Ibid., p
1733 à 1743. Celui de Pallas en dura six, de 1768 à 1774. Avant de commencer ce voyage, dont les résultats ont été si grands pour la science, Pallas voulut s'y préparer par Tétude sérieuse des ossements fossiles que la prévoyance admirable du czar Pierre avait fait réunir dans la collection de Saint-Pétersbourg.
Il étudia ces ossements; il les distingua les uns des autres; il fit voir qu'il y en avait d'éléphants, de rhinocéros, de buffles et d'une foule d'autres animaux encore, mais tous du Midi, comme les éléphants, comme les rhinocéros, comme les buffles. Tel fut l'objet du premier Mémoire de Pallas, que je rappelais tout à l'heure ^ .
Dans ce premier Mémoire, Pallas écarte l'opinion de Gmelin, qui supposait, comme nous venons de voir, que ces animaux, effrayés par les bouleversements du globe, au temps du déluge, avaient fui les climats chauds pour se réfugier dans ceux du Nord, où ils avaient péri^. Et il se
4. De ossibus Siberiœ fossilibus, prœsertim rhinocerotum aique bufflorum, observationes, Novi comment, Acad, se. imp. Petrop.^ an. 1769, p. 436.
2. « Nihilenim nunc moror sententias eorum, qui ... « sub diluvii universalis, oliusve globi catastrophes tenor .
demande s'il ne serait pas plus nalurel d'admettre que les races mêmes des éléphants, des rhinocéros, des buffles, ont habité autrefois ces pays du Nord, qui jouissaient alors d'un ciel plus doux*.
Dans son second Mémoire, publié en 1773*, Pallas, qui, cette fois-ci, parle des ossements fossiles après les avoir vus sur place, et non plus seulement dans une collection, revient à l'idée de Gmelin. Considérant que l'on trouve de ces ossements partout, excepté sur les sommets des hautes montagnes, et que, partout où on les trouve, on les trouve sur des couches d'origine aqueuse, et accompagnés de corps marins, il déclare que
a pus, profugos elephantos, cum reliquis calidioris cœli « animalibus, in bas terras, ad aliquot millenas leucas ab « corum patria distantes, incredibili cursu contendisse, « ibique mersos tandem periisse existjmarunt. Gui ultimiB « opinioni imprimis J. G. Gmelinus olim noster favisse (f videtur. n NoviComm. Acad, se. tmp.Pe<rop.,ann. 1769, p. 442.
{. <x .... Elephantinum forte genus, temporibus omni « traditione humana anterioribus, in his ipsis terris/ mir « tiore tune cœlo gaudentibus, atque, si dicere fas sit, soli « magis obversis, diu vixisse, multiplicasse, et pereuntium « cadaverum ossibus solum ditasse, quidni potius conclu- « damus? » Ibid., p. 441.
2. De reliquiis animaJium exoticorum per Asiam borealan repertis, compïcmoitum. Ibid., ann. 1773, p. 57C.
rdpinioa qui lui parait la plus vraisemblable est celle qui les fait venir des terres australes, patrie primitive des animaux dont ils sont les restes, et qui les fait transporter dans les terres dû Nord par un grand déluge ^ Et, non^^sèulement ajoute Pâllas, la catastrophe qui a produit ce grand déluge a eu lieu, mais elle a été aussi soudaine, aussi prompte que terrible'^; et il prouve cette dernière assertion par un fait nouveau, et plus merveilleux encore que tous les faits merveilleux que je rappelle ici.
1. <x Sidenique perpendas latentia ubique fere per tel- € luris dépressions strata, soUs jugis palmariis roontium a exceptis, petreHeicta corporum marinorutn, integraque ff strata sequoream originem arguentia observari, et iis a praesertim locts, ubi quàdrupedum exoticorum ossa in a superficie telluris latent, marina simul varia modo iis-* (f dem, modo subjectis in stratis admixta esse , tum quia dem fateor, contra opiniones in bac re caeteras omnes, « maxime verosimile videri ossa subterranea quadrupedum « in australibus terris natornm, quse nunc per borealem a Asiam sparsa jacent, reliquiasesse cadaverum ex australi « patria inareticas usque plagas abreptorum et gravissima
' « tbrte olim globi terraquei catastrophe submersorum... »> Novi Comm. Acad. sg, imp, Petrop., ann. i773, p. 584.
