‹ Ontologie naturelleChapitre 35 sur 156 · DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Où et comment se forment les différentes parties de l'ieuF. — Œufs hardés. — Prétendus œufs de coq. — Développement du nouvel être dans la cicatricule. — Caractère propre de la vie fœtale.

Je VOUS ai fait connaître la structure de Tœuf de la poule. Des parties qui le composent, les unes sont essentielles^ savoir : la cicatricule, le vitellus et sa membrane. Les autres ne sont qu'«rft'entices; ce sont : la coquille, la membrane calcaire, le blanc et les chalazes.

Les parties essentielles sont déjà formées, et il n'y a qu'elles qui le soient, quand l'œuf est dans l'ovaire.

Voici comment se forment les parties adven^ tices ; l'œuf, détaché de l'ovaire, s'engage dans le

pavillon de Voviducte; il y chemine en produisant une certaine excitation, par suite de laquelle la membrane muqueuse de ce canal sécrète une matière albumineuse. Cette matière enveloppe le vitellus et donne successivement une membrane, la membrane du blanc, et les prolongements tordus de cette membrane ou les chalazes, puis le blanc lui-même, et puis la membrane calcaire. Parvenu à l'extrémité de Toviducte et près d'être expulsé, l'œuf se revêt enfin d'une autre sécrétion, composée en grande partie de carbonate calcaire, et qui donne la dernière enveloppe, la coquille.

Beaucoup de poules produisent deux et jusqu'à trois œufs par jour. Il arrive alors que, Toviducte ne pouvant plus sécréter assez de carbonate calcaire pour envelopper tous les œufs, les derniers pondus n'ont pas de coquille. Ce sont ces œufs que Ton appelle des œufs hardés.

Pour en finir avec tous ces petits détails, je dirai un mot d'un préjugé fort répandu dans les campagnes, savoir : que les coqs pondent des œufs et que ces œufs renferment de petits sarpents.

L'illustre chirurgien La Peyronie ne dédaigna pas d'étudier le fait et de l'expliquer dans un mémoire intitulé : Sur les petits œufs de poule sans

OVÛLOaiB. i5K

jaune que Pon appelle vulgairement œufs de coq. Il ii*eut pas de peine à prouver que les coqs ne produisent pas d'œufs. Les jeunes poules commencent quelquefois par pondre des œufs imparfaits; la portion qu'eût dû former l'ovaire, encore trop peu développé ^, n'est pas fournie ; point de vitellus ni de cicatricule par conséquent. Il ne se forme que les parties sécrétées par Toviducte, c'est-à-dire le blanc et la coquille. Les petits serpents sont tout simplement les chalazes.

Je passe à l'examen de la cicatricule.

Fabrice d'Acquapendente, le maître d'Harvey, est le premier qui ait remarqué la cicatricule; mais il était loin de s'en faire une idée juste. Il croyait que l'œuf était attaché à l'ovaire par un . pédicule, et que, le pédicule venant à se rompre, il se produisait sur l'œuf une cicatrice. De là le nom de cicatricule. Harvey porta sur ce point un coup d'œil plus net; il vit que c'était dans la cicatricule que se développait le fœtus, et il lui donna le nom de vésicule du germe.

Avant l'incubation , que l'œuf soit fécondé ou non, la cicatricule ne présente qu'une tache

1. Les vieilles poules donnent aussi quelquefois des œufs sans jaune, et par la raison contraire ; c'est que l'ovaire commence à s*atrophier.

blanchâtre, un cercle mal défini. Si Tœuf, soumis à Tincubalion, n'est pas fécondé, il ne tarde pas à se corrompre. S'il est fécondé, Tincubation produit bientôt dans la cicatricute une série de phénomènes, et, Ton peut le dire ici sans aucune espèce d'exagération , une série de merveilles.

Pour amener ces merveilles, qu'a-t-il fallu? Un peu de chaleur. Ce que la mère donne à l'œuf, en le couvant, c'est uniquement de la chaleur. Aussi, les œufs d'une espèce peuvent-ils être couvés par les femelles d'une autre espèce; par exemple, les œufs d'une cane par une poule, et réciproquement. Toute chaleur est bonne pour cet usage. De là les incubations artificielles.

Les anciens Égyptiens connaissaient l'incubation artificielle, et aujourd'hui encore elle constitue une véritable industrie dans quelques villages près du Caire.

