CHAPITRE XIL
vois un beau théâtre, de belles maisons, des jardins, des parcs même; cela ne vaut pas encore Trlnidad, mais cela s'en rapproche ; il faudrait encore un petit effort...
Il est six heures, nous levons Tancre. La nuit vient, nous perdons de vue les côtes de la Martinique. Toujours les alizés, et le vent du nord-est qui ne veut pas nous lâcher.
Nous nous arrêtons quatre heures à Pointe-&-Pitre, où je retrouve la zone des basses terres, avec ses ilôts, ses cocotiers, sa végétation tropicale ; plus de montagnes sur la côte, mais un peu au loin. La ville est gentille et doit être agréable à habiter, à en juger par les charmantes personnes qui viennent à bord accompagner des voyageurs qui s'embarquent. On s'embrasse beaucoup dans ces parages, et j'avoue que cela me raccommode un peu avec nos colonies, qui ne m'avaient produit qu'une impression très ordinaire.
Nous avons toutes les peines du monde à nous débarrasser des curieux et des embrasseurs; enfin, à onze heures, nous prenons notre course et nous nous élançons à toute vapeur sur les eaux de l'Atlantique, où je retrouve enfin cette belle couleur bleue que j'avais perdue de vue depuis onze mois. Dans quinze jours, je serai en France et je pourrai jouir auprès des miens d'un repos bien mérité.
A bord de la France,
Août 1896.