‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 108 sur 157 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

29 avril. — J'ai été deux soirs de suite au théâtre Colon où il y avait représentation; la façade ressemble en petit à la Madeleine, et tout le bâtiment est isolé au milieu d'une vaste place qui sert de square, mais où il n'y a pas un arbre ; rien que des parterres et des allées. Le vaste quadrilatère, qui est un peu surélevé audessus des quatre rues qui le bordent» est entouré d'une j balustrade en pierre garnie de bancs où l'on vient, le soir, écouter la musique qui joue le dimanche et le jeudi. Devant le théâtre» une statue de Colon s'élève au centre d'un bassin rocailleux. La salle est fraîche et coquette, les loges bien garnies; on va au théâtre en toilette très habillée. Les loges sont juste suffisantes pour contenir six chaises, ce qui fait qu'à chaque entr'acte, les locataires se répandent dans le couloir garni de banquettes, où l'on peut aller saluer les dames, causer avec elles; charmante habitude qui permet aux gens et surtout aux femmes de se voir, et qu'on devrait bien adopter à Paris, où ce serait vite à la mode.

L'aspect de la salie, le soir, est agréable, surtout en tenant compte du goût des femmes pour la toilette.

Le Président a sa loge au rez-de-chaussée, à droite, et va souvent au théâtre, car c'est un protecteur éclairé des arts.

Le théâtre Colon appartient à l'État, qui en dispose et donne des subventions aux directeurs, qui ne font pas cependant fortune, les compagnies coûtant très cher à amener, et le public, très chaud les premiers jours, se lasse vite de voir les mêmes pièces plusieurs fois. Avant de quitter la ville de Guatemala pour aller

à Qaésaltenango, j*oblieDs une audience du Président. C'est un esprit 6n et cultivé; il parle l'anglais et le Français avec facilité et clarté.

Il a un passé militaire fort glorieux et a pris part à une infinité de combats où il a pu prouver sa valeur personnelle; son abord est sympathique; il est plutôt petit, avec des moustaches noires soignées ; Toeil est intelligent, profond; on y lit la volonté et Ténergie. Peut-être s'écoute-t-il un peu quand il parle» mais ce petit défaut lui a servi en beaucoup d'occasions ; il est sûr ainsi de ne pas dépasser sa pensée ; son amabilité et sa courtoisie sont proverbiales dans le pays, et ce qui ajoute à lui donner un certain prestige, c'est le fait qu'il est toujours en uniforme et qu'il quitte rarement son sabre.

Au point de vue du gouvernement, il représente*, d'une façon absolument exacte, le principe monarchique, car il est autoritaire dans la bonne acception du mot; il dirige lui-même les affaires du pays et ne relève que de lui-même, ce qui fait qu'il réussit à merveille.

Le pays lui devra beaucoup; en effet, grâce à son intelligence des affaires, il encourage les grandes entreprises : tout jusqu'ici lui réussit à souhait. Le Président est galant et empressé avec les dames et a su se créer un salon fort agréable dont la Présidente fait admirablement les honneurs. Il habite une maison simple à deux étages, en face du théâtre, et somptueusement aménagée, mais on y trouve le goût d'une femme, et d'une femme raffinée. Je souhaite au pays de voir bientôt se terminer la grande œuvre du Prési-

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