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VINGTIÈME LEÇON

Œuf des ruminants. — Œuf des rongeurs. — Le fœtus respire par sa mère ; expérifinces de Yésale et de Le Gallois. — Le fœtus se nourrit par sa mère ; mes expériences.

Tout œuf est composé de même^ ai-je dit; et, en effet, nous avons retrouvé, dans l'œuf des mammifères carnassiers, toutes les parties que nous avions vues dans l'œuf de l'oiseau.

Vérifions, d'une vue rapide, la loi de conformité dans les autres mammifères : prenons l'œuf des ruminants. Celui-ci a un intérêt historique ; il a été étudié, pour la première fois, par le plus éminent esprit qui se soit occupé de physiologie dans l'antiquité, par Galien. On sait ,qu'alors l'étude directe des dépouilles humaines était interdite. Galien a tiré du ruminant tout ce

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qu'il applique aux enveloppes du fœtus humain.

Galien donne à l'allantoïde ces deux caractères : 1® d'être en forme de boyau; 2'' d*être couverte de cotylédons.

En premier lieu, ni les carnassiers, ni les rongeurs ne nous offrent d'allantoïde en forme de boyau ; en second lieu, nous trouvons bien le premier de ces caractères dans les pachydermes, mais l'allantoïde de ceux-ci n'a pas de cotylédons; elle ne porte que de simples disques.

Les deux caractères décrits par Galien ne se trouvent réunis que dans les ruminants.

L'œuf des ruminants nous présente d'ailleurs toutes les autres enveloppes que nous avons déjà vues.

Passons à l'œuf des rongeurs : il se rapproche beaucoup de celui des carnassiers. Contentonsnous de noter que le chorion, rudiraentaire et à peine visible dans les carnassiers, est mieux accusé dans les rongeurs.

L'œuf des carnassiers a un chorion si mince qu'on avait même douté qu'il en eût un ; Cuvier, le premier, en a reconnu les traces.

Nous avons retrouvé, d'une part, dans l'œuf des vivipares toutes les parties essentielles que

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nous avions étudiées dans Tœuf des oiseaux. Nous avons vu, d'autre part, que Y œuf de l'oiseau présente des parties adventices qui n'existçnt pas dans Tœuf des mammifères. Il ne reste plus qu'à parler d'un organe qui manque à Vœuf des aiseauXj le placenta.

Le placenta est le caractère spécial de YfBuf des mammifères.

Celui des animaux carnassiers est upe puasse vasculaire placée à la face externe de l'cpuf, enveloppant comme une ceinture tout Tœqf et le partageant en deux parties à peu près égales. Il pst formé par la terminaison des vaisseaux ombilicaux ou allantoïdiens. Il offre deux faces : l'une interne, ou fœtale, elle est lisse; l'autre externe, ou utérine, elle est rugueuse, mamelonaée, villeuse, et parsemée de vaisseaux qui se mettent en rapport avec ceux de l'utérus. Enfin, sur l'utérus même, se voit une zone vasculaire : c'es}; le placenta utérin.

Le placenta est unique dans certaines espèces, et multiple dans d'autres ; en sorte que : 1® par cela seul qu'il existe ou non, il sert à distinguer les vivipares des ovipares; et 2** par cela seul qu'il est unique ou multiple, il sert à distinguer les vivipares l|ss uns des autres.

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Tous les animaux onguiculés ont un placenta unique. Tous les animaux ongulés ont un placenta multiple.

Venons aui deux grandes questions physiologiques de la vie fœtale des mammifères. Comment se font la respiration et la nutrition du fœtus?

Le fœtus respire par sa mère.

Vésale est le premier qui ait tenté, sur cela, quelques expériences. Ayant ouvert le* ventre d'une chienne pleine et à terme, il retira un des petits de la matrice et le posa sur une table, sans déchirer les enveloppes : il vit bientôt, à travers les enveloppes, le petit faire de vains efforts pour respirer et enfin mourir comme suffoqué. Et veluti suffocatus fnoritury dit Vésale. Un autre petit, dont il déchira les enveloppes à temps, respira efficacenient, dès qu'il eut la tête dégagée.

Le fœtus vivipare respire donc, conclut Vésale, dans la matrice, par l'intermédiaire de sa mère, et non par ses enveloppes, puisque, au milieu môme de l'air, ces enveloppes ne permettent pas à l'air de passer et d'arriver au fœtus.

Les expériences de Le Gallois sont plus précises. Tl les fit sur des lapins.

Il constata d'abord que le foetus de lapin a la faculté de résister pendant vingt minutes à Tasphyxie, tandis que le lapin adulte ne peut y résister plus de deux minutes.

Ce point acquis, il soumit à ses expériences des lapines pleines, parvenues au 30* jour, c'est-àdire au tenne de leur gestation. Il les asphyxiait en les plongeant dans l'eau. Or, le petit qui, tiré de la mère vivante, survivait vingt minutes à l'asphyxie, ne survivait plus que dix-huit minutes à l'asphyxie, quand on le tirait de la mère asphyxiée. Donc, l'asphyxie du fœtus avait commencé avec celle de la mère. Les deux minutes d'asphyxie de la mère et les dix-huit minutes de survie du fœtus donnent vingt minutes, somme du pouvoir total qu'a le fœtus de résister à l'asphyxie.

