CHAPITRE VIII
On trouve réuni, dans ce minuscule État, tous les éléments qui contribueront à en faire un jour une des nations les plus civilisées du Centre-Amérique, c'est-àdire des hommes intelligents, audacieux» un bon climat, un sol extrêmement fertile, de l'argent et surtout une confiance extraordinaire!
18 avril. — Mon ami le consul de France m'invite à aller faire une promenade en voiture au Paseo, dans son dog-car attelé d'une belle jument achetée aux Etats-Unis. Nous traversons la ville à un pas plus que lent, car à chaque instant nous sommes menacés d'être jetés sur le pavé, et nous enfilons une avenue sise aux portes de la ville. En me retournant, je vois un panorama de la ville qui ne manque pas d'originalité, dominée qu'elle est par les forts de Matamoros et de San José, sentinelles avancées qui semblent défendre la cité contre une invasion d'ennemis problématiques; je constate simplement qu'elle est sur la défensive du côté du Mexique. Le pays, d'ailleurs, est tranquille, et les révolutions y sont presque impossibles.
Une grande coupure dans les terres, vestige d'un tremblement ancien, sillonne une vaste plaine sur la gauche, dominée dans l'extrême fond par les trois volcans qui, au temps jadis, bavaient leurs laves incandescentes, géants aujourd'hui refroidis et qui se contentent de percer les nuages, autrefois témoins de leurs éruptions tumultueuses.
L'avenue du Paseo est plantée d'arbres peu élevés, et coupée dans toute sa longueur par une plate-bande gazonnée qui forme ainsi deux allées sur tout son parcours. Là sont placées les fameuses statues.
Bordant cette promenade, se trouvent quelques établissements, entre autres Thôpital militaire, salubreet bien tenu.
Un pavillon assez grand, reproduction de quelque palais italien, se dresse au bout de Tavenue. Il n'est pas terminé; mais je doute que ce soit très réussi, car Tendroit est mal choisi, adossée qu'est cette construction à un énorme aqueduc en forme de digue qui coupe rhorizon d'une ligne droite; j'aurais préféré y planter de beaux arbres. Plus loin que le Paseo, nous passons sous l'aqueduc et nous entrons dans un bois assez vaste arrangé en parc, sorte de bois de Vincennes sans lacs et au bout duquel est le champ de courses. Des allées nombreuses nouvellement créées permettent aux voitures une circulation facile. La faune du parc consiste presque exclusivement en sapins, sauf dans quelques endroits où, pour garnir les massifs, oo a planté du café qui pousse bien et dont la verdure foncée réjouit le regard.
Nous croisons quelques attelages assez convenables; un landau attelé de deux chovaux bais, assez beaux, attire mon attention; sur le siège, un cocher en livrée avec une cocarde bleue et blaache, et à côté de lui uo adjudant de l'armée en tenue. Dans la voiture, le Président assis sur le siège de derrière, seul, en uniforme de général de division allemand, et sur celui de devant, en face de lui, deux officiers dont un général.
On n'est pas plus tsar! Le temps est beau, la promenade est charmante, mais que les femmes et les jeunes filles ont donc tort de se maquiller ainsi ! Le soir, aux lumières, c'est laid; au soleil, c'est horrible!