En Europe, l'incubation artificielle a été reproduite par Réaumur. Personne n'ignore que c'est à Réaumur que nous devons l'instrument qui nous sert à mesurer la chaleur, le thermomètre. La première invention du thermomètre remonte à Newton , mais c'est Réaumur qui a rendu cet instrument d'une application sûre et facile par

OVOLOGIE. 157

le choix heureux des deux points extrêmes de la graduation : celui de la glace fondante et celui de rébuUition de Teau, points toujours fixes dans les mêmes conditions. Réaumur eut Tidée de me* surer avec son thermomètre la température qu'une poule communique à l'œuf; il trouva +32* de son thermomètre , c'est-à-dire + 40® du thermomètre centigrade. Il essaya ensuite de soumettre des œufs à cette température, maintenue constante pendant toute la durée du temps que comprend l'incubation naturelle. L'éclosion eut lieu.

Aujourd'hui l'incubation artificielle est d'une pratique vulgaire.

L'œuf de la poule demande une incubation de 21 jours. Suivons ce qui va se produire dans les premiers jours.

Portons nos regards sur la cicatricule. Dès les premières heures de l'incubation, la petite masse de substance contenue dans la cicatricule. se divise : d'abord, en deux moitiés, puis chacune des deux moitiés se sépare en deux autres, qui se subdivisent de la même façon, et, de division en division, la cicatricule se trouve bientôt composée d'une quantité considérable de petites sphères ou cellules. C'est là ce qu'on nomme la segmentation

de la cicatricule.

Bientôt ,• dans la cicatricule ainsi segmentée , apparaît une membrane, dans laquelle vont se dérouler tous les phénomènes du développement. Cette membrane est nommée le blastoderme.

Le blastoderme, né de la cicatricule, s'épanouit à la surface du vîtellus , au-dessous de la membrane vitelline. 11 se divise bientôt en deux feuillets : l'un, qui est destiné à former les organes de la vie de relation, c'est \e feuillet externe ou se* retix; l'autre, qui donnera naissance à l'intestin et à la plupart des viscères, c'est le feuillet interne ou muqueux^.

Deuxième jour d'incubation : la cicatricule s'est agratidie; elle est entourée de cercles que leur apparence a fait appeler halos (terme emprunté à l'astronomie). Un pointillé rouge se remarque sur les halos.

Troisième jour : un très-beau réseau vasculaire couvre les halos; il résulte du développement des vaisseaux omphalo-mésentériques ; c'est Ximage veineuse des anciens. L'embryon se dessine sous l'aspect d'un petit corps linéaire, légèrement recourbé sur lui-même, en forme d'un

i. Entre ces deux feuillets, quelques observateurs en admettent un troisième ou feuillet vascHlaire^ dans lequel se produiraient les vaisseaux.

OVOLOOIE. 159

croissant. Au centre de ce croissant est un point rouge qui saxiie ^punctum saliens; ce point sautillant est le cœur. Aristote avait yu avec admiration, dans l^œuf de Toiseau, ce point qui saute. Harvey l'observa à son tour dans l'œuf du mammifère, et son ravissement fut tel à cette vue qu'il courut chercher le roi Charles P', pour lui faire contempler la merveille.

Quatrième jour : l'embryon est plus développé; son canal intestinal se montre; Vallantoide, qui avait déjà paru, croît rapidement; Yamnios est formé.

Le sixième jour j le nouvel être est complet.

On croit communément que la différence entre le fœtus et l'adulte ne consiste que dans les proportions, dans la taille, etc.; ainsi, le fœtus du cheval serait tout simplement un cheval en petit. On se trompe; la différence est plus profonde. Le fœtus a toute une organisation qui lui est propre. Il y a des organes fœtaux, et il y a des organes d'adulte.

Remarquons d'abord que la vie animale (la locomotion, les fonctions des sens, la vue, l'ouïe, etc.) est encore assoupie dans le fœtus. Il n'y a que la vie végétative qui soit en action, et

elle s'exerce par des organes qui sont autres que ceux de la \ie végétative de l'adulte. Le fœtus a une peau extérieure, Yamnios, qui n'est pas ta peau de Tadulte ; il respire à sa façon par les vaisseaux omphalo-mésentériques d'abord, puis par les vaisseaux ombilicaux ou allantoidiens ; il a une poche extérieure pour recevoir ses excrétions, Yallantoîde. Ce sont toutes ces parties qui constituent les organes temporaires du fœtus, les .organes propres de sa vie végétative.

Page 1