DIX-HUITIÈME LEÇON
Membranes de l'œur : 1" membrane vitelline ou chorion 2^ amnios ; 3* membrane ombilicale ; A^ allantoïde.
Ne perdez pas de Tue, dans la suite de ces études ovologiques, ce point fondamental, savoir : que le fœtus se nourrit, respife, vit, en un mot, par des organes qui lui sont propres, par des organes que n'a pas l'adulte. Ainsi, le fœtus a une peau extérieure , un intestin , une vessie excrétoire, des poumons, qui lui sont propres. C'est l'ensemble de ces parties qui constitue l'organisation propre du fœtus pour la vie végétative.
A les considérer d'une manière générale , ces organes de la vie végétative se composent de
162 FORMATION DES ËTRËS.
quatre poches ou membranes : 1^ la membrane vitelline ou le chorion ; 2"* Tamnios ; 3* la membrane ombilicale ; 4^ Tallaûtolde. Étudions chacune de ces membranes, toujours dans Tœuf de l'oiseau.
1* La membrane vitelline^ se nomme aussi membrane du jaune. Elle présente une structure celluleuse, et peut être divisée en deux feuillets. C'est l'enveloppe générale de l'œuf, avant qu'il se soit détaché de l'ovaire.
La menabrape vitelline ne tient pas au foetus, tandis que les trois autres poches sont des émanations du fœtus lui-même.
Tels sont donc les deux caractères essentiels de la membrane vitelline : c'est une ^nveloppe générale, et elle pe tient pas au fœtus.
2® Vamnios est un6 membrane très -fine, blanche, pellucide, née du feuillet externe ou séreux du blastoderme, le même qui a déjà produit la première ébauche de l'embryon. Autour de l'embryon ce feuillet se soulève en formant un pli circulaire, qui devient de plus en plus sail^ lant. C^ pU se recourbe de tous côtés, d'avant en arrière , d'où résulte une cavité au fond de la-
^ i. Dans les mammifères, elle prend le nom de chorion.
OVOLOGJE. 163
qijelle $e trouva Tembryou. Au niveau des deux extrémités de Ti^inbrypn, \^ pli biastoderipiaue prjeD(} uDç appai*eDce qui l'a f^it comparer à un capuchon ; et c'est ^^ là que yieijnent les noms de capuchon céphalique et de capuchon caudal : le premier, coname son iioip J'indique, servant à désigner la portion de ce pli qui répond à la tête de l'embryon; le secopd, la portion de ce pli qui répond à la partie caudale. Par suite du développement progressif du pli circulaire qui se recourbe de plus ei) plus, l'oriiice de la cavité, de la bourse, se rétrécit et finit par s'oblitérer en un point qui répond à la face dorsale de l'embryon, et qu'on nomme V ombilic amniotique.
Vamnios est alors formé : bientôt il sécrète un liquide séreux destiné à protéger le fœtus. Ce liquide est le liquide amniotique.
Le petit poulet se trouve complètement renfermé dans Tamoios et entouré du liquide amniotique, à la fin du quatrième jour de l'incubation.
L'amnios a pour caractère de servir d'enveloppe immédiate au fœtus.
3® La membrane ombilicale est constituée par le feuillet interne ou muqueux du blastoderme.
La partie de ce feuillet qui répond à Tembryon, formera Tintestin intérieur du fœtus. Par son épanouissement extra-fœtal, ce feuillet s'applique immédiatement sur le vitellus et l'environne complètement : il prend là le nom de membrane ombilicale, et forme comme un second intestin, comme l'intestin extérieur du fœtus.
La membrane ombilicale n'est que la continuatiion de Yintestin du fœtus.
C'est cette continuité, mal démêlée, qu'Haller regardait comme une preuve péremptoire de la préexistence du germe. Nous voyons, disait-il, la poule pondre des œufs sans le concours du mâle. C'est déjà im indice de préexistence. Nous voyons ensuite l'œuf (c'est-à-dire le jaune et sa membrane) tenir au pow/e/. J^oncYœufeile poulet n'ont jamais fait qu'un et préexistaient ensemble.