2. «t ..« Eamque (la catastrophe du globe qui a submergé et transporté dans le Nord les animaux du Midi) non solum <c veroextitisse,sedetiamviolentissimam 9tque subitaneam « fuisse, novo atque inaudîto argumente probabile reda dam. » Ibid,, p. 585.
270 SUCGBSSION DBS ÊTRES.
Je ▼eux parler de ce rhinocéros entier^ trouVé au mois de déceml»re 1771^ sur les bords du Wiiuji, dans la région la plus froide de la Sibérie orientale, et consenré, depuis tant de ^ècies^ dans le sol glacé de cette terre inhabitable, avec sa peau, ses tendons, ses chairs S et dont Pallas, Pallas lui-même, tit encore au mois de mars 1772, le crâne et les pieds revêtus de leur peau, de leurs ligaments, de leurs tendons, et des fibres les plus grossières de leurs chairs durcies^.
i. « Loquôr de re portento proxima, de reperto m fri- « gidissima orientaliof is SiberisBplagaAÀinoc«role«ntegrro, « per toi rétro saecula m conglaciato inhospit^ hujus « terrae solo, cum corio, cumque tendinum et camium « imignibw reliquiis conservato... » Novi Comm. Acad, se. mp. Pefrop., ann. 1773.
2. «t Quum mense martio faujus anni (1772) Ircntiam « pM!TenisseHi, e primis quae mihi oblata sunt curiosis « erat caput fos^le animalis cujasdam vastsB moUs, corio « suo naturali vestitum , imo tendinum atque ligamen-^ « torum reiiquias plurimas ostendens, quod e figura, « vestigiisque cornuum illico pro rhinocerotis capit» « agnovi, reique monstrositate perculsuset dubitans,con- « fîrmatus statim fui additis ejusdem animalis pedibus, « postico usque ad fémur integro et aniici exlremitate, in « quibus non solum divisura ungularum rhinocerotis ca- « racteristica, sed corium pariter, imo camium durataunim « grossiores fibrsB, valut in mumia natorali supereranL » Ibid:
De l'Idée que plusieurs des espèces auxquelles ont appartenu les ossements fossiles sont des espèees perdues.
Tout concourait donc, et les coquilles tnarines répandues partout sur la terre, et les ossements fossiles si abondamment trouvés dans le Nord, à donner l'idée de quelque grand bouleversement, de quelque grande réYolution du globe.
Mais, au milieu de tous ces changements du globe, qu'étaient devenus les êtres qui l'habitaient? Étaient-ite restés les mêmes ? avaient-ils changé ? quelques-unes de leurs espèces avaientelles péri î
Leibnitz, méditant à l'aspect de ces énormes
coquilles fossiles, qu'on nomme cornes (TAmmon, et qu'on ne trouve plus en e£Fet aujourd'bui dans aucune mer, concevait déjà Tidée de grands changements opérés dans les espèces vivantes : Et credibile est, dit-il, per magnas illas conversiones etiam species plurimum immntalasK A propos de ces mêmes cornes d'Amman^ Buffon concevait aussi cette idée et la concevait plus nettement encore : a II se peut faire, dit-il, qu'il (( y ait eu de certains animaux dont Tespèce a c( péri; ces coquillages pourraient être du nomce bre^; » et il ajoute : t( lies os fossiles extraor- (( naires qu'on trouve en Sibérie, au Canada, en « Irlande et dans plusieurs autres endroits, sem- « blent confirmer cette conjecture, car jusqu'ici c( on ne connaît pas d'animal à qui on puisse c( attribuer ces os qui, pour la plupart, sont a d'une grandeur et d'une grosseur démesua récs*. »
L'histoire naturelle n'a pas de page plus belle que celle où Bulfon soulève, pour la première fois, le voile qui couvrait ces grandes vérités, et nous exprime en même temps le regret de n'avoir
i, Protogœa, etc., p. 41.