J'ai répété les expériences de Le Gallois, et je les ai trouvées exactes.

La respiration du fœtus se fait donc par la mère.

Mais (question plus difficile encore), comment. se fait sa nutrition ?

Eu 1854, époque des leçons que je reproduis ici, rien n'était plus obscur, plus inconnu encore que le mode selon lequel s'opère la nutrition du fœtus dans les mammifères. On poussait l'igno-

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rance ou plutôt Fabsurdité jusqu'à supposer que le fœtus se nourrissait des eauxdel'amnioSy c'està-dire jusqu'à supposer que le fœtus se nourrissait d'une sécrétion du fœtus.

Une expérience que j'ai faite cette année même (1860) \ient de jeter un jour tout à fait inattendu sur ce grand phénomène, l'un des plus délicats et des plus profonds de l'économie animale entière.

A cause de l'importance du sujet, je reproduis ici la Note que j'ai lue à l'Académie, en lui corn- . muniquant mon expérience.

Note sur la coloration des os du fœtus par l'aç^ tion de la garance^ mêlée à la nourriture de la mère.

Il y a yiugi ans aujourd'hui que je présentai à l'Académie (séance du 5 février 1 840) deux ou trois squelettes de pigeons, rougis par l'action de la garance qui avait été mêlée, pendant un certain temps, à la nourriture de ces animaux. Les premières et dernières expériences de ce genre, faites en France, l'avaient été par Duhamel en 1739, c'est-à-dire plus d'un siècle avant les miennes.

m rORMATION DBS ÊTRES.

Les expériences de Duhamel étaient à peu près oubliées ; les miennes furent accueillies avec cu-^ riosité par les physiologistes.

Dans la séance du 2i février 1840, passant de mes expériences sur les oiseaux à celles sur les mammifères, je présentai à l'Académie deux ou trois squelettes de jeunes porcs dont les os et les dents étaient complètement rougis aussi par Taotion d'un régime mêlé de garance.

Aujourd'hui je présente à l'Académie un fait beaucoup plus curieux, et, à ce que je crois, tout nouveau. 11 ne s'agit plus des os de l'animal même nourri avec de la garance. 11 s'agit des os d'un fœtus, dont tous les os sont devenus rouges, et du plus beau rouge^ par cette seule circonstance que la mère a été soumise à un régime mêlé de garance pendant les 45 derniers jours de la gestation.

Et non-seulement tous les os sont devenus rouges S mais les dents le sont devenues aussi.

1 . Et, chose remarquable, d'une manière beaucoup plus complète, et surtout beaucoup plus uniforme, que lorsque le fœtus, arrivé à un mois d'âge, par exemple, est soumis lui-même au régime de la garance, tant la perméabilité du Ussu de l'embryon a facilité la pénétration du sang de la mère.

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Du reste^ il D*y a que les os et les dents (c'est-à-dire que ce qui est dénature osseuse) qui le soient devenus. Ni le périoste, ni les cartilages, ni les tendons, ni les muscles, ni Testomac, ni les intestins, etc. ; rien autre, en un mot, que ce qui est os, n'a été coloré.

Tout ceci est absolument ce qui se passe dans les animaux nourris eux-mêmes avec un régime mêlé de garance.

Je mets sous les yeux de TAcadémie trois pièces qui sont trois parties du même sque* l€tte.

La première est le tibia droit, joint à son pé* roné. Tout Tos est rouge ; mais le périoste et les cartilages ne le sont point.

La seconde pièce est le tibia gauche. Un lambeau du périoste a été détaché sur un point, et Ton voit qu'il a conservé sa couleur blanche ordinaire.

La troisième pièce est le reste du squelette. On y remarquera surtout les dents, qui sont parfaitement colorées.

La coche, qui a donné ce fœtus, en a produit cinq à la fois. Deux sont morts, et tous deux se sont trouvés également colorés. Les trois autres vivent; et Ton peut juger, par la coloration de

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leurs dents, de la coloration du reste de leur squelette ^

Je me borne à présenter aujourd'hui le fait à l'Académie. Il est capital.

La mère ne communique directement, immédiatement a\ec rintérieur du fœtus que par son sang. Or^ la communication du sang de la mère avec celui du fœtus, de quelque mode qu'elle se fasse ^, est un fait plein de conséquences.

Comment le fœtus respire-t-il ? Comment se nourrit-il ? Évidemment par le sang de la mère. Tous les physiologistes sérieux l'ont toujours pensé et toujours dit.

Mais le sang de la mère communique-t-il avec celui du fœtus? C'était là toute la question ; et, par les pièces que je mets sous les yeux de l'Académie, on voit qu'elle est résolue.

Le sang de la mère communique si pleinement avec celui du fOBtus, que le principe colorant de la garance, ce même principe qui colore les os de la mère, colore aussi les os du fœtus '.

1. Comme je juge par la coloration des dents, de celle du squelette, sur la mère encore vivante.

2. Voyez les Comptes rendus de TAcadémie des Sciences, t. L, p. iOlO.

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