C'était très-bien raisonner, mais c'était partir d'une méprise. Haller confondait la membrane vitelline avec la membrane ombilicale. La membrane vitelline préexiste, en effet, au développement du fœtus et même à la fécondation ; mais elle ne tient pas au fœtus, elle n'appartient pas au fœtus : la membrane ombilicale, au contraire, vient du fœtus, tient au fœtus ; mais elle ne préexiste point.
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La membrane ombilicale tapisse à l'intérieur la membrane vitelliae^ et ses vaisseaux viennent du poulet : c'est le prolongement des vaisseaux mésentériques de celui-ci.
4^ Vallantoîde est une quatrième poche, qui ne paraît qu'après les autres. C'est cette poche qui, dans les mammifères, donne naissance à la vessie urinaire et dont le vestige subsistant porte le nom d'ouraque. Cette poche natt delà partie inférieure de l'intestin sous forme d'une petite vésicule. C'est entre la 48* et la 60* heure de Tincubation que cette sorte de germination a lieu. Le quatrième jour, l'allantoîde croit rapidement; le cinquième, elle a un long pédicule; le sixième, elle se montre comme une grosse vessie aplatie. Dans les derniers jours de la seconde semaine , elle enveloppe tout le fœtus, y compris le sac vitellin, tapisse l'intérieur de la coque et soutient un réseau vasculaire extrêmement riche, contenant un sang vermeil. Les troncs de ce réseau sont les vaisseaux ombilicaux, composés de deux veines et de deux artères.
Les vaisseaux de l'allantoîde constituent essentiellement le poumon du poulet dans l'œuf, son organe de respiration, l'organe qui présente le sang à l'action de l'air.
L*allantolde a aussi pour usage de recevoir les excrétions du fœtus.
Haller est le premier qui ait bieo obs^vé Tallautolde dans Toiseau. Il en parle en ces termes : « L'allantolde parait de bonne heui*6 et dès avant le troisième jour, d
Nous venons d'étudier toutes les parties adventices et toutes les parties essentielles de Tœuf dans les ovipares. Formons-nous maintenant une idée du rôle physiologique de chacune d'elles.
Commençons par les parties adventices.
Pour des organes si petits, si frêles, que le sont d'abord ceux du nouvel être, une enveloppe co^iinune et protectrice était nécessaire. Cette enveloppe est la membrane calcaire qui se trouve encore fortifiée par la coquille. Au moyen de sa coquille, Tœuf peut résister aux agents de destruction qui Tenvironnent.
Il fallait, en second lieu, que le nouvel être fût préservé du contact des autres parties qui composent Tœuf . C'est Tampios qui sert à cela ; il contient le fœtus privativement et Tisole des autres parties. Ce n'est pas tout; il fallait prévenir les chocs, les secousses : et c'est h quoi sert le liquide sécrété par l'amnips. Dans ce liquide le
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DouTe] être est ballotté doucement; l*effet des ehoes et des secousses est amorti.
En troisième lieu, Tœuf étant complètement séparé dé la mère, s'il n'y atait pas eu dans l'œuf même une provision de nourriture, comment le fœtus aurait-il vécu?
La membrane du jaune contient une provision de matière nutritive, telle qu'il la fallait pour le jeune être. Cette provision, appelée /«wnc ou vttdlus^ a été si bien mesurée que le fœtus trouve dans l'œuf ce qu'il lui faut de nourriture précisément pour le temps de son développement^ ni plus ni moins.
Dans les vivipares, chose admirable! il se développe, parallèlement au développement du fœtus, et non point dans le fœtus, mais dans la mère, un organe destiné à préparer l'aliment nécessaire au noutel être : cet organe est la mamelle, et cet aliment est le lait.
Toute nutrition implique une excrétion ^ De plus, cette excrétion ne peut pas sortir de l'œuf. Mais, dira-t-on, son séjour y sera une cause de désordre; elle refoulera les organes, étouffera
1 . Pendant la vie fœtale, l'excrétion est exclusivement liquide, c'est-à-dire urinaire.
ranimai! — Non, il a été pourvu à tout; il existe une poche, Vallantoîde^ pour recevoir Texcrétion.
