CHAPITRE III
sion vers la pyramide de la Lune, dont Tascension est assez dure, mais intéressante.
L'expédition touchant à sa fin, nous regagnons San Juan, où la municipalité nous offrait un cocktail!
De retour à la gare, le train, nous dit-on, a deux heures de retard : rien à faire dans cette station infime, sinon acheter des fausses antiquités aztèques, fort bien imitées et pas chères, que des nuées de marchands nous ofirent. Nous ne sommes pas fâchés d'emporter quelques souvenirs, car le gouvernement défendant l'exportation et la sortie des antiquités du pays, il faut bien se rabattre sur les contrefaçons, dont nos musées d'Europe sont déjà abondamment pourvus. Devant nous passent, pendant que nous attendons impatiemment notre train, de lourds et longs convois chargés uniquement de pulque; toute la région est couverte de champs de magueys, couvrant des milliers d'hectares et produisant des quantités d'hectolitres de ce breuvage qui fait fureur dans ce pays.
Ce produit se cultive avec une simplicité inouïe et donne un rendement fabuleux à la fois aux propriétaires et aux compagnies de chemins de fer. Quand la plante est mûre, on coupe l'espèce de chou qui occupe le milieu de la plante, et l'ouvrier y introduit une sorte de calebasse vide dont il aspire l'air par un tube qui y est implanté. Le liquide monte dans le récipient, la récolte est faite. Le jus est porté à l'hacienda, où on lui fait subir une fermentation pendant fort peu de temps, puis on le porte au chemin de fer, qui l'emmagasine dans des récipients et outres placés dans un train spécial . En quelques heures, le pulque est à Mexico ;
on s'arrange généralement pour quMl arrivé vers trois heures du matin. Les droits sont acquittés de suite, des hommes et des cars spéciaux le transportent chez les débitants et dans les pulquerias, et, à six heures du matin, il ne reste presque plus rien de Timmense quantité de liquide, tout le monde s*en approvisionnant comme si c'était du lait, dont cela a un peu la couleur.
Ce matin, je vais visiter une des curiosités de la ville, le canal de la Véga. On prend le car sur la place, et, en peu de temps, on arrive à Embarcadero sur les bords du canal : là je loue un canot pour quelques heures; le prix est modéré, et l'Indien qui me mène a Tair d'un brave homme, il est d'ailleurs fort loquace. Le bateau est en général à fond plat ; un seul homme le manœuvre habilement. Le canal aboutit au lac de Xocbîmilco, et offre une des plus agréables promenades que Ton puisse faire : on passe, pendant un long parcours, au milieu de bateaux remplis de fleurs» de fruits, de fraises, car c'est un marché public aux portes de la ville : c'est un va-et-vient incessant de barques chargées de voyageurs venant à la ville et en retournant; le dimanche, et surtout un jour de fête, c'est follement gai; les bateaux se croisent, se heurtent, des musiques parcourent le canal, musiques qui commencent à la guitare pour se terminer à des orchestres complets. Je croise un canot où sont trois jeunes filles qui touchent de la mandoline pendant qu'un jeune homme joue un solo de piston. C'est peu symphonique, mais il y a de l'ensemble. Dans un canot étroit toute une famille d'Indiens, jusqu'aux marmots tout nus, qui vont faire leurs achats à Mexico.