‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 144 sur 157 · CHAPITRE XIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIl

sont plus payés que les nôtres, et qu'ils sont moins attachés à leur sol que nous.

Sur la Savane de Fort-de-France, car nous possédons aussi notre Savane, le gazon n'est pas tondu et passé au rouleau comme celui de sa voisine, mais nous avons la statue de Joséphine de Beaubarnais, née de La Pagerie, œuvre admirable qui se dresse sur un socle élevé à Tombre de six ou sept hauts cocotiers.

Les rues de notre colonie sont bien soignées, animées par le mouvement de tous ces nègres qui parlent tout le temps, qui piaillent, se disputent dans leur jargon incompréhensible. La cathédrale a été rebâtie après le terrible cyclone qui a dévasté Fort-de-France, il y a quelques années, et qui a laissé ses traces encore visibles. Le seul monument important est le musée Schœlcher^ don de Tancien député à sa ville natale ; c'est un édifice en fer qui fait de Teffet et qui n'est pas très riche.

A notre arrivée à Fort-de-France, nous trouvons en rade le DubourdieUj frégate mixte de la marine de guerre, portant le pavillon de l'amiral Pougin de Villeneuve, commandant la division navale des Antilles. Le capitaine de vaisseau commandant le navire s'esl blessé grièvement à la jambe pendant une inspection^ et il parait qu'il rentre en France à bord de notre paquebot. Une heure avant notre départ, tous les officiers du Dubourdieu, amiral en tète, étaient venus accompagner le commandant à bord, puis étaient retournés sur la frégate; aussi, quand nous avons passé devant elle, en la saluant, nous avons aperçu tous les officiers sur la passerelle, l'amiral et son étatmajor au balcon de poupe, tout l'équipage rangé sur

les bastingages, agitant leurs coiffures en poussant des hourras prolongés, pendant que la musique du bord jouait la Marseillaise, et que le drapeau français, amené par trois fois à bord des deux navires, saluait une dernière fois le vaillant marin qui venait, à son grand regret, de quitter son commandement. Le soleil éclaire cette scène saisissante et doit faire bien plaisir à notre nouveau passager; Témotion est générale à bord...

Nous longeons la côte bien cultivée de Tile, et en une heure nous sommes en rade de Saint-Pierre. Des nuées de petits négrillons, montés dans des périssoires et nus comme des vers, entourent le navire, nous demandant de leur jeter des sous qu'ils iront se disputer au fond de Teau, très profonde en cet endroit. Rien n'est plus curieux que de les voir plonger sept ou huit pour chercher une pièce blanche qu'ils retrouvent toujours. Il y a parmi eux des bambins de six ans, et leur intrépidité fait plaisir à voir.

La France, sitôt mouillée, est envahie par les visiteurs; les habitants de la ville, n'ayant que cette distraction, en profitent et viennent passer deux heures à bord ; ils sont si encombrants que le passager, pour les fuir, doit se réfugier dans sa cabine.

La ville de Saint-Pierre est bâtie en arc de cercle, au fond d'une superbe baie où, malheureusement, il y a peu d'eau; les toitures rouges égayent l'œil, et la verdure, qui est au second plan, fait un joli effet. Une dizaine de trois-mâts, ancrés en rade, prouvent le commerce important de Saint-Pierre, qui est en même temps la ville de luxe de la Martinique, car j'entre-

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