Maintenant, comment le fœtus respirera-t-il?
Par ses poumons? Mais le fœtus est pelotonné, ramassé sur lui-même ; par suite, ses poumons sont comprimés, et d'ailleurs, ils sont encore bien imparfaits. 11 ne peut donc pas respirer par ses poumons. — Cette même poche, qui sert de réceptacle aux excrétions, se recouvre de vaisseaux qui s'étendent, se développent et vont audevant de Toxygène; ils font ToIBce d'organe respiratoire.
Quelle admirable série de prévisions et de précautions! N'est*il pas manifeste, par tous ces exemples, que les fonctions sont le but, la/îit des organes, et ne sommes-nous pas fondés à dire que la physiologie est la démonstration évidente des causes finales?
DIX-NEUVIÊME LEÇON
Tout œuf est composé de même. — Ovulation spontanée. Description de Toeuf des mammifères carnassiers.
Après cette première loi : tout être vivant vient (ïun œuf^ nous en aTons posé une autre : tout œuf est composé de même. Voyons donc si nous retrouverons dans l'œuf du mammifère les caractères et la structure de Tœuf de F oiseau.
Un premier point de conformité, c'est que tous les deux se forment dans un même lieu qui est l'ovaire . Nous FaTons déjà vu.
L'œuf du mammifère est contenu dans une vésicule qu'on appelle du nom de celui qui l'a vue
le premier : vésicule de Graaf. Cette vésicule, parvenue à maturité, se rompt pour laisser échapper Tœuf ; la rupture forme une plaie qui, comme toute plaie, s*accompag:ne d'une tuméEaiction, d*un épanchement sanguin. Au bout de quelque temps, le sang épanché s'épaissit en une matière jaunâtre : c'est ce qu'on appelle le corps jaune. Autant de corps jaunes, autant d'œufs qui sont sortis de l'ovaire. Le corps jaune ne tarde pas à être résorbé et ne laisse qu'une cicatrice; le nombre d'œufs sortis de l'ovaire reste marqué, attesté par le nombre des cicatrices.
Les œufs, détachés de l'ovaire, ne donnent pas tous des fœtus. Ceux qui n'ont pasété fécondés ne produisent rien. Dans ceux qui ont été fécondés, un nouvel être se développe. Pour les mammifères, le développement du nouvel être, le développement fœtal se fait tout entier dans la matrice. Au contraire, l'œuf de l'oiseau séjourne très-peu de temps dans l'oviducte, d'où il sort pour être soumis à l'incubation.
Tous voyez qu'il existe, si je puis parler ainsi, deux pondaisons successives : Tutie intérieure, quand l'œuf s'échappe de sa tésicule ; l'autre extérieure, quand le fœtus parvenu à terme dans les vivipares, ou quand l'œuf itiûr pour Tincu-
ovoiiûoifi. ni
bdtioa dans les oyipares, sort du sein de la mère.
Vous voyez ap&si que la feipelle (tmi jla^s les vivipares que dans les oviparçç) popd de§ œufs sans le recours du mâle, phépomèipa qui a reçu le nopi d'ovulation spontanée, l^e f^it est n^apifeste et se passe gpus les yeux de Tobserv^teur . dans les oiseapx, dans les batracien^, tels qv}e le crapaud, la grenouille, dans la plupart des poissons, etc.
En 1835, professant |in Cours d'ovologie m Muséum, je pressentais déjà que l'ovulation spontanée, visible daqs Toiseau, (dau§ le J)atr^ç|en, dans le poisson, devait constituer une loi générale et qu'en conséquence on devait finir par la retrouver dans les vivipares. M. Poucbet, professeur de zoologie à Rouen, a vérifié depuis ce que j'avais prévu. Il a dén)ontré, par des fai|;s încojitestables, l'ovulation spontanée dans les apirai^ux mammifères, \l. Hacibprski pst venu ensuit^, et a démontré l'ovplation spontanée dans l'espèce humaine (1844). La généralisation a été complète.
