‹ Ontologie naturelleChapitre 61 sur 156 · Tome I, p. 290, «749 (ëdit. in-4« de l'imp. roy · texte numérisé non relu

Tome I, p. 290, «749 (ëdit. in-4« de l'imp. roy

3» Ibid.

plus assez de vie pour oser entreprendre le tra* vail, immense et nouveau, que leur étude va demander. — ce Cette opération de la nature (la a pétrification) .est le grand moyen dont elle a s'est servie, et dont elle se sert encore, pour « conserver à jamais les empreintes des êtres a périssables ; c'est en effet par ces pétrifications (( que nous reconnaissons ses plus anciennes « productions, et que nous avons une idée de « ces espèces maintenant anéanties, dont Texis^ (c tence a précédé celle de tous les êtres actuellett ment vivants ou végétants; ce sont les seuls « monuments des premiers âges du monde; leur u forme est une inscription authentique qu'il est « aisé de lire en la comparant avec la forme des a corps organisés du niême genre ; et comme on a ne leur trouve point d'individus analogues dans (( la nature vivante, on est forcé de rapporter « l'existence de ces espèces actuellement per- « dues......^ »

« C'est surtout, contiuue-t-il, dans les coquille lages et les poissons, premiers habitants du a globe, que l'on peut compter un plus grand « nombre d'espèces qui ne subsistent plus; nous ^

\. Hist des min,, t. IV, p. lo6, 1780.

274 8UCCBSSI0N DES ÊTRES.

< n*entreprendrons pas d'en donner ici i^éntimé - «' ration, qui, quoique longue, serait encore in- « complète; ce travail sur la Tieille nature exigent rait seul phis de temps qu'il «e m'en reste à « vivre, et je ne puis que le recommander à la « postérité*. »

Il dit enfin : «c Les pétrifications sont les monu- <i ments les mieux conservés, quoique les plus a anciens de ces premiers âges ; ceux que Ton fit connaît sous le nom de fossiles appartiennent « à des temps subséquents... Aussi trouve-t-on « les turquoises, ainsi que les autres os et les a dents fossiles des animaux, dans les premières « couches de la terre à une petite profondeur, « tandis que les coquilles pétrifiées font souvent « partie des derniers bancs au-dessous de nos <( collines, et que ce n*est de même qu'à de (( grandes profondeurs que Ton voit, dans les « schistes et les ardoises, des empreintes de « poissons, de crustacés et de végétaux, qui « semblent nous indiquer que leur existence a c< précédé, même de fort loin, celle des animaux « terrestres. Néanmoins, leurs ossements con- /< serves dans le sein de la terre, quoique beau-

i, Hist, desmin.y t. IV, p. 157.

« coup moins anciens que les pétrifications des i< coquilles et des poissons, ne laissent pas de « nous présenter des espèces d'animaux quaa drupèdes qui ne subsistent plus,... et dont « nous n'avons ni le modèle exact ni n'aurions c< pas même Tidée, sans c«8 témoins aussi authen- « tiques qu'irréprochables; ils nous démontrent K Texistence passée d'espèces colossales, diffea rentes de toutes les espèces actuellement subtt sistantes^.. »

Tout ce passage est vraiment admirable. Jamais le génie n'a vu de plus loin et n'a vu plus juste dans les grands phénomènes de la nature.

Après Bufifon vint Camper.

Dans un mémoire sur le rhinocéros d'Afrique'^, publié en 1780, Camper distingue très-habilement les rhinocéros vivants du rhinocéros fossile de Palias à cloison nasale osseuse ', et les dents des éléphants fossiles des dents des éléphants

\. Hist des min., t. IV, p. 158.

2. Dissertatio de cranio Rhinocerotis africani^ etc. AcU Acad. se imp. Fetrop., p. 193, 1780.

3. a Vomer in nostFO erat valde tenuis, ex duplici latt mina constarïs, quaî septum cartilagineum excipiebat, « atquQ exterius muitopere discrepat a fossili in que et a vomer et septum ex osâe robustissimo conflata videntur. » Ibid., p. 201.

actucfe, et pourtant il s'écrie qu^il ne saurait admettre Tidée d'espèces perdues parce qu'elle répugne, dit-il, à la Providence divine^.

