popr ainsi dire, emparée ^. »