Le phénomène organique qui accompagne l'ovulation spontanée, cette sorte de parturition vierge, est le phénomène des époques périodiques
dans Tespèce humaine, et celui d'autres époques également déterminées, pour les animaux.
Passons à l'étude des mammifères, '
Nous y retrouverons toutes les membranes, toutes les poches de l'œuf de l'oiseau. Prenons d'abord pour exemple l'œuf d'un carnassier, du chien. Il nous présente les parties suivantes :
Dans Yovaire : l"" la vésicule de Graaf ; 2® dans ^ la vésicule de Graaf, l'œuf de Baër ; T dans l'œuf de Baër, la vésicule'ou l'œuf de Purkinje ; 4** sur l'œuf de Purkinje, la tache germinative, laquelle n'est pas constante.
Dans la matrice: 1"* le chorion; 2"* l'amnios^ 3® la vésicule ombilicale; 4® la vésicule allantoîde.
Pour démontrer la loi d'analogie, je vais reprendre, sur l'œuf des carnassiers, la description de chacune des poches membraneuses, que nous avons étudiées dans l'œuf de l'oiseau.
Chorion. Le chorion est la membrane la plus externe de Y (Buf [membrane vitelline des oiseaux); eUe enveloppe toutes les parties du fœtus et ne lui adhère nullement. Le chorion se compose d'une membrane mince et caduque, recouverte d'un enduit verdâtre.
Le chorion, plus complet dans les autres mam-
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mifères, est, dans les carnassiers, très-peu marqué, rudimentairc.
Amnios. L'amnios est une poche remplie de liquide, et sert d'enveloppe immédiate au fœtus. L'amnios est une membrane mince et diaphane, analogue aux membranes séreuses, ne contenant point de vaisseaux.
Vésicule ombilicale. La vésicule ombilicale a la forme d'un T dont la branche horizontale serait formée par la vésicule, et la branche verticale parle pédicule. Cette vésicule est située sous le chorion, à Textérieur du cordon ombilical, et contenue entre deux replis de la vésicule allantoîde.
La vésicule ombilicale sert à la nutrition du fœtus dans le commencement de la gestation, lorsque l'œuf n'a pas encore contracté d'adhérence placentaire avec la matrice. Elle est recouverte par les vaisseaux omphalo-mésenlériques. Vésicule allantoïde, La vésicule allantoide a une forme ovoïde ; elle est située à l'extérieur de Tamnios; elle est recouverte de vaisseaux qui ont pour racines les vaisseaux ombilicaux. La vésicule allantoïde tient à la vessie du fœtus par Touraque.
Toutes les parties sont donc essentiellement les
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méineâ dans Fœuf du mammifère et dans Tœuf de l*oiseau : seulement les proportions de telle ou telle partie yarlent, parce que les circonstances de la vie fœtale yarient elles-mêmes.
Ainsi, les mammifères étant vivipares et leur œuf ayant pour lieu d'incubation Toviducte, cet œuf n*avait pas besoin d'être protégé par une enveloppe dure et résistante^ comme Tœuf de Toiseau.
Ainsi encore^ Tœuf des mammifères est extrêmement petit, comparé à celui des ovipares proprement dits, parce que l'œuf de ceux-ci, entièrement séparé de la mère, devait coptenir en lui toute la nourriture nécessaire au développement du fœtus.
Au contraire, l'œuf des mammifères n'^ qu'un très-petit vilellus, parce que ce vitellus ne doit servir, en eflfet, qu'au premier développement du fœtus. Celui-ci ne tarde pas à se mettre en rapport avec les parois de l'organe d'incubation, de l'utérus, et à tirer de la mère, par un organe que nous étudierons bientôt [le placenta)^ toute la nourriture et tout l'oxygène dont il a besoin.
La loi (i'analogie subsiste donc; tous les éléments principaux, toutes les poches principales de l'œuf de Voiseau sont donc retrouvées dans
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Tœuf du mammifère, et notre proposition est démontrée : Tout œuf[V(Bn{ du mammifère et celui de YoiseaUy Tœuf du vivipare et celui de Yavipare), tout œuf est composé de même. ^