Mais, dans un autre mémoire, publié en 1788^, Camper, passant en revue les os^fossiles de plusieurs grand quadrupèdes , d'éléphants, de cerfs, de buffles gigantesques, etc., reconnaît enfin que plusieurs espèces de ces animaux sont aujourd'hui perdues '.

Je n'avais pas d'abord osé croire, dit-il, qu'il pût y avoir des espèces perdues, cela me paraissant répugner à la Providence divine. Mais aujourd'hui, au milieu de tant de témoignages de races

1. « In dentibus molaribus fossilibus elephantorum (( sempcr notabilis observa tur diversitas ; quid ergo? Num « perditam atque extinctam statuere idée liceret speciem, « quia similem non novimus? Id sane credibile non vite detur, quia Provldentiœ divinae répugnai. » J^w, acU Acad. se. tmp. Vetrop,, p. 202.

2. Complementa varia, etc,, ad elar, ac celeb. Pallas. md.y 1788, p. 250.

3. « Adserere... audeo mammonteum animal extinctum a esse... etiam elephantos et hippopotamos olim giganteoa « fuisse, quemadmodum bubalos, alcesque, ursosque, gi- « ganteos rêvera exti tisse... evidentissime, boc momento, « demonstrare queo. » îhid^i p. 25i. «... Diversa et aà « cervos magis accedens species mîhi videtur et ex- « tincta. )» îhid.f p. 259.

• PALÉONTOLQaiîl. 27Ï

éteintes, que j'ai réunis dans ma collcclîon, des méditations plus sérieuses m'ont persuadé qu'il ne répugnait point à k sagesse divine de prescrire des termes marqués aux espèces vivantes, comme à toutes les autrçs choses, à mesure que ces choses et ces espèces ont pleinement satisfait à ses vues K

Nous touchons au moment où une lumière toute nouvelle va se répandre sur ces grands sujets^

Dans son beau mémoire sur les éléphants vivants et fossiles ^^ lu à l'Institut en l'an iv (1796), M. Cuvier distingue d'abord, d'une manière d5Iinitive, l'espèce fossile des espèces vivantes; il prouve ensuite, et toujours d'une manière définitive, que l'espèce fossile est une espèce perdue;

1. o De cranio rhinocerotls disserens, credere nondum « ausus sum, animalium diversorum extinctionem, seu an- « nihilationem, tanquam divinae providentise repugnantem. « Hodie vero quam plurima extinctorutn specimina , in « museo mec reperiunda, et meditationes magis seriae per- « suaserunt mihi, sapientiœ divinsB non repugnare legem ce qua res illas, vel animalia ilta desinere jubeat, simul ac « scopoprimario, nobis incognito, satisfecerunt penitus. i» Nova Acta Acad. se. Petrop, p. 251 .

,2. Mémoire sur les espèces d'éléphants vivantes et foS" siles, lu le !•' pluviôse an iv ; Mém. de Vlnst. nat. des se. et arts, an' vu, p. 1.

278 SUCCESSION DBS ÊTRES.

et puis il écrit cette phrase si rmnarquable : « Qu^on se demande pourquoi on trouve tant de « dépouilles d'animaux inconnus ; tandis qu'on « n'en trouve presque aucune dont on puisse « dire qu'elle appartient aux espèces que nous « connaissons, et l'on verra combien il est pro* a bable qu'elles ont appartenu à des êtres d'un . « monde antérieur au n6tre, à des êtres détruits <c par quelque révolution de ce globe ; êtres dont a ceux qui existent aujourd'hui ont rempli la a place, pour se voir peut-*étre un jour égalea ment détruits et remplacés par d autres. »

000 Qsseivents lowUw déçouyerta par M. Cuvler dans les carrières des environs de Paris.

Lorsque M. Cuyier écrivait là phrase que je vieas de citer, il ne conuaissait pas encore les ossements fossiles des environs de Paris. c< Il ne <( se doutait pas, comme il le dit lui-même, qu'il (c marchait sur un sol rempli de dépouilles plus « extraordinaires que toutes celles qu'il avait vues « jusque-là. »

Et cependant il concevait déjà clairement que les ossements fossiles appelés d'abord ossements fossiles du Nord, et depuis retrouvés partout, appartenaient à des êtres d'un monde antérieur au

nôtre, à des êtres détruits par quelque révolutio7i du globe.

Lorsqu'il connut les ossements fossiles des environs de Paris, il vit qu'une population plus ancienne encore avait précédé la population des ossements du Nord^ vieille par rapport à nous, jeune par rapport à la population des ossements des environs de Paris.

Ainsi donc, et sans compter cette population, la plus ancienne de toutes, de poissons, de crustacés, A' animaux marins^ « qui^ comme le dit Buffon, c< semblent nous indiquer que leur existence a « précédé, même de fort loin, celle des animaux a terrestres ; » sans compter même cette population de reptiles gigantesques qui est venue immédiatement après celle des premiers animaux marins, il y a eu deux populations de quadrupèdes, de mammifères teri'estres, celle des ossements fossiles du Nord et celle des ossements fossiles des environs de Paris^ ou, en d'autres termes, et comme nous disons aujourd'hui, celle des éléphants, des rhinocéros, des mastodontes, etc., qui répondent aux ossements fossiles du Nord^ et celle des palœothériums, des anoplothériums, etc., qui répondent aux ossements fossiles des environs de Paris.

« Ce qui est certain, dit M, Cuvier, c'est que « nous sommes maintenant au moins au fnOieu a d'une quatrième suocessiAn d*anîmàux terres- « très, et qu'après l'âge des reptiles, après celui « des palseothériums, après celui des mammouths, tt des mastodontes et des mégaihériums, est venu (( l'âge où l'espèce humaine, aidée de quelques «animaux domestiques, domine et féconde pai- « siWement la terre, et que ce n'est que dans « les terrains formés depuis cette époque, dans « les alluvions, dans les tourbières, dans les cou- « crétions récentes que l'on trouve à l'état fossile (( des os qui appartiennent tous à des animaux « connus et aujourd'hui vivants ^ »

M. Cuvier pose donc nettement l'idée des populations, des créations successives ; mais à peine Ta-t-il posée, que M. de Blainville vient la combattre* A l'idée des créations stœcessives^ M. de Blainville oppose l'idée d'une création unique et simultanée, — Aurait-il raison ? et celte idée , cette grande idée, des populations, des êtres qui se succèdent, des créations multiples et dis^ iincteSy soupçonnée par Leibnitz, conçue par

1 . Discours sur les révoluiio7îs de la surface du globe ^ p. 172 (troisième édition, i825).

Wt 8UCCBS8I0H MB ftTlflS.

Buffm, eoDtÎDuée par Camper, si lumineasemeiit, si adoûrableiiieDt développée par M. Cuvi^, doitelle élre abandonnée? Cesilàce que j'examinerai dans le chapitre suitani.

De l'idée des créatioiw raeoesBiye».

On a VU, dans les chapitres précédents , comment ridée des populations, des créations successives, est née des méditations de Leibnitz, de Buffon, de Camper, et comment elle a été portée de nos jours, par M. Cuvier, à ce degré d'évidence qu'elle semble avoir, et qui lui a gagné tant de partisans;

Et remarquons bien, avant d'aller plus loin, que l'idée des créations successives a été pleinement conçue par ces grands esprits (du moins par les trois derniers ; car Leibnitz n'a fait que la soupçonner), c'est-à-dire conçue dans les deux élé-

ments qui la constituent, Tidée de populations détruites, et ridée de populations nouvelles, entièrement distinctes.

Buffon nous dit expressément : a quMl y a eu « des espèces, maintenant anéanties, dont Texistt tence a précédé celle de tous les êtres actuelle^ t< ment vivants ou végétants ' ; » — « qu'on ne « leur trouve point ^individus analogues dans « la nature vivante ^ ; — qu on peut déterminer « des époques dans la succession des existences a qui nous otk\ précédés ^\ » — « que les pétrifi- (c cations sont les monuments iis plus anciens a de ces premiers âges; que ceux que Ton con- <c naît sous le nom de fossiles appartiennent à des « temps subséquents * ; » — « et que les ema preintes de poissons, de crustacés et de végéa taux (qu'où ne trouve qu'à de grandes profona deurs] semblent nous indiquer que leur exis- <c tence a précédé, même de fort loin, celle des « animaux terrestres ^. »

Tout l'édifice admirable des époques de la na-

\. Hist. des min,, t. IV, p